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    France

    Jacques Higelin, 75 ans, touchant et touché, vu par Sandrine Bonnaire

    media Jacques Higelin et Sandrine Bonnaire dans «Ce que le temps a donné à l’homme – Jacques Higelin». Réalisé par Sandrine Bonnaire, ce documentaire sera diffusé sur Arte, le 1er novembre à 22h55. Augustin Detienne

    Le voir sur scène est une expérience pour la vie. Avec ses chansons, il nous embrasse et nous offre la joie de vivre depuis cinquante ans. Jacques Higelin, l’un des chanteurs favoris des Français, fête ce dimanche 18 octobre ses 75 ans. Dans la foulée, plusieurs événements sont prévus : une biographie, un spectacle, des concerts, une tournée et un documentaire. « Ce que le temps a donné à l’homme – Jacques Higelin », réalisé par Sandrine Bonnaire, est le fruit d’une rencontre entre deux âmes artistes. Un film sensible et tendre qui réussit avec son charme et une forme d’innocence à nous rapprocher d'un Jacques Higelin qu’on n’a jamais vu. Un portrait intime du chanteur, auteur, compositeur, père, philosophe... Loin des grands gestes cinématographiques et des gesticulations habituels. Des images qui ont été faites et se regardent avec le cœur. Entretien croisé avec Jacques Higelin et Sandrine Bonnaire.

    RFI : Ce que le temps a donné à l’homme – Jacques Higelin. Est-ce un titre à la recherche de la philosophie higelienne ?

    Sandrine Bonnaire : En tout cas, c’est un clin d’œil à lui et cela dans plusieurs domaines. Jacques Higelin est quelqu’un qui parle beaucoup du temps. Et c’est quelqu’un qui prend son temps. Par exemple, il est réputé pour faire des concerts assez longs. Pour le documentaire, j’ai vu beaucoup d’archives sur lui et le temps est quelque chose qui revient souvent dans sa bouche. Je me souviens d’une scène où quelqu’un lui avait posé la question : « Si vous deviez faire un cadeau aux gens, que leur offririez-vous ? » Il avait répondu : « Le temps ». Dans le film, il dit aussi : « C’est con les villes qu’on traverse sans jamais les connaître, parce qu’on n’a jamais le temps. » Pour lui, le temps est important. C’est quelqu’un qui a fait une très grande carrière et qui est encore très actif, très pêchu. C’est aussi en lien avec ce livre, ces lettres d’amour qu’il avait écrites pour Irène Chabrier qui sont un peu en référence dans le film. À 20 ans, il disait des choses très profondes et auxquelles il n’a pas dérogé jusqu’à aujourd’hui.

    Comment Sandrine Bonnaire est-elle en tant que réalisatrice ? Sa manière de filmer, est-ce plutôt du rock, du blues, du gospel ?

    Jacques Higelin : C’est tout ça, c’est la vie. Parfois, on parlait autant après le tournage que pendant. Et parfois, on ne tournait tout simplement pas… On parle toujours beaucoup, on se marre, on rit beaucoup ensemble. Il y a un truc, il y a quelque chose… Je ne parle pas d’un couple, je parle de gens qui travaillent ensemble.

    « Les murs n’effrayent que ceux qui restent plaqués devant. » Pourquoi c’est cette phrase qui donne le départ de votre film ?

    Sandrine Bonnaire : Parce que cela résume ce qu’il est : son courage, ses prises de risques et ses audaces. Cela m’a donné envie de filmer cet homme. Un homme qui prend des risques, qui n’a peur de rien – dans le bon sens du terme. Moi, ça me plaît. C’est fascinant.

    Dans le film, vous dites : « Je n’ai pas envie de gloire, moi, je souhaite être un poète pour défendre les gens. » Est-ce le fil rouge de votre vie et de votre carrière ?

    Jacques Higelin : « Les gens », j’en fais partie. Je suis aussi « les gens ». Et quand je parle à vous, je parle aussi à tout le monde. C’est une communication qui est réelle. On communique avec les autres par le langage, par la parole. Et la parole, c’est toujours le début soit de la merde, soit de l’amour, soit de l’amitié, soit de la guerre. Actuellement, j’entends très peu de choses qui peuvent marier les gens, mettre ensemble les civilisations différentes. On est en plein dans le brouillard.

    Filmer, cela veut dire choisir et décider un cadre. Avez-vous réussi à cadrer Jacques Higelin ?

