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COP21: Isabelle Autissier inquiète pour les forêts et les océans

media Isabelle Autissier et le WWF France plus que jamais à la pointe du combat contre le réchauffement climatique. Christophe Carmarans / RFI

Présidente de WWF France depuis 2009, la navigatrice Isabelle Autissier aurait aimé que la forêt et les océans soient parties prenantes des négociations à la COP21. Au sein d’une ONG présente dans 100 pays, elle œuvre pour que chacun fasse sa part en faveur du climat.

Que venez-vous demander ce mardi à la COP21, en tant que présidente de WWF France ?

Il s’agit d'une table ronde sur la question des océans et de la forêt comme puits de carbone et sur l’atténuation du changement climatique qui est absolument essentielle. Aujourd’hui, la forêt absorbe du carbone mais l’océan énormément aussi : environ 30% des gaz à effet de serre que nous produisons. Et il nous fournit 50% de notre oxygène. On est donc là sur deux écosystèmes qui sont très impactés. La forêt se trouve encore face à une déforestation très importante à travers le monde. Et en ce qui concerne l’océan, il y a le risque causé par l’acidification. C’est lié au changement climatique parce que l’acidification est liée à la teneur en carbone dans l’atmosphère. Elle risque d’impacter considérablement la capacité de l’océan à absorber le CO2. Il s’agit vraiment des poumons de la planète. Et nous, au WWF, on dit attention ! Il faut absolument arriver à zéro déforestation nette très vite, c'est à dire en 2020 ! Et il faut que l’on y parvienne à travers des réseaux d’aires protégées, à la fois marines et terrestres ; des lieux où la nature peut continuer à être vivante et à jouer ce rôle de puits de carbone.

Combien de pays pour le moment sont prêts à adopter le ‘zéro déforestation’ ?

Pour l‘instant aucun pays n’a adopté officiellement le zéro déforestation.

La Côte d’Ivoire en parle…

Oui je sais que la Côte d’Ivoire envisage de le faire mais, pour l’instant, on n’a pas d’engagement ferme et définitif. Ça fait partie des choses qui peuvent être à l’agenda des négociations : faire adopter ça ou au moins de pousser les Etats à adopter ça. Parallèlement on a aussi un travail à faire avec les forestiers eux-mêmes, avec les populations locales. On le voit par exemple en Guyane où WWF France est présent. Travailler avec les populations locales pour les encourager à ne pas couper la forêt et à entretenir la forêt convenablement, c’est important. Travailler avec les forestiers pour qu’ils adoptent des normes FSC (Forest Stewardship Council) qui consistent à gérer durablement la forêt, c’est important aussi. Aujourd’hui par exemple, on travaille avec Michelin pour le caoutchouc pour essayer d’élever le standard sur le caoutchouc responsable. Tout cela, ce sont des compartiments du jeu sur lesquels on peut pousser.

Les Etats ne sont pas les seuls qu’il faut convaincre. Il faut persuader du plus petit agriculteur jusqu’à la grosse multinationale, c’est ce que vous voulez dire ?

Absolument. On le voit par exemple en Nouvelle-Calédonie où WWF France est présent. Il faut que les paysans arrêtent de mettre le feu à la forêt quand ils veulent débroussailler ! En plus, on sait très bien que ça s’étend ! Ça, c‘est très concret, et très local. Mais il faut aussi parler, par exemple, à Carrefour pour que les meubles de jardin que vous achetez chez eux soient du bois certifié. Ou bien parler à Rougier, qui est un forestier africain, pour qu’il adopte aujourd’hui nos standards. Le rôle des Etats, en réalité, c’est de donner l’impulsion politique. Quand ils adoptent des grandes politiques macro-économiques, ça incrémente un peu tout le monde ; et ça emmène un peu tout le monde en avant.

