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    France

    Biennale de Lyon: «la vie moderne» des artistes d’aujourd’hui

    media «Résidence Permanente», installation en marbre de l’artiste grec Andreas Lolis pour la Biennale d’art contemporain de Lyon 2015. Siegfried Forster / RFI

    C’est une biennale d’art contemporain internationale qui compte dans l’univers de l’art et qui parcourt tout l’espace de la Métropole de Lyon. L’édition 2015 vient d’ouvrir ses portes avec 60 artistes de 30 pays. Placée sous le signe de « La Vie moderne », elle espère d’attirer plus de 200 000 visiteurs.

    Avec notre envoyé spécial à Lyon,  Siegfried Forster

    La modernité ? La vie moderne ? À la Sucrière de Lyon, le bâtiment phare d’une biennale qui se déploie aussi au musée d’art contemporain, au musée des Confluences et dans toute la ville, la réponse à la question se trouve parfois à des endroits inattendus : par exemple quand l’artiste Magdi Mostafa rampe sous un plateau grand comme une petite piscine avec 10 000 petites lumières pour vérifier les connexions des LED. Parfois il suffit de renifler à midi l’odeur des jasmins de nuit pour toucher à la « modernité » d’aujourd’hui ou de regarder des images esthétiquement très réussies des détritus dans une rue nigériane chez George Osodi.

    Kader Attia soigne les blessures provoquées par le passé et la modernité avec deux installations remarquables : il « répare » les fissures du bâtiment de l’ancienne sucrière avec des agrafes clouées dans le béton. Et il nous invite dans les méandres de l'ethnopsychologie de plus en plus reconnue à l'heure des migrations massives actuelles pour traiter les pathologies psychiatriques. Le dispositif artistique ressemble à une ruche avec des petites cabines à une place, équipées d'un écran qui projette des approches différentes pour guérir les maux modernes : des analyses érudites d'ethnopsychiatres à Berlin ou Paris jusqu'à la cérémonie traditionnelle en Afrique pour exorciser les mauvais esprits de l'homme possédé...

    Rendre visible des choses

    Créée en 1991, la BAC Lyon fait partie de cette nouvelle génération de biennales qu’on trouve aujourd’hui un peu partout dans le monde. Un concept qui cherche sa raison d’être un peu entre la formidable vieille dame de la Biennale de Venise et le projet quinquennal de la Documenta de Kassel. Est-ce qu’un commissaire d’une biennale rêve aujourd’hui d’exposer une œuvre d’art capable de changer la politique et la société comme la photo du jeune garçon syrien retrouvé mort à la plage ? « Mon espoir est qu’une biennale comme Lyon soit un lieu où le public est invité à développer des questions pour qu’il puisse changer ses perceptions, répond l’Américain Ralph Rugoff, actuel directeur de la Hayward Gallery à Londres et commissaire invité de La Vie moderne. Les artistes réussissent parfois à rendre visibles des choses que nous pouvons seulement sentir. Cette biennale n’est pas un lieu où vous allez trouver des réponses. L’art exposé ici pose surtout des questions. »

    Au-delà d’être un titre, La vie moderne de la Biennale est un chantier où l’on peut se cogner la tête et se faire mal avec ses attentes et ses certitudes. Les émanations de cette vie moderne échappent en tous cas aux interprétations simplifiées et occidentales de l’histoire de l’art. Sans en faire une tarte, des artistes de tous les continents revendiquent ici leur « modernité » en toute liberté sans faire du bruit. À la question de savoir ce que signifie aujourd’hui la modernité en Chine, l’artiste Guan Xia, 32 ans, hausse ses larges épaules et, laconique, expédie quelques remarques : « la vie moderne est la vie quotidienne. Je n’y pense pas particulièrement, avant de poursuivre avec un sourire grandissant : la vie quotidienne est juste là pendant qu’on est là ».

