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    France

    Attentats: comment les enfants les vivent, comment leur en parler

    media Des enfants se recueillent durant une cérémonie en hommage aux victimes des attentats à Paris, ici à Panama, le 14 novembre 2015. REUTERS/Carlos Jasso

    Depuis ce macabre 13 novembre où Paris a été frappée par des attaques terroristes sans précédent, de nombreuses questions se posent sur la manière d’y confronter les enfants. Tout leur dire ou au contraire les épargner au maximum, Aldo Naouri, pédiatre, et Sevim Riedinger, psychologue clinicienne et psychothérapeute, livrent leurs analyses.

    Comment parler de la barbarie aux enfants et doit-on le faire différemment selon leur âge ?

    Aldo Naouri : Les enfants sont très au courant de quelque chose de binaire et simple : qui sont les méchants et les gentils. Alors, on leur parle de « méchants » et de « très méchants » qui ont fait ce genre de chose.

    L'âge n'a pas d'importance. Il faut parler comme on parle à tout le monde. Les enfants comprennent très bien, et le style de langage n’a pas d’importance dans la mesure où le message qui est porté par les mots passe d’une manière particulière chez les enfants : ils sont branchés sur l’inconscient. Mais ils cherchent à comprendre ce qui s’est passé, évidemment. Alors, si on se met à leur expliquer de façon détaillée comme on le fait pour nous, c’est difficile pour eux qui ne sont pas au courant de la politique, des relations internationales etc.

    Il faut alors utiliser une métaphore extrêmement simple : leur dire que, parce qu’ils vont entendre parler de religion, d’islam etc, que la religion est ce qui permet aux gens d’être liés entre eux. Les religions sont là pour « relier » les gens entre eux, et il y en a plein, plein, plein. Il y a les religions que l’on appelle christianisme, judaïsme, islam, bouddhisme etc, mais il y a des manières de relier les gens entre eux qui ne portent pas le nom officiel de religion, mais par exemple le football, le rugby, l’athlétisme, qu’il y a des milliards de gens qui aiment ces sports. Ils sont ainsi reliés entre eux.

    Imaginons dès lors des gens qui adorent le football. Dans ces millions de gens qui aiment ce sport, il y a un groupe d’individus qui estime qu’il ne faut pas qu’il y ait d’autre sport que le football, et qui va se mettre à effrayer tout le monde en lançant des bombes, en faisant des actes terroristes... Mais, les gens qui aiment le football ne sont pas tous comme ça !

    C’est cette métaphore qui permet de leur dire justement : « pas d’amalgames », et ça permet à l’enfant de comprendre. Et de poursuivre qu’évidemment, ces gens là, il faut les neutraliser, faire en sorte de ne pas les laisser faire. Ils massacrent de façon barbare mais on va leur rendre la monnaie de leur pièce.

    Sevim Riedinger : Il faut leur parler de la réalité telle quelle est, raconter les événements tels qu’ils se sont passés, en modulant selon l’âge de l’enfant. Jusqu’à 6 ans, les enfants sont encore dans la pensée magique. Mais à tous, il faut parler.

    Celui qui a peur meurt un peu tous les jours. Avec les touts petits, il faut leur évoquer les contes car ça leur parle. Dans ces histoires, l’enfant, le petit héros, arrive toujours à vaincre les monstres. Dans les contes, il y a plein de monstres, parce que l’âme humaine est faite de cela, qu’il y a ces possibilités de détruire, de destruction et de haine et de violence. Et contre cela, il y a toutes nos qualités humaines qui sont les plus fortes.

    Peut-on utiliser avec les plus jeunes un vocabulaire tels que les mots « barbare », « massacre », « terrorisme », etc ?

    Sevim Riedinger : Il faut leur dire qu’il y a eu un attentat. Il faut leur dire qu’il y a des personnes chez qui la haine, qui est une énergie très sombre au fond de nous, a tendance à se développer jusqu’à pouvoir exploser sur les autres. Et cette haine, pour y faire face, il faut trouver des mots pour la désarmer. Il faut prendre conscience qu’on a jusqu’à présent eu tendance à mettre des mots pour la nourrir… Et pour les petits, c’est extrêmement important car on a tous cette graine au fond de nous. Et elle peut se développer si l’on n’y fait pas attention ou au contraire, si on la laisse justement se développer.

    Il faut donner aux enfants des messages positifs, il faut leur faire passer nos valeurs à nous : l’amour, la force du lien, le partage, sont plus forts que la violence et que la haine. Et, puisque des hommes ont détruit des vies, que ce qui s’est passé est une chose terrible, il faut aussi dire aux enfants que la vie est précieuse, qu’elle a de la valeur et qu’elle reste belle malgré tout, malgré le fait que des hommes cherchent à la détruire. « L’espoir est comme le ciel des nuits, il n’est pas de coin si sombre où l’œil qui s’obstine ne finisse par découvrir une étoile ». L’espoir est justement peut-être là, dans notre capacité à être dans la relation telle qu’elle peut nous relier les uns aux autres face à l’épreuve de la haine, de toutes les haines jusqu’à celle de nos propres ombres et de nos tentations à les projeter sur autrui.