Elue "marin de l'année" en 1995, Isabelle Autissier exerce avec conviction sa fonction de présidente de WWF France depuis 2009. Christophe Carmarans / RFI

Parlons un peu des océans, un milieu qui vous est encore plus familier. Ça n’est pas facile de faire respecter des règles, dans la mesure où les zones géographiques sont moins délimitées …

Oui et j’ajouterais qu’il n’y a pas de gouvernance de la haute mer. Il y a une gouvernance jusqu’à 200 milles des côtes et après, plus rien ! Ça fait partie aussi du travail de l’ONU, de pousser pour qu’un groupe sur la gouvernance de la haute mer soit créé et pour que l’on commence à se mettre d’accord là-dessus. Il y a deux choses importantes : limiter le réchauffement climatique, parce que le réchauffement, c’est du CO2 dans l’atmosphère. Ce CO2 passe dans l’eau de mer, qui, elle, l’acidifie, ce qui est extrêmement mauvais pour le plancton en particulier. Et le plancton, c’est lui qui capture le CO2. Donc là, il y a une boucle évidente !

La deuxième chose, c’est que – comme la nature est quand même un peu bonne fille – quand on lui fiche la paix, elle arrive à résister. Il est donc très important d’arriver à multiplier les aires marines protégées. D’abord parce que, en général, c’est au bénéfice des populations locales. Mais aussi en haute mer, parce qu’il faut des endroits de résilience, des endroits où la vie océanique va pouvoir continuer à exister, des endroits où la chaîne alimentaire va continuer à être en place.

Est-ce qu’il s’agit d’un combat où la France – deuxième superficie maritime du monde – peut jouer un rôle de leader ?

Oui. Elle le fait déjà en grande partie. Sur ce coup-là, la France est plutôt bonne élève. Un certain nombre d’aires marines protégées ont été ouvertes ces dernières années, essentiellement en France métropolitaine d’ailleurs. Il va donc falloir faire porter un peu plus l’effort vers la France d’outre-mer où les enjeux sont considérables. Il y a déjà des choses qui se mettent en place dans les Antilles françaises. Il faut aussi qu’en Polynésie on aille plus loin car, avec le corail en particulier, c’est une zone particulièrement sensible. Dans ce domaine, la France est porteuse d’une dynamique pour aller plus loin.

>>> Retrouvez notre site spécial et notre dernier webdocumentaire consacrés à la COP21.

A quel type de résistance faites-vous face ?

La résistance traditionnelle. Celle qui dit : ‘on a toujours fait comme ça’. C’est plus facile de couper des arbres pour faire du papier que de recycler. Il faut changer à la fois le logiciel des citoyens mais aussi celui des entreprises, pour les amener à faire les choses autrement et à voir les choses autrement. Ce n’est pas toujours beaucoup plus compliqué mais c’est juste un changement. Et, malheureusement, l'être humain a une résistance au changement qui est, en général, considérable. Donc notre rôle sur un certain nombre de projets pilotes, c’est de montrer que c’est possible, que ça marche, que les gens sont contents pour, après, espérer que ça se diffuse. Mais c’est vrai que c’est quand même compliqué.

Peut-on se prémunir de catastrophes comme celle de la plateforme de forage Deep Horizon de BP dans le golfe du Mexique en 2010 ?

Pour l’instant, pas du tout. Les compagnies pétrolières continuent à exploiter dans des conditions finalement assez aléatoires et on n’a aucune garantie. La seule garantie qu’on ait obtenue sur le Grand Nord, c’est que l’on a interdit à Shell d’aller exploiter au nord du Canada. Mais aujourd’hui, rien ne peut nous garantir qu’une exploitation pétrolière ne va pas donner lieu à une catastrophe.

Présidente de WWF International depuis 2010, la Vénézuélienne Yolanda Kakabadze est à la tête d'une organisation présente dans 100 pays. Christopge Carmarans / RFI

Ni la forêt, ni la biodiversité, ni les océans ne sont à proprement parler au programme des négociations sur le climat à cette COP21. C’est un peu triste, non ?

Malheureusement, l’océan et la forêt ne sont pas des pays. Et ils ne sont pas autour de la table, vous avez raison. Pourtant, ils sont fondamentaux. C’est notre rôle au WWF de dire : ‘n’oubliez pas quand vous allez définir ces grandes politiques d’adaptation mondiale, quand vous allez flécher de l’argent, n’oubliez pas que ça doit passer par la protection de la forêt, par la protection de l’océan et aussi par des mécanismes qui permettent aux populations locales de continuer à vivre dans un environnement qui reste naturel parce qu’on ne peut pas dissocier l’un et l’autre’. Il faut arriver à articuler tout ça et c’est l’une des tâches du WWF car on a un peu l’expérience de tout ça, de cette façon de travailler avec des multi-acteurs ; où l’on fait travailler ensemble des communautés locales, des scientifiques, des entreprises, des bailleurs de fonds, et des Etats.