    Le vide de la vie moderne

    Au premier étage de la Sucrière, Guan Xiao -qui vit et travaille à Pékin- présente une sorte d’installation pieuvre avec trois sculptures et dix écrans : « Pour moi, les sculptures et les vidéos sont deux médias différents. Il n’y a pas de lien direct, mais il y a incontestablement un lien. Souvent des choses perçues comme contradictoires sont les mêmes choses. C’est notre manque de connaissance qui fait que les choses anciennes soient considérées comme différentes des choses ultramodernes. »

    Les écrans diffusent des images de toutes natures et toutes ont été dénichées sur Internet : apparaissent alors un parking souterrain, un œil qui tourne ou « There’s nothing here », la phrase standard affichée lorsqu’on tombe sur une page erreur sur Internet. Dans un contexte artistique, cette expression sonne comme une métaphore de la vie moderne : on cherche bien quelque chose, mais au lieu de le trouver on est diverti par autre chose. « La vie moderne est une vie remplie de plein de choses. En quelque sorte, c’est la même chose que le vide. Les idées contradictoires : le bien et le mal, le nouveau et l’ancien, l’artisanat et le high-tech, tout cela est pour moi la même chose. »

    Installation de Guan Xiao avec trois sculptures et dix écrans vidéo pour la Biennale d’art contemporain de Lyon 2015. Siegfried Forster / RFI

    Quand l’Asie et l’Afrique s’invitent dans la modernité

    Pourquoi alors décliner la modernité et la vie moderne quand personne aujourd’hui n’y croit plus ? « Le projet se réfère au mot moderne, et cela pour trois éditions, explique Thierry Raspail, le directeur artistique de la Biennale. , c’est un premier paragraphe de la trilogie. « Moderne » était quelque chose que l’on croyait définitivement fini. Au milieu des années 1980 et 1990 nous pensions l’après-moderne, le post-moderne. C’était la fin des blocs, la fin des conflits, la fin de l’Histoire, la fin des grands récits. Et puis, c’est le moment où se sont créées les nouvelles biennales, des biennales d’un nouvel âge. Arrivent alors massivement des aires culturelles qui, jusque-là, n’avaient jamais été invitées par la modernité occidentale : la Chine, l’Inde, l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient, certains pays d’Afrique… tout ce qu’on connaît aujourd’hui. Et ces aires culturelles, au lieu de critiquer la modernité, ils y entrent et acceptent la prémisse de la modernité, mais ils la déforment et l’élargissent. Aujourd’hui, nous avons une modernité contemporaine qui est à la mesure des récits imbriqués, des cultures globales et c’est cela « la vie moderne » exposée aujourd’hui à Lyon. »

    La biennale ne cherche pas le spectaculaire ni la recette qui fait mouche, au risque de présenter une « modernité » qui semble parfois un peu trop gentille, formellement sage et pas très radical dans ses contenus. Une édition qui provoque plus pour faire réfléchir que de  réagir.

    Méditer à l’intérieur de la modernité

    L’Égyptien Magdi Mostafa nous épate avec une vue aérienne et nocturne du Caire. Une vision poétique générée par dix mille ampoules LED et quelque vingt-trois mille connexions alimentées par quinze sources d’électricité qui reconstituent foyers et édifies. Chaque lumière se déclenche en fonction des ondes sonores qui les entourent. Né en 1982, il a déjà vécu plusieurs vies modernes. « Je suis né à Tanta, une petite ville dans le nord de l’Égypte. Pour moi, de déménager en 2000 au Caire, c’était le début d’une nouvelle vie moderne. La troisième vie moderne commençait quand j’ai voyagé et découvert plusieurs capitales internationales. Pour moi, la vie moderne est très liée aux grandes capitales. » Les sons de l’installation intitulée Surface de diffusion spectrale s’avèrent très minimalistes et issus d’un espace imaginaire en contraste avec d’autres paramètres du travail qui restent reconnaissable comme des plans, des cartographies, des paysages nocturnes. « Cinquante pour cent de l’œuvre sont très réalistes, l’autre moitié, le côté sonore, vous embarque dans un rêve. » Et la modernité dans tout cela ? « Pour moi, la modernité n’est peut-être ni positive ni négative, mais simplement intéressante. C’est un choix. J’essaie de vous faire méditer à l’intérieur de la technologie, de travailler plus vos sentiments que votre cerveau. »

    Le jardin clair-obscur de Hicham Berrada

    Avec la même sensibilité exacerbée se présente l’œuvre de Hicham Berrada. Né en 1983 à Casablanca, il vit et travaille aujourd’hui à Paris et vient de recevoir à la Biennale de Lyon le prix de l’artiste francophone 2015. Avec sa voix toute douce et sa silhouette frêle, le plasticien nous explique la fonction de son « usine à rêve » nommée Mesk-Ellil : « C’est un jardin de nuit, un jardin clair-obscur avec des jasmins à floraison nocturne. C’est la plante qui a l’odeur la plus forte de tout le règne végétal, mais elle ne fleurit normalement qu’à partir de dix heures le soir. Pendant l’exposition, on inverse simplement le cycle jour et nuit pour offrir cet odorat aux visiteurs pendant les jours de l’exposition. »