    Sandrine Bonnaire : J’ai réussi à cadrer Jacques Higelin dans le sens où il a compris ce que je voulais de lui. Il a compris que je voulais un Jacques Higelin qui s’abandonne, qui soit vraiment lui-même. Il se trouve que, avant de faire le film, on a fait cette chanson ensemble, « Duo d'anges heureux ». Donc, j’ai eu l’occasion de le connaître avant de faire ce film. Ainsi, j’ai connu un Jacques Higelin qui n’est pas que fantasque, joueur, mais aussi quelqu’un de très posé, dans la réflexion. C’est aussi quelqu’un de pudique, de discret. J’avais envie de montrer cette face de lui. L’autre face, on la connaît beaucoup. Un jour, il m’avait dit : « Je suis tellement timide, que j’en fais des tonnes pour cacher ma timidité. »

    Vous évoquez aussi le fait que vous êtes né pendant la guerre, en 1940, à Brou-sur-Chantereine, en Seine-et-Marne. Et vous vous souvenez du sifflement de la bombe qui est tombée juste à côté de votre maison. Vous parlez de votre père alsacien qui jouait du piano en rentrant du travail…

    Jacques Higelin : Et qui m’a raconté plein d’histoires et qui avait beaucoup voyagé…

    Vous parlez de votre mère belge et votre grand-mère qui chantaient des chansons pour vous. Bref, vous remarquez que les gens vous connaissent en tant que chanteur, mais qu'ils ne connaissent pas le jeune homme d’où tout est parti… Pourquoi, aujourd’hui, cette transmission de votre histoire est-elle si importante pour vous ?

    Jacques Higelin : Parce qu’un être se construit. Cela commence déjà dans le ventre de la mère quand on ne sait pas encore la portée du langage. Pour cela, je regarde beaucoup les bébés. Parfois, je ne regarde pas les gens, ils n’ont pas toujours un regard avenant. Mais, par le biais de leur enfant, on peut voir leur côté bien. Tout cela pour dire que c’est très important, comment découvre-t-on le monde, par qui, par quels mots.

    Jacques Higelin et Sandrine Bonnaire dans « Ce que le temps a donné à l’homme – Jacques Higelin ». Réalisé par Sandrine Bonnaire, ce documentaire sera diffusé sur Arte, le 1er novembre à 22h55. DR

    Sandrine Bonnaire, votre rencontre avec Jacques Higelin, ce n’était pas un Coup de foudre. Cela ne s’est pas non plus passé dans un No Man’s Land, pour citer deux albums à succès de Jacques Higelin. Votre belle amitié est née dans un train. Pourquoi est-ce que c’était si important pour vous de faire un film sur lui ?

    Sandrine Bonnaire : Au départ, ce n’était pas mon idée de faire un documentaire sur lui. Ce sont ses proches qui ont constaté qu’il y avait très peu de choses sur lui en images. Alors, ils ont suggéré de faire un film sur lui, parce qu’ils ont vu ce lien qu’on avait et qui est effectivement très fort et très complice. En plus, être filmé par une femme, il trouvait que c’était une belle idée. Donc, je n’y ai pas pensé, mais je pense que j’aurais pu y penser [rire].

    Jacques Higelin ; Dominique Mahut, votre « ami-frère » sur scène, s’exclame dans le film : « Parfois, j’ai le sentiment de danser avec Jacques Higelin sur scène. » Vous aussi, vous avez une manière très particulière d’utiliser vos bras sur scène.

    Jacques Higelin : Moi, j’aime beaucoup la danse, les ballets, les danseurs, les danseuses. À un moment, je travaillais avec Jean Babilé [danseur classique et contemporain, 1923-2014, ndlr]. C’était incroyable. Quand je lui ai demandé : « Avec qui voulez-vous travailler ? », il a répondu : « Avec les meilleurs. » C’est l'un des hommes qui m’ont le plus marqué. J’avais vu Jean Babilé à New York avec Maurice Béjart. Ils étaient amis. Jean Babilé était l’un des plus grands danseurs. La grâce incarnée. Je n’avais jamais vu quelqu’un comme ça. C’était un éternel jeune homme. Il y a quelque chose de formidable dans l’art : c’est la jeunesse de l’art. Tous les artistes, Picasso, Prévert… ce sont tous des gosses ! Ce sont tous des gens qui n’ont jamais renié leur enfance et qui se sont inspirés de leur enfance pour développer ce qu’ils avaient à développer.

    Cela vous a marqué jusqu’à aujourd’hui ?

    Jacques Higelin : La jeunesse de l’art, c’est aussi les rapports que j’ai avec Sandrine. Parfois, on se marre comme des gosses. J’ai eu confiance en elle pour capter cette chose qui est très importante pour moi. Ce n’est pas pour faire le jeune, je n’en ai pas besoin et parfois je suis juste un vieux qui se traîne, qui est fatigué et qui en a marre. Mais à un moment donné, tout ce qui m’intéresse, me passionne, c’est la vivacité, la curiosité des gens. Parfois, on a le sentiment d’avoir tout compris. Mais il n’y a rien à comprendre, il y a toujours à s’étonner.

    C’est l’étonnement qui crée la passion...
    Jacques Higelin. 16/10/2015 - par Siegfried Forster Écouter

    Lire aussi la biographie de Jacques Higelin sur RFI Musique

    ► Ce que le temps a donné à l’homme – Jacques Higelin. Diffusion sur Arte, le 1er novembre 2015, à 22h55.

    ► Je vis pas ma vie, je la rêve, Biographie de Jacques Higelin, écrite par Valérie Lehoux, éditions Fayard.
     
    ► Du 23 au 25 octobre, Jacques Higelin s’installe à la Philharmonie de Paris pour fêter ses 75 ans avec un spectacle et deux concerts.

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