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    France

    [Analyse] Attentats à Paris: «Il faut agir au niveau du renseignement»

    media Des policiers patrouillent autour du Carillon, frappé par l'une des attaques terroristes de vendredi 13 novembre 2015, à Paris. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

    La France est-elle une cible privilégiée des terroristes de l'organisation Etat islamique et pourquoi ? La question agite la société depuis les attentats de janvier et avec encore plus d'accuité depuis vendredi soir, les pires attaques terroristes jamais connues par la France sur son sol, avec 129 morts et 350 blessés au dernier bilan. Olivier Fourt, spécialiste défense de RFI, Alain Gresh, spécialiste du Moyen-Orient et David Thomson, journaliste au service Afrique de RFI et spécialiste des mouvements jihadistes, livrent leurs analyses lors de notre édition spéciale.

    RFI : la France est-elle une cible privilégiée des terroristes par rapport à d'autres nations ?

    Olivier Fourt : La France est clairement une cible. Dans les années 2000, les cibles privilégiées étaient les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, Israël. Quand on a interrogé hier les chefs d'Etat africains pour leur demander des réactions, ils ont tous répondu : « On n'est pas surpris. » La France est en train de payer ses engagements, ces dernières années, que ce soit en Afrique - avec l'opération Barkhane au nord du Mali, l'opération Serval, et celle de Libye -, et depuis l'an dernier au Moyen-Orient, en Irak, à la demande du gouvernement irakien et dans le cadre des Nations unies. Depuis fin septembre, un nouveau pas a été franchi avec l'opération sur le territoire syrien. Et c'est d'ailleurs l'un des arguments brandis par l'organisation Etat islamique, qui dit : « Ce qui est en train de vous arriver, c'est de votre faute car c'est vous qui nous avez attaqués en Syrie. »

    Si la France est en guerre, qui est notre ennemi ?

    Alain Gresh : C'est toute la question. Nous sommes en guerre parce que la France est présente sur beaucoup de terrains de confrontation : au Mali, en Centrafrique, en Syrie, en Irak. En même temps, ce n'est pas une guerre directe, ni une guerre traditionnelle au sens d'affrontement entre deux Etats. C'est une guerre très complexe, qui concerne avant tout le Proche-Orient et le Maghreb. Il faut bien voir que nous sommes des victimes indirectes de cette confrontation. Si on ne comprend pas que l'essentiel de ce qui se passe au Proche-Orient, avec la guerre en Syrie et en Irak, nous ne serons pas capables de combattre les conséquences. C'est un foyer de conflits, qui inclut de nombreux Etats, de nombreuses organisations, pas seulement l'Etat islamique. Il faut essayer d'analyser ces conflits.

    L'ennemi principal en Syrie, est-ce l'Etat islamique ou le président syrien Bachar el-Assad ?

    Alain Gresh : en tout cas, pour le gouvernement français, ce n'est pas très clair puisqu'il dit qu'il faut combattre les deux à la fois. Mais on se rend compte que dans la réalité, c'est extrêmement difficile de choisir l'ennemi.

    Est-ce que la France est visée parce qu'elle a promis d'aider l'opposition syrienne si la ligne rouge était franchie et que finalement elle n'a pas agi ?

    Alain Gresh : non, on ne peut pas dire ça directement. Je ne pense pas que l'Etat islamique nous vise parce qu'on n'a pas aidé l'opposition syrienne. D'abord, la France est sans doute le pays le plus présent dans la région après les Etats-Unis. Et puis, il s'est créé une image de la France dans un certain nombre de groupes comme une ennemie de l'islam. Ça va de l'interdiction du foulard dans les écoles aux raids aériens. Effectivement, aujourd'hui on est perçu comme un ennemi par un grand nombre de groupes radicaux.

    David Thomson : Alain Gresh a raison de rappeler que la France est menacée au-delà de son intervention en Irak et en Syrie. C'est vrai que beaucoup d'intellectuels français reprennent en ce moment exactement le discours de l'Etat islamique, disant que les menaces et les attentats de l'EI en France sont la conséquence directe de son intervention. D'une certaine manière, c'est vrai du fait d'une bascule de l'EI.

    Le jihad régional, axé uniquement sur la stratégie de construction d'un proto-Etat à cheval sur la Syrie et l'Irak, c'était sa stratégie jusqu'en septembre 2014 précisément. Et tout a changé au moment de la coalition en Irak en août 2014. Un mois après le début de l'intervention, on a un communiqué du porte-parole de l'Etat islamique, Abou Mohamed al-Adnani, qui dit : « Maintenant, il faut viser les Français, partout, il faut les tuer, c'est un ordre officiel par tous les moyens possibles. » L'Etat islamique passe à ce moment à une stratégie de jihad global, à la manière de l'al-Qaïda des années fin 1990-2000.