    Comme un Monsieur Frankenstein de l’art contemporain, l’artiste ordonne alors de baigner les plantes pendant la journée dans une lumière bleue que les plantes ne voient pas, mais qui les rend visibles pour nos yeux. Et pendant que le musée est fermé, l’éclairage horticole s’allume pour que les jasmins puissent passer une très belle journée pendant la nuit. Est-ce que la vie moderne signifie alors de fait faire à la nature tout pour satisfaire l’homme ? « Non, rétorque Hicham Berrada, je fais des expériences pour montrer ce que l’homme fait sans trop réfléchir. Ici, par exemple, on se coupe de la nature avec une seule espèce dans des terrariums clos, sans prédateurs. Dès qu’on est coupé d’un écosystème, des milliers d’autres problèmes apparaissent et on doit rentrer dans quelque chose d’extrêmement chirurgical qui fait presque peur, avec un contrôle de dizaines de paramètres… »

    « A7 », une installation de Mike Nelson pour la Biennale d’art contemporain de Lyon 2015. Siegfried Forster / RFI

    Le monument de la crise qui réinterprète la modernité

    Andreas Lolis a travaillé un an et demi sur Permanent residency. Une œuvre en marbre, ciselée et sculptée à la perfection qui renvoie aux maisons en carton des sans-abris avec des cartons, des boîtes, des palettes de bois si fragiles et si simples à détruire. Pour l’artiste grec, c’est tout simplement « le monument de la crise qu’on a connue ces derniers cinq ans en Grèce ». En tant qu’artiste, il croit toujours à la modernité. Selon lui, pour changer la pensée et la situation, il suffit d’inverser les valeurs, aussi de l’art : « On peut faire d’autre chose et le nommer aussi 'modernité'. Jusqu’ici, les sculptures étaient en marbre pour être admirées par les gens. Je montre des cartons, des boîtes et des palettes pour faire découvrir aux gens ensuite qu’il s’agit d’une sculpture en marbre. C’est une manière 'moderne' d’expliquer. J’invite les gens à toucher la sculpture. Seulement en touchant on peut comprendre ce qui se passe. Seulement regarder n’est pas suffisant, il faut le sentir. »

    « A7 », une vision apocalyptique de notre modernité

    Cette « implosion » artistique suscitée par Andreas Lolis n’est pas si loin de la réflexion sur les « explosions »collectées par Mike Nelson. L’artiste anglais qui déteste les interviews cède finalement à la tentation d’expliquer quand même son œuvre à un journaliste dépourvu de caméra. À 7 est une mise en scène impressionnante de pneus déglingués qui symbolisent la frénésie et la démesure de notre société. Est-ce qu’on est face à une vision apocalyptique de notre modernité ? « On peut le dire ainsi, mais mon œuvre n’est pas particulièrement apocalyptique. C’est une autre incarnation de mon travail que j’avais commencé à Birmingham avec M6, du nom de l’autoroute qui passe par la ville. À Lyon, j’ai intitulé mon travail alors A7, la route du Soleil. Pour faire cette œuvre, nous avons collecté les pneus crevés et déchiquetés au bord de l’autoroute. Après, je les mets en scène sur des socles de fer et de béton, mais la signification est inhérente à ces objets. C’est un matériel naturel, issu de la terre. Avec ces objets on expose toute l’histoire des empires, des colonies, l’exploitation de gens, l’exportation des matériaux, l’accélération de l’histoire grâce aux technologies, le transport vers l’Afrique, l’Amérique, l’Europe. C’est une combinaison entre Histoire et technologies, jusqu'à ce que cela collapse et explose… et atterrit en tant que résidus au bord de la route, comme des ready-made existentiels. »

    Le directeur artistique de la Biennale de Lyon 2015, Thierry Raspail, sur « Le fabuleux monde moderne », exposition conçue avec la complicité du Musée Africain de Lyon et le projet « Veduta ». 11/09/2015 - par Siegfried Forster Écouter

    13e Biennale de Lyon, La vie moderne, du 10 septembre 2015 au 3 janvier 2016. 

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