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    France

    Orlan fait «Strip-tease», la révolution artistique par le corps

    media Orlan à côté de ses crânes dans l'exposition «Orlan, Strip-tease, des cellules jusqu’à l’os» au Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Siegfried Forster / RFI

    Souvent en avance de son temps, Orlan révulse autant qu'elle fascine. Une « folle », une « pute », une blasphématrice pour les uns, quand les autres crient au génie d’une pionnière de l’art charnel. Entrée dès son vivant dans l’histoire de l’art, elle est célébrée comme artiste qui tranche son art dans sa propre chair pour faire muter son corps en œuvre. L’artiste cyborg détonne avec de vraies opérations au bloc opératoire, des implants sur le front, des scans en 3D de son crâne ou le « Baiser de l’artiste », donné en échange d’une pièce de 5 francs glissée entre ses seins. L’exposition « Orlan, Strip-tease, des cellules jusqu’à l’os », au Centre des arts d’Enghien-les-Bains, près de Paris, réunit pour la première fois ses œuvres numériques, biotechnologiques et vidéographiques. Décoiffant. Entretien.

    RFI : Votre exposition s’appelle « Strip-tease ». Qui et quoi voulez-vous exciter ?

    Orlan : Le titre entier est Orlan, Strip-tease, des cellules jusqu’à l’os. J’ai toujours pensé que le strip-tease est absolument impossible pour une femme, parce qu’il y a toujours des images préconçues qui la précèdent, des images qu’on ne peut pas enlever. Donc le strip-tease est impossible, mais l’exposition commence quand même par un strip-tease que j’ai fait à l’aide des draps de mon trousseau et qui citent l’histoire de l’art, le tableau Naissance de Vénus de Botticelli [peint en 1485, ndlr].

    Strip-tease occasionnel à l’aide des draps du trousseau (1975) est un vrai strip-tease sous forme de photos en noir et blanc pour le grand public et vous finissez avec un « strip-tease » jusqu’à l’os d’un corps mutant, à base d’images médicales, comme le Scan strip-tease de Bumb Load (2013).

    Le Strip-tease occasionnel n’est pas un strip-tease grand public. C’est un strip-tease « vintage » avec, au final, une espèce de chrysalide de draps dont on ne sait pas quel corps va naître. Dans la vie, on a plusieurs corps. C’est tout ce travail à partir du corps que j’ai pu faire qui est montré, en particulier des œuvres actuelles en 3D. La Liberté en écorchée (2013) est aussi un avatar de moi, mon autoportrait, bien qu’il n’y a aucune image photographique de moi.

    Du Baiser de l’artiste, une performance à la Foire internationale d’art contemporain en 1977 qui avait suscité beaucoup de réactions, jusqu’au crâne en 3D imprimé d’aujourd’hui, est-ce que c’est toujours la même approche artistique ?

    Tout mon travail interroge le statut du corps dans la société via toutes les pressions culturelles, traditionnelles, politiques, religieuses qui s’impriment dans les corps et dans les chairs. Donc je dis toujours cela, mais d’une manière différente, parce que je ne suis pas attachée à un matériel ou une technologie. Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir une idée d’œuvre, de pièce, de démarche et ensuite de trouver les meilleures matérialités. Parfois cela passe par les biotechnologies et on voit mes cellules qui dansent. Il y a aussi un jeu vidéo avec une installation interactive avec des bracelets Myo, mais il y a aussi des œuvres photographiques, des reliques, des sculptures ou des objets. Je passe de l’un à l’autre de manière légère et libre.

    Simone de Beauvoir disait : « On ne naît pas femme, on le devient ». En vous créant vous-même, êtes-vous la Simone de Beauvoir des arts plastiques ?

    Effectivement, il est question de se sculpter et de s’inventer soi-même en toute liberté. J’ai beaucoup d’admiration pour Simone de Beauvoir, mais je pense que mon travail est très différent, parce qu’il est à la fois féministe, mais pas seulement. Je parle du corps, des corps, des cellules, des crânes. Beaucoup d’artistes ont travaillé avec des crânes génériques, mais moi, j’ai travaillé avec mon « vrai » crâne, c'est-à-dire à partir de scans médicaux. Je m’intéresse beaucoup à l’image médicale. Ils ont inventé un logiciel qui a donné à la machine les éléments de mon scan médical.

    Votre but, est-ce de rendre visible la révolution numérique à travers des œuvres qui traversent votre corps ?

    J’estime beaucoup la science, les biotechnologies, la génétique. Je pense que tout ce qui est d'avant-garde et qui a vraiment changé notre société et le corps se passe du côté technologie. Je suis très à l’écoute de ce qui se passe actuellement, par exemple, la transplantation des visages. J’ai eu des greffes, j’ai fait beaucoup de colloques et de conférences. Je pense que la greffe de visage met en perspective tout le travail que j’ai pu faire avec des opérations chirurgicales sur mon visage.

    « Pékin Opéra Self-Hybridation n°1», Facing Designs et réalité augmentée", série 2014. ORLAN

    « Pékin Opéra », quand Orlan sort de son œuvre pour faire des acrobaties en 3D. 21/09/2015 - par Siegfried Forster Écouter

    Dans vos œuvres, votre image fait parfois penser à une guerrière issue d’un jeu vidéo. Est-ce que vous êtes proche de cet univers ?

    Non, si je fais des jeux vidéo, c’est que je suis assez contre sur certains aspects, en particulier sur les stéréotypes de corps de femmes. Ou aussi le fait que pour moi, jouer, ce n’est pas tuer. Donc j’ai fait un jeu où il n’y a pas de tuerie. Le jeu est basé sur l’idée qu’un personnage central qui est comme une sculpture en robot s’humanise en reconstruisant des œuvres d’art qui ont été cassées. Il évolue dans un paysage de ruines. Si le joueur est bon, petit à petit, il peut reconstituer les œuvres. Au fur à mesure son humanité s’inscrit à l’intérieur de ce corps sculpture qui devient un corps humain.

    Quand on pense à notre monde d’aujourd’hui avec les migrants, l’Europe qui cherche ses valeurs, et qu'ensuite on pense aux mots clés de votre travail - métissage, dépassement de limites, hybridation -, on a l’impression que votre œuvre est d’abord politique avant d’être artistique.

    Je pense qu’elle est à la fois politique et artistique. J’ai toujours eu un projet de société, j’ai toujours été militante pour bien des causes. Effectivement, cela ne me dédouane pas dans mon art de faire des choses qui ont à voir avec cela. Toute mon œuvre milite pour la tolérance, pour la solidarité, pour l’ouverture aux autres et à soi-même. J’espère être une aile de papillon qui va faire bouger les choses.

    Orlan, Strip-tease, des cellules jusqu’à l’os, du 16 septembre au 13 décembre au Centre des arts d’Enghien-les-Bains

     

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