    Là, effectivement, c'est l'intervention de la coalition qui le fait basculer dans cette stratégie. Mais il y a d'autres raisons. Lors de mes entretiens en 2013, avant l'intervention, on sentait bien que cette dimension terroriste faisait partie du code génétique de tous ces combattants. Dès 2013, tous les Français [jihadistes] à qui je posais la question me disaient qu'ils rêvaient de revenir en France pour y commettre des attentats - ceux de l'Etat islamique -, ce qui n'était pas le cas d'al-Qaïda à l'époque.

    Faut-il s’attendre à une riposte militaire française, à une escalade en Syrie ?

    Olivier Fourt : François Hollande a dit : nous serons « impitoyables » avec les auteurs des attentats. Le gouvernement parle d’« armée terroriste » pour qualifier les troupes de l’organisation Etat islamique. La France bombarde leur position en Syrie depuis le 27 septembre - en fait, elle n’a fait que trois raids. La France est maintenant dans « le camp des cogneurs », disait-on récemment en « off » du côté de l’exécutif. Ça me gêne un peu, d’une certaine manière, parce que quand on voit ce qui s’est passé vendredi, j’ai surtout l’impression que c'est la France qui a pris des coups. Le bilan est effroyable. La jeunesse de Paris a été directement visée. La France va encaisser, les services de renseignement attendaient depuis longtemps une attaque de ce genre. Ils sont persuadés, d’ailleurs, qu’il y en aura d’autres.

    Mais finalement, les services de sécurité peuvent-ils faire plus ? Faut-il bombarder plus en Irak ou en Syrie ?

    Olivier Fourt : L’état-major nous dit : nous ciblons les centres de gravité de l’ennemi, nous frappons ses capacités de financement, son organisation, son organigramme, sa capacité de propagande, ses réseaux de ravitaillement, etc. La stratégie française, de ce point de vue-là, a plutôt bien fonctionné au Sahel et au Sahara, en tout cas pour ce qui est de l'élimination des principaux cadres terroristes qui opéraient dans ces régions-là. Ça me paraît beaucoup plus compliqué au Moyen-Orient, tant les moyens d’organisation sont quasiment des moyens d’Etat.

    Ce qu'il s’est passé vendredi, c’est une action-suicide, certes, mais c’est quand même une action clandestine, dans un pays étranger sous surveillance, la France, avec au moins sept jihadistes déterminés et organisés. Bref, c’est la démonstration d’une incapacité pour la France à contrer les coups de l'adversaire. Mettre des militaires dans les rues n’a pas montré une grande efficacité. Et en mettre encore plus après les attaques ne servira pas à grand-chose.

    Quelle est la solution dans ce cas ?

    Olivier Fourt : Il faut agir en amont. Alors, bien sûr, le gouvernement communique sur le fait que des attentats sont empêchés chaque jour. Mais là, ce sont quand même sept jihadistes qui ont conduit l’opération. C’est la première opération kamikaze perpétrée sur le territoire français. C’est du niveau de ce qui se passe en Syrie et en Irak. Pour caricaturer, il ne s’agit pas d’un fou avec un couteau de cuisine qui veut attaquer l’arsenal de Toulon. Donc, la réflexion est à mener clairement au niveau du renseignement. Il faut que les agences de renseignement se parlent encore plus ! C’est le chantier du nouveau coordonnateur national du renseignement Didier Le Bret.

    C'est-à-dire ?

    Olivier Fourt : Il faut décloisonner encore plus l’action de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure, NDLR), de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure, NDLR), de la Direction du renseignement militaire (DRM), de Tracfin et des douanes. Il faut aussi s’appuyer sur des alliés solides et fiables : les Etats-Unis, qui ont des moyens militaires et des moyens de renseignement que la France n’a pas, les alliés européens, mais aussi les alliés dans le monde arabe et au Maghreb, qui disposent de renseignements et de clés de compréhension que nous n’avons pas forcément. Il faut guetter les signes faibles. Ce qu'il s’est passé en Tunisie en 2011, ou ce qu'il se passe aujourd’hui dans un quartier de Casablanca, ça peut avoir des répercussions directes sur ce qu'il se passe à Paris ou à Bruxelles.

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