Nicolas Hulot, sa couleur c'est le vert - France - RFI

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Nicolas Hulot, sa couleur c'est le vert

media Le succès de la Conférence de Paris sur le climat est un enjeu crucial pour l'Elysée et pour Nicolas Hulot. AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD

Nommé envoyé spécial pour la planète par François Hollande en décembre 2012, Nicolas Hulot a parcouru le monde ces trois dernières années pour que la conférence sur le climat - la COP21 - soit un succès. Retour sur l’itinéraire d’un aventurier globe-trotter devenu le porte-drapeau de l'écologie en France.

Toute une vie en équilibre. Sous l'aile de son kite-surf comme avec l’écologie, Nicolas Hulot aura constamment joué les acrobates, toujours à la recherche de la bonne balance entre ses convictions profondes et la réalité du politique. On en a encore eu la démonstration le 7 octobre dernier lorsqu’il agita la bulle médiatique avec son manifeste Osons, un livre réquisitoire appuyé par une vidéo auto-parodique - Break the Internet - Nicolas Hulot - qui connût un succès assez phénoménal dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Un pied dans le système, un pied en dehors, ce jour-là le candidat malheureux à la primaire écologiste de 2012 insista bien quand même pour que l’on fit le distinguo entre Nicolas-le-citoyen et Hulot-l’envoyé-spécial-de-l’Elysée-pour-la-planète.  Ecolo, il ne l’a pourtant pas toujours été, l’aventurier d’Ushuaia. D’abord reporter-photographe puis journaliste dans le service public lors de sa première vie professionnelle, il anima entre autres sur France Inter La Poignée dans le coin (sic), une émission du soir consacrée aux gros cubes et aux événements moto.

Et il se passionna aussi pour le rallye Paris-Dakar, épreuve honnie par les Verts mais à laquelle il participa pourtant en 1980, dans la catégorie camion pour ne rien arranger… C’est pourtant son parcours professionnel, très riche, qui l’a conduit, petit-à-petit, à se poser en inlassable défenseur de l’environnement, une juste cause qu’il a embrassée toute entière, à force de parcourir le monde, appareil photo en bandoulière pour Sipa, puis micro en main chez France Inter et enfin devant la caméra avec Ushuaia.

L’aventure déjà

Journaliste à France Inter, il interviewe l'agitateur Mouna Aguigui à Paris en 1982. AFP PHOTO PHILIPPE WOJAZER

Tout commence à Lille où Nicolas, Jacques, André Hulot naît le 30 avril 1955, troisième enfant d’une famille où le père est tour à tour chercheur d’or, confiseur et horticulteur (on comprend le goût du benjamin pour l’aventure) et la mère responsable de maisons de santé. La famille ayant déménagé à Paris, il est d’abord scolarisé à Saint-Jean-de-Passy, tout près de la Maison de la radio, sans doute un signe, mais c’est à Nice qu’il passe son bac. En 1973, il abandonne vite ses études de médecine pour se consacrer donc au photojournalisme dans un premier temps avec, déjà, le goût de l’évasion.

Embauché par la toute jeune agence Sipa, il parcourt le monde : Guatemala, Afrique du Sud, Rhodésie et un voyage à bord de Pen Duick VI avec Eric Tabarly à qui il a consacré un album-photos en 1976. Cette quête d’un ailleurs plus intense et exotique est pour une bonne part motivée par la nécessité de chasser le souvenir de deux tragédies qui l’ont profondément marqué : la mort de son père en 1970 et le suicide, le soir de Noël 1974, de son frère aîné, Gonzague. Avec une force de caractère incroyable, l’adolescent de 19 ans parviendra à taire le drame de la mort de son frère jusqu’au lendemain, pour ménager sa mère et sa sœur Béatrice.
 
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De 1978 à 1987, Nicolas Hulot va faire le bonheur de France Inter où son enthousiasme et son énergie font merveille. Avec son look de moniteur de voile - il arbore toujours aujourd’hui la même silhouette et la même coupe de cheveux - il collectionne les succès à travers des émissions et des reportages qui préfigurent déjà son envol vers le petit écran. Viennent alors les années Ushuaia le Magazine de l’extrême (1987 - 2012), une émission de découverte programmée sur TF1 qui va faire de lui une vedette et un champion de l’audimat : jusqu’à 9 millions de téléspectateurs dans ses meilleures années. Entre 1989 et 1991, l’infatigable globe-trotter signe également trois livres : Chasseurs de Pôles, Les Chemins de traverses et Etats d'âme, trois œuvres où transparaît clairement sa prise de conscience écologiste.

L’oreille des présidents

Sa défaite face à Eva Joly pour l'investiture EELV à la présidentielle de 2012 l'a profondément affecté. REUTERS/Charles Platiau

C’est à cette même époque qu’il découvre les arcanes de la politique. D’abord grâce à Jacques Attali qui le convie à l’Elysée pour rencontrer François Mitterrand. Un rendez-vous décevant car le sphinx de la rue de Bièvre l’ignore superbement. Ce ne sera pas le cas du Premier ministre d’alors, Jacques Chirac, qui sent le parti qu’il peut tirer de la virginité en politique du populaire Hulot. Aux antipodes de la froideur mitterrandienne, Chirac a toujours eu le contact facile. Il le prend donc sous son aile et en fait son interlocuteur privilégié pour les questions environnementales. Ainsi, le fameux  « notre maison brûle et nous regardons ailleurs » de 2002 à Johannesburg porte la griffe Hulot.