Il y a 195 délégations ici à la COP21. Concrètement comment faites-vous pour agir sur chacun d’entre eux. Vous vous y mettez à plusieurs ONG (Organisations non gouvernementales, ndlr) ou vous les prenez tous un par un ?

Les deux mon capitaine ! Le WWF est présent dans 100 pays, donc grosso modo la moitié. Donc, dans chaque pays, nous avons des gens qui, depuis deux ou trois ans, travaillent avec les négociateurs de leur pays pour les amener à avoir la position la plus ambitieuse possible. Et puis nous avons accueilli, ici à Paris pour la COP21, l’ensemble des WWF du monde entier qui restent sur la COP pour continuer à agir et à mobiliser. Et parallèlement, nous travaillons avec beaucoup d’autres ONG à l’intérieur, en France, du Réseau Action-Climat et à l’international à travers le CAN (Climate Action Network) pour unir nos forces avec des centaines d’organisations dans le monde entier qui vont toutes donner une trame d’objectifs communs et qui vont toutes tirer dans le même sens.

Qui sont vos meilleurs relais parmi les négociateurs ?

Ce n’est pas vraiment une affaire de relais mais je tiens à tirer un coup de chapeau à la présidence française. A Laurence Tubiana, à Laurent Fabius, à toutes les équipes parce qu’il y a eu un travail extrêmement en amont. Il y a eu une vraie mobilisation diplomatique. Tout le monde s’y est mis, si j’ose dire, et il y a eu un certain nombre de sujets qui ont été « déminés ». Il faut savoir quand même qu’on n’écrit pas un accord comme celui-là en quinze jours. Ça fait des années que c’est sur la table cette histoire ! Je voudrais dire aussi que le Pérou, qui a accueilli la COP20, a aussi amené une part importante ; et en particulier sur l’agenda des actions Paris-Lima où il s’agissait d’intégrer, à côté des accords formels, les engagements de la société civile. Et surtout des entreprises et des financeurs pour des actions concrètes sur la question climatique. Ces acteurs-là font bien le boulot !

Quinze ans après avoir arrêté la compétition, Isabelle Autissier navigue encore trois mois par an. DR

Lima s’était terminé le dimanche matin avec 30 heures de retard par rapport à l’agenda prévu. On peut être plus optimiste pour Paris 2015 ?

Quand on a rencontré Laurent Fabius, Ségolène Royal et le président Hollande il y a dix jours, Laurent Fabius a été très clair en disant : "je ramasse les copies des négociateurs à la fin de la première semaine samedi midi (samedi dernier, ndlr) parce que je veux que la négociation soit terminée en temps et en heure !". Il a tenu la première partie de sa parole. Je pense qu’il est très motivé pour tenir la deuxième partie parce qu’il faut y aller, quoi ! Il faut prendre des décisions ! Mettre la pression en termes de timing, ça fait aussi partie d’une manière de mettre les acteurs en face de leurs responsabilités. Ça fait des années qu’on discute, maintenant, on y va au pas, quoi !

Pas trop frustrée, la navigatrice, d’avoir arrêté la compétition il y a maintenant quinze ans ?

La compétition, non, car je voulais passer à autre chose ; ce que j’ai fait. Mais cette « autre chose » implique encore beaucoup de navigation puisque je navigue encore deux mois et demi, trois mois par an. Mais en une seule fois. Et ce sont des navigations plutôt polaires, Antarctique ou Arctique. Et plutôt autour de projets qui impliquent soit des scientifiques, soit d’autres sportifs comme des alpinistes, soit des gens du milieu de la culture comme des photographes ou des écrivains. Ce sont des grands voyages maritimes qui me permettent de continuer à naviguer, ce qui est essentiel pour moi mais qui, en même temps, essaye de  « servir à quelque chose ».

Le prochain voyage ?

Ce sera en Terre de Baffin. Au nord-est du Canada.

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