    Aldo Naouri : Le point de départ qu’il faut toujours garder en tête, c’est que l’enfant est sécurisé de savoir ses parents près de lui. La sécurisation maximale pour un enfant est ses parents. Si ses parents lui disent « ne t’inquiète pas, on est là », c’est déjà énorme. Dès lors, on peut utiliser tous les mots avec les enfants. Je suis pour ma part un enfant qui a vécu la guerre 39-45, je n’étais pas préservé ! Cela laisse des traces, mais on ne peut pas faire en sorte qu’il n’y ait pas de traces. Et mettre des mots sur des choses permet de mieux les manipuler dans la tête. On peut tout dire si on explique.

    Les malheurs ça existe. Une fois qu’on a trouvé comment protéger l’enfant - en lui disant « tu es avec nous, nous sommes là pour te protéger » -, on peut tout dire et tout faire pratiquement. L’enfant n’a pas de protecteur plus important pour lui à ses yeux que ses parents.

    Quid de la télévision, d’Internet, des médias qui passent en boucles des images d’horreur ?

    Aldo Naouri : Les images sont beaucoup plus toxiques que les mots et il vaut mieux éviter de montrer des images de barbarie aux enfants.

    Sevim Riedinger : C’est indispensable de ne pas les laisser regarder les images en boucle, parce qu’on sait que la violence peut fasciner. Pour ceux qui, dès 10 ans, voient des images sur internet, il faut parler, mettre des mots. Les faire parler, leur parler. C’est indispensable. Les jeunes ont tellement l’habitude de la violence, ils ont des jeux - et c’est la responsabilité des adultes - d’une violence inouïe. Et cette fascination de la violence représente un réel danger. Là, ça devient la réalité et dès lors il faut qu’ils parlent, qu’ils disent leurs peurs, il ne faut pas les laisser seuls dans cela, il faut commenter avec eux, même si on n’a pas les solutions immédiates. Ne pas les laisser seuls pour ne pas activer la haine, pour ne pas qu’elle se développe chez eux. Et si cette haine malgré tout monte en eux, ils le disent. C’est pour cela que nous devons leur opposer nos valeurs humaines.

    Et si les parents sont eux-mêmes traumatisés ?

    Aldo Naouri : Qu’ils aient été eux-mêmes choqués ne signifie pas qu’ils ne soient pas rassurants. « Les derniers événements, ça nous a fait beaucoup de peine, ca fait de la peine à tout le monde », voilà comment leur parler.

    Ce qui se passe c’est que les enfants, eux, savent poser des questions. Et, en général, ils posent des questions de façon progressive, non massive. Il faut pouvoir leur répondre de manière sereine : répondre en accord avec soi-même. Il n’y a pas de recette, chacun va puiser au fond de lui-même ce qui lui convient le mieux pour pouvoir éventuellement parler.

    Sevim Riedinger : Ils ne peuvent pas ne pas transmettre leurs peurs. Mais il faut mettre des mots dessus. Les enfants sentent que les parents sont traumatisés, emportés par l’émotion. C’est ainsi. Mais il faut toujours revenir dessus, que le parent dise : « Oui, j’ai été terriblement touché(e), oui, c’est horrible ». Puis, de nouveau, leur donner un espoir.

    L’enfant a besoin d’être rassuré sur le moment, par les parents ou par un relai si les parents ne le peuvent pas. Je crois beaucoup aux enseignants, à l’école. Il y a des parents très angoissés, c’est ainsi et il faut les respecter. Mais même s’ils sont angoissés, à un moment ils peuvent dire : « C’est mon angoisse, c’est vrai, mais ça n’est pas la réalité. C’est la réalité, ça peut arriver encore, on le sait tous, mais on te protège, on fait tout ce qu’il faut ». La force du lien, l’amour des parents, aident les enfants dans ce processus pour les rassurer.

    Bien sûr, c’est inévitable que la haine se propage chez certains parents, que des amalgames soient faits. Un conte amérindien raconte l’histoire d’un grand-père qui dit à son petit-fils : « Tu sais, j’ai deux loups en moi, celui qui est sage, compatissant, et celui qui est féroce ». « Alors qu’est-ce que tu fais ? », demande le petit garçon. Le grand-père lui répond : « J’essaie de nourrir celui qui a confiance ».

    Il faut donner un message d’espoir parce qu’en chacun de nous il y a le danger de lâcher. Les terroristes cherchent à ce qu’on tombe dans la haine, alors il faut demander à nos enfants quelles sont nos valeurs humaines. Ces valeurs que nous avons toujours défendues, que la démocratie cherche à défendre. C’est indispensable. Sinon, les auteurs d’attentats ont gagné. Il faut chercher tout au fond de nous des énergies qui s’opposent à la haine.
     

    ♦ Les couples et leur argent, dernier ouvrage d'Aldo Naouri (Odile Jacob, 2015)

    Le monde secret de l’enfant, de Sevim Riedinger (Carnets Nord, 2013)

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