Entretemps, le présentateur d’Ushuaia a créé sa fondation, la Fondation Ushuaia, qui deviendra la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme en 1995 avant d’être reconnue d’utilité publique en 1996, statut qui l’autorise à recevoir des dons et des legs. Chirac lui propose le ministère de l’Ecologie dans le gouvernement Raffarin, mais l’ancien maire de Paris essuie un  refus de la part de celui qui veut garder sa liberté de mouvement et de parole.

Parallèlement à Ushuaia, Nicolas Hulot continue d’écrire et signe notamment Le Syndrome du Titanic en 2004, bouquin dont l’adaptation au cinéma se solde par un cuisant échec. En octobre 2009, le film est retiré de l’affiche après seulement trois semaines d’exploitation car jugé « trop anxiogène » par ses contempteurs. Ce naufrage va durablement affecter son auteur mais pas autant que son parcours en politique. De 2007 à 2012, Nicolas Hulot va en effet aller de déception en désillusion, malgré un capital sympathie demeuré intact auprès du grand public, comme en témoigne sa présence constante dans le classement des personnalités préférées des Français.

Jacques Chirac parti, Hulot songe à se présenter à la présidentielle de 2007 (il a le soutien de Jean-Louis Borloo et on lui prête un moment 11% d’intentions de vote). Mais il finit par renoncer, non sans avoir fait signer aux principaux candidats un Pacte écologique, une charte environnementale qui dresse dix objectifs et cinq propositions concrètes pour lutter contre la destruction de la planète. Vainqueur de Ségolène Royal au 2e tour, Nicolas Sarkozy et son ministre de l’Ecologie, un certain Jean-Louis Borloo, vont fortement s’inspirer de ce texte pour organiser en grande pompe le Grenelle de l’environnement, en octobre 2007.

Cette initiative ambitieuse va toutefois se heurter à la crise économique et au manque de conviction de l’Elysée envers la cause écologique. La déception est à son comble pour l’homme d’Ushuaia quand Sarkozy lance son fameux « l'environnement, ça commence à bien faire ! », au Salon de l'Agriculture 2010. Avec le Parti écolo, l’expérience  sera encore plus douloureuse, des Verts chez qui celui que certains surnomment «  l’hélicologiste » (référence à son survol des contrées lointaines pour les besoins de son émission) ne compte pas que des amis, loin s’en faut.

Après la veste, un nouveau costume

Début octobre 2015, il lance son manifeste pour la protection de l'environnement. Christophe Carmarans / RFI

Décidé à faire avancer ses idées en se présentant cette fois à la présidentielle de 2012, Nicolas Hulot met un terme à Ushuaia après vingt-cinq ans de succès pour briguer en 2011 l’investiture d’Europe-Ecologie Les Verts (EELV). Pour la première fois, les Verts organisent en effet une primaire afin de désigner leur candidat car leur leader naturel, Daniel Cohn-Bendit, auteur d’un score historique aux élections européennes de 2009 (16,28 %), a annoncé qu’il ne se présentait pas faute d’envie et faute aussi d’avoir  à l'époque la nationalité française. La course à l’investiture ne sera pas de tout repos.

En juillet, le postulant à la candidature prend même un seau d’épluchures sur la tête près de Nantes où il était venu à la rencontre de manifestants opposés à la construction de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Son statut de vedette de télé, qui passait mal auprès de nombreux militants, et son manque de ‘killer instinct’ dans les joutes internes lui ont été fatals. Deux jours plus tard, le verdict tombe : Eva Joly s’impose au 2e tour avec 58,12 % des suffrages contre 41,34% pour un Nicolas Hulot qui accuse le coup et prend une demi-année sabbatique pour partir en voyage avec femme et enfants.

Toujours partagé entre l’envie de tout laisser tomber et celle de continuer le combat, il se laisse finalement séduire par la proposition du nouveau chef de l’Etat François Hollande de devenir l’envoyé spécial de l’Elysée pour la planète à l'automne 2012. Il prend officiellement ses fonctions, à titre bénévole, le 6 décembre 2012, à un peu moins de trois ans du début de la COP21 à Paris, événement qui doit être l’un des temps forts du quinquennat Hollande.

Son pari : impliquer les hommes politiques en étant à l’intérieur du système, objectif qui est soudain devenu réalisable dans ce nouveau costume d’envoyé spécial qui lui a permis, ces trois dernières années, de rencontrer des décideurs du monde entier en bénéficiant de tout l’appareil diplomatique français, chose qui lui aurait été impossible de l’extérieur. L’un de ses plus beaux coups : avoir réussi à sensibiliser le pape François au combat écologique après deux jours passés au Vatican en 2013.

Avant même les attentats du 13 novembre qui ont conduit à l’annulation de la Marche pour le climat dont il aurait dû, demain dimanche, prendre la tête à Paris, l'envoyé spécial de l'Elysée ne dissimulait pas ses craintes de voir le sommet échouer. « L’inquiétude est le sentiment qui domine. L'échec est possible », avouait-il le 1er novembre dernier lors de l’émission Internationales organisée conjointement par TV5 Monde, RFI et Le Monde. Le 18 novembre, Même s'il a déjà essuyé des revers, un échec de la COP21 serait vécu comme une profonde injustice par cet idéaliste devenu terre à terre, par cet un homme qui aura dépensé tant d'énergie à essayer de nous la faire économiser.

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