GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Samedi 24 Septembre
Dimanche 25 Septembre
Lundi 26 Septembre
Mardi 27 Septembre
Aujourd'hui
Jeudi 29 Septembre
Vendredi 30 Septembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    France

    «C’est qui ce monsieur Charlie Hebdo qui a été tué?»

    media Une fillette arbore un «Je suis Charlie» lors du rassemblement du 11 janvier 2015 à Paris. Nina Carel / RFI

    L’attentat contre Charlie Hebdo, il y a un an jour pour jour, a provoqué une onde de choc au sein des 64 000 établissements scolaires français. Les réactions ont été diverses parmi les élèves, allant de la compassion et du soutien jusqu’au rejet et à la colère. Chez les collégiens, c’est avant tout l’incompréhension qui a pris le dessus. Des professeurs d’établissements « sensibles » et des élèves de province se souviennent.

    Le 7 janvier 2015, la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo est décimée. N’ayant pas cours le mercredi après-midi, jour de l’attentat qui a tué douze personnes, c’est en rentrant chez eux à l'heure du déjeuner que les collégiens découvrent le drame. Les chaînes d’infos en continu font défiler sous leurs yeux des images tout droit sorties de leurs jeux vidéos les plus violents. Sauf que cette fois, c’est la réalité.

    Le lendemain, dans les collèges dits « sensibles » ou en grande difficulté, de retour sur les bancs de classe, nombre d’élèves n’y comprennent plus rien et les professeurs sont assaillis de questions. « C’est qui ce monsieur Charlie Hebdo qui a été tué ? », s’interrogent des enfants de 6e d’un collège du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis. « Il faut alors tout leur expliquer, raconte François*, professeur d’histoire-géographie dans cet établissement classé prioritaire, et tout d’abord ce que c’est qu’un journal papier. Ils se posaient des tas de questions et étaient plutôt à l’écoute. Il a fallu recadrer les choses, raconter tout depuis le début et entre autres l’histoire des caricatures. » Et ce jeune professeur de confier que lui comme ses collègues s’est senti bien seul à ce moment-là où il fallait se « prendre dans la figure toutes leurs émotions ».

    Claire*, professeure d’histoire-géographie à Bondy dans un collège où les élèves sont d’origine asiatique, maghrébine ou africaine, ajoute que globalement, ils étