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    France

    Les femmes photographes, toute une histoire

    media Détail de « Portrait de Joan Maude » (1932), œuvre photographique de Madame Yevonde (1893-1975), Vivec colour print, 35,6 x 27,8 cm, National Portrait Gallery, Londres. Yevonde Portrait Archive

    2015 aura été l’année de la première exposition en France sur l’histoire des femmes photographes. Constance Talbot, l’épouse de l’inventeur anglais de la photographie, est une des 75 photographes féminines à découvrir dans la première exposition sur ce « genre ». « Qui a peur des femmes photographes ? » retrace jusqu’au 24 janvier au musée d’Orsay et au musée de l’Orangerie à Paris l’histoire de ces artistes, de 1839 jusqu’à 1945, même si la fin de la Seconde Guerre mondiale n’est pas la fin des soucis de ces aventurières de l’image.

    On connaît tous les images fortes de la photojournaliste Margaret Bourke-White prises au front de la Seconde Guerre mondiale. Mais l’exposition Qui a peur des photographes femmes ? montre à quel point le courage et la pratique photographique des femmes photographes étaient constitutifs de l’histoire et l’évolution de la photographie. Et cela dès ses débuts en 1839.

    Le début dans des cercles privés

    Car la première praticienne de la nouvelle technique nommée photographie est Constance Talbot, l’épouse de l’inventeur anglais de la photographie W. H. Fox Talbot. « Au début de ce développement, les femmes photographes commençaient à photographier dans des cercles privés, dans les intérieurs domestiques, mais elles faisaient aussi des expérimentations avec des objets botaniques, des fleurs, des étoffes, pour produire des images photographiques », explique Ulrich Pohlmann, directeur de la collection photographique du Stadtmuseum de Munich et commissaire général de l’exposition au Musée d’Orsay et au musée de l’Orangerie.

    Au début limité aux espaces domestiques, loin des regards des hommes, les femmes photographes élargissent avec audace et inventivité leur rayon d’action. De 1839 jusqu’à la Première Guerre mondiale on découvre des artistes majeures comme Gertrude Käsebier avec ses Happy Days à New York en 1903 ou Julia Margaret Cameron avec son portrait époustouflant d’une mère pieuse de sept enfants dans les rues de Calcutta en 1865 (Blessing and Blessed).

    Il y a aussi les pionnières du photojournalisme américain et anglais, Frances Benjamin Johnston et Christina Broom. Dans cette première partie de l’exposition, une surprise chasse l’autre : du Pique-nique poétique (1854) de la Britannique Mary Dillwyn en passant par une Nature Morte (1862) à la fois cruelle et gracieuse de Louis Laffon à Paris ou l’étonnante Sorcière (1901) de Céline Laguarde. En 1909, Anne W. Brigman, Américaine née à Honolulu, ose même un nu sous forme d’autoportrait nommé Soul of the Blasted Pine (L’Âme du pin foudroyé – autoportrait) qui fera date.

    La rupture de la Première Guerre mondiale

    La Première Guerre mondiale changera la donne. Avec des femmes photographes réalisant des images au front, aucune frontière n’arrêtait plus les activités des femmes. « La rupture était énorme, affirme le commissaire général Ulrich Pohlmann. Après cette rupture, l’émancipation des femmes va de pair avec toutes les conquêtes des genres artistiques jusqu’ici réservés aux hommes. Par exemple, la photographie de l’architecture, la photographie industrielle, la mode, la publicité… »

    Sur les cimaises noires et blanches de l’exposition on découvre aussi des photos réalisées entre 1916 et 1920 par Mary Willumsen, une photographe arrêtée par la police danoise pour la vente de cartes postales érotiques. Germaine Krull, elle, était accusée de pornographie pour des nus artistiques comme la Visite aux bains de vapeur (1933). Quelle était la situation des femmes photographes dans les années 1920 et 1930 ? « Elles étaient acceptées, parce qu’il y avait beaucoup de revues qui avaient besoin d’images dont des compositions de nus féminins et masculins. Une femme comme Germaine Krull avait une biographie avec beaucoup de ruptures, dotée de très riches expériences qui faisaient qu’elle pouvait se libérer de beaucoup de conventions sociales. Elle a réussi à trouver son chemin. »

    Des lettres injurieuses

    Pour beaucoup d’autres, le parcours était semé de bûches, remarque Marie Robert, co-commissaire de l’exposition : « Un certain nombre entre elles ont eu des difficultés pour travailler, pour se faire une place dans le milieu de la photographie. C’est le cas d’Elisabeth Hase. Elle recevait des lettres injurieuses de la part de son ancien maître, Paul Wolf, dont elle avait été l’assistante à Francfort. Il ne supportait pas que cette talentueuse rivale pratique dans son propre atelier. C’est aussi le cas de Marion Post Wolcott, une Américaine qui travaille pour l’administration américaine lors de la Grande dépression. Elle raconte les difficultés qu’elle avait pour se mouvoir, pour aller faire des reportages dans des zones reculées. Elle raconte aussi que ses partenaires masculins n’étaient pas bienveillants à son égard et qu’ils pouvaient abimer ses négatifs ou mettre des produits dans des bains de tirage pour que ses images soient ratées. »

    Mais plus rien ne pouvait arrêter les femmes photographes, de plus en plus conscientes de leur force. À l’instar d’une Gertrud Fehr, convaincue que les talents de la femme comme « le goût, la fantaisie, l’intuition » étaient primordiaux pour l’art de la photographie, il y avait aussi madame Yevonde, une Anglaise excentrique et pionnière du procédé Vivex pour la photographie en couleur. « Elle estimait les femmes plus aptes que les hommes à photographier en couleur, explique la co-commissaire Marie Robert. Dans ses mémoires parus en 1940, elle écrit que les femmes ont une pratique au quotidien de la couleur à travers le maquillage, la teinture des cheveux, le choix des vêtements qui ferait qu’elles sont plus sensibles à une vision en couleur. »

    Les innovations des femmes photographes

    Et Yevonde Philone Cumbers, dite « madame Yevonde », avait du poids dans le milieu artistique. Dans les années 1930, dans son studio londonien se pressait tout Londres : des acteurs, des actrices, mais aussi la famille royale, tous éblouis par l’originalité et les couleurs de son travail.

    « Il n’y a pas à proprement parler de femmes féministes parmi ces femmes photographes qu’on montre ici, avance Marie Robert, mais chacune d’entre elles montre à quel point elles contribuaient aux transformations sociales et politiques du monde et aux transformations techniques. Certaines ont apporté des innovations dans la couleur comme madame Yevonde, d’autres comme Lee Miller dans les effets spéciaux comme la solarisation ou Barbara Morgan avec le photomontage. »

    Une effervescence qui ne survivra pas à la Seconde Guerre mondiale : « Avec la Seconde Guerre mondiale, les femmes avaient conquis tous les territoires du masculin. Elles étaient des dizaines dans chaque pays à avoir des commandes pour couvrir la guerre. Mais après la guerre, comme souvent, les femmes ont été rappelées  Il y avait une sorte de retour de bâton. Les hommes ont repris le pouvoir dans tous les domaines de la société. Il faudra atteindre les années 1970 pour que réémerge un autre mouvement féminin ou féministe en photographie qui montre à quel point les femmes ont contribué et contribuent encore à l’histoire de la photographie. » 

    ► Qui a peur des femmes photographes ?, une exposition en deux parties : 1839-1919 au musée de l’Orangerie ; 1918-1945 au musée d’Orsay, jusqu’au 24 janvier 2016.

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