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    Le nouveau musée de l’Homme ouvre pour mieux comprendre l’humain

    media Vue du musée de l’Homme, situé dans le Palais de Chaillot, en face de la Tour Eiffel. REUTERS/Jacky Naegelen

    « L’Homme évolue. Son musée aussi ». Inauguré ce jeudi 15 octobre 2015, à Paris, par le président François Hollande, le musée de l’Homme rouvre ses portes au grand public à partir du samedi 17 octobre. Coût de la rénovation : 92 millions d’euros. Institution unique au monde, fondée en 1938 au Palais de Chaillot, elle a été complètement repensée pendant les six ans de sa fermeture. Avec des collections de préhistoire et d’anthropologie exceptionnelles (la Vénus de Lespugue, le crâne de René Descartes…), le musée de l’Homme nous invite à un voyage au cœur de l’évolution humaine sur des bases scientifiques, ludiques et artistiques.

    On peut enfin tirer la langue dans un musée ! En l’occurrence, au musée de l’Homme, il s’agit d’un grand mur tapissé en rouge avec un planisphère indiquant quelques-unes des 7 000 langues parlées par les 7 milliards d’êtres humains sur la planète. Par exemple, pour entendre le mand, une langue presque éteinte, seulement pratiquée encore par huit locuteurs et issue de Papouasie-Nouvelle-Guinée, il faut tirer sur une des langues qui sortent du mur pour déclencher l’enregistrement des années 1930.

    Un musée unique

    « Qui sommes-nous ? » « D’où venons-nous ? » « Où allons-nous ? » Voilà les trois grandes questions posées par ce musée entièrement réinventé. Une institution sans équivalent, souligne Bruno David, le président du Museum national d’Histoire naturelle qui chapeaute le musée de l’Homme. « Ce musée est unique, parce que c’est un des très rares musées qui parlent de l’Homme et exclusivement de l’Homme dans sa dimension biologique et culturelle et sur cette interface entre biologique et culturel. »

    Et quelle belle entrée en matière nous offre la première vitrine dotée d’un mannequin pédagogique d’accouchement, d'une vierge en prière sur un buisson de roses, d'un Nggwal, esprit d’ancêtre masculin océanien et d'un masque ventral d’initiation de la Tanzanie : « Dès le début, on voulait ancrer le visiteur dans cette idée du à la fois biologique et culturel, explique Évelyne Heyer, professeur en anthropologie génétique et commissaire scientifique générale du musée de l’Homme. Une naissance, bien sûr, c’est un événement biologique, mais c’est aussi culturel chez l’homme. Dans toutes les sociétés, la naissance est inscrite dans la société, dans un environnement culturel. Et partout, on a des objets qui se réfèrent à cette inscription culturelle de la naissance. En gros, comme dit l’anthropologue Maurice Godelier : un enfant, c’est un papa, une maman et une société. »

    Le musée de l’Homme et la femme

    De l’extérieur, en apparence, rien n’a été changé au musée de l’Homme. Même le titre a finalement été conservé, car « il ne faut pas en avoir honte, mais il faut montrer que l’Homme inclut bien sûr aussi les femmes », affirme Évelyne Heyer. Il y a un endroit où l’on traite spécifiquement cette question de la construction du masculin et du féminin. En partant des différences biologiques entre un homme et une femme, des différences qui sont assez mineures, toutes les sociétés construisent des différenciations assez fortes avec des éléments culturels, par exemple avec des rites d’initiation ou tout simplement avec des vêtements différents pour les garçons et les filles. »

    A l’intérieur du musée, tout a été renouvelé, réorganisé autour de trois grands ensembles abordés : la préhistoire, l’anthropologie biologique et culturelle. Sur les 16 000 mètres carrés du musée de l’Homme, dont 5 000 mètres carrés ouverts au public, il y a 1 001 façons de penser l’homme et le monde. En passant par des vrais cerveaux d’animaux et d’homme, des moulages de la tête de personnages célèbres ou obscurs, exposés sur une longueur de 19 mètres, on trouve, au milieu du parcours, un éléphant éventré qui nous met sur les traces de l’Homo ergaster. Une espèce qui nous a laissé les plus anciennes preuves de sortie d’Afrique, il y a 1,8 million d’années.

    « On a voulu reconstituer ce site de boucherie de l’Homo ergaster, explique la préhistorienne Marie-Hélène Moncel. Un site retrouvé en Afrique de l’Est. Grâce à cette fouille sur un squelette d’éléphant et les outils retrouvés autour on sait ce qui était utile pour l’Homo ergaster pour découper cet éléphant. On montre au public ce que donne une fouille et comment nous reconstituons le comportement de cet Homo ergaster. »

    Evelyne Heyer, commissaire scientifique générale du musée de l’Homme au milieu de moulages de têtes, exposés sur une longueur de 19 mètres. Siegfried Forster / RFI

    La Vénus de Lespugue, la « Joconde » du musée de l’Homme

    Dans l'Abri des ancêtres, le crâne de l’homme de Cro-Magnon, une des stars du musée, est pour la première fois exposé d’une manière permanente. A côté, la Chambre aux trésors, un lieu intimiste et sombre, accueille les productions matérielles des Homo sapiens, notamment la magnifique représentation d’une femme, la Vénus de Lespugue, la « Joconde » du musée, une œuvre d’art d’une hauteur de dix centimètres et d’une modernité stupéfiante qui a traversé 23 000 ans.

    « C’est une découverte tout à fait remarquable, s’enthousiasme le préhistorien Éric Robert, spécialisé dans les recherches sur l’art préhistorique au Museum national d’Histoire Naturelle. Une représentation féminine trouvée dans la grotte des Rideaux, en Haute-Garonne. Une sculpture qui remonte à l’époque des Gravettiens, autour de 23 000 ans, avec un profil et une construction remarquable. On connaît d’autres Vénus du même type et de la même forme à cette même époque à travers de l’ensemble de l’Europe. Ce qui témoigne qu’il y avait une idée graphique partagée par les populations gravettiennes, il y a presque 25 000 ans. »

    Un peu plus loin, on nous invite sur une réflexion de « vivre, mourir et en avoir conscience » dans différentes cultures. On enchaîne avec des identités plurielles et emboitées qui oscillent entre la nature et la culture avec des scènes de tatouages et piercing… Depuis toujours, ce musée-laboratoire qui embauche 150 chercheurs, a intégré les passerelles entre la science et la vulgarisation des connaissances auprès du grand public. Mais pour la première fois dans son histoire, il s’interroge sur l’avenir de l’espèce humaine et de la planète, mais aussi sur son identité.

    Serge Bahuchet, chercheur en ethnoécologie, est le référent scientifique de la partie « Où allons-nous ? » : « Dans un monde globalisé, est-ce qu’on va tous devenir identiques ? À travers d’objets comme le téléphone portable, on voit que chacun les transforme à son image. Ils sont décorés et portés avec des éléments caractéristiques de chaque groupe social. »

    La question des restes humains

    Reste la question sensible des origines des momies, crânes, cerveaux et restes humains exposés. Les tristes épisodes des « zoos humains » et têtes maories ont laissé des traces. Quelle est aujourd’hui l’erreur à ne pas commettre dans un musée de l’Homme ? « Il faut respecter l’homme. Quand on a des restes humains à montrer ou en collection, cela passe par le respect » affirme le président Bruno David.

    Et la commissaire scientifique Évelyne Heyer poursuit : « Au niveau du musée de l’Homme, on a une politique de restitution très claire. Tout reste humain dont on connaît l’état civil et qui est clairement identifié, si ses descendants font une demande, elle est immédiatement acceptée. Par contre, quand il s’agit d’une demande qui concerne un groupe humain pour lequel il n’y a pas d’état civil, là, la position du musée est de dire que nous sommes une institution laïque et républicaine avec une vocation scientifique. Ces collections représentent un miroir de la diversité humaine. C’est un tout. Et il serait vraiment dommage qu’une partie de ces collections soit amputée pour des raisons religieuses. C’est notre position, mais après c’est toujours une décision politique. »

    Le regard sur l’Afrique

    Aujourd’hui, on est loin du débat vigoureux mené au début des années 2000 après le transfert des collections ethnologiques au nouveau musée du quai Branly à Paris et au MuCEM à Marseille. Les chercheurs ont visiblement réussi à surmonter le sentiment d’une dépossession et ont réorganisé les 736 000 objets et ensembles restants. Et qui sait, le fait que toutes les collections ethnographiques africaines ont été transférées au musée du quai Branly a peut-être même permis de changer le regard sur l’Afrique à travers de nouvelles acquisitions : « Ce qui a changé, c’est qu’on est moins dans l’exotisme, admet Évelyne Heyer. Donc notre contemporain actuel est traité comme le « exotique ». Il y a beaucoup moins cette distinction entre ici et ailleurs. Par exemple, les rites de morts en Europe, en Amérique du Sud ou en Afrique sont montrés sur un pied d’égalité. »

    Au musée de l’Homme, on peut tirer la langue pour écouter le mand (8 locuteurs), une langue presque éteinte issue de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Siegfried Forster / RFI

    Parler du berceau africain et de la « race blanche »

    Le plus grand choc pour le public sera certainement de confronter sa vie rythmée par l’actualité médiatique et instantanée avec le temps long de l’humanité. Par exemple, explorer l’émergence de la lignée humaine, il y a 60 millions d’années ou le berceau africain et tropical, il y a 4 millions d’années. Paradoxalement, c’est justement avec ce recul de plusieurs milliers ou millions d’années qu’on trouve les réponses les plus pertinentes à nos questions d’actualité comme les dérapages autour de la « race blanche » ou « le danger de l’immigration ».

    Reste à savoir dans quelle mesure le musée de l’Homme ambitionne d’avoir un impact sur de telles polémiques. « Quand les débats sont trop compliqués ou trop chauds, je pense que ce n’est pas le rôle du musée d’y répondre trop directement, rétorque Bruno David en tant que président. Le rôle de ce musée est d’amener à y réfléchir, d’émerveiller et fasciner le public, toujours dans le but de l’instruire. »

    Quant à Évelyne Heyer, elle espère que les 400 000 visiteurs attendus la première année sortent « émerveillés et un peu instruit. Je pense qu’il est important de donner de petites touches de réflexions. » De toute façon, à la fin du parcours, c’est le visiteur qui aura le dernier mot avec une petite cabine permettant d’exprimer lui-même sa propre vision du futur. 

    Cro-Magnon dit le vieillard, paléolithique supérieur, l'une des stars du musée de l'Homme. M.N.H.N. - JC Domenech

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    ► Musée de l’Homme, ouverture au public à partir de samedi 17 octobre. L’entrée est gratuite les trois premiers jours d’ouverture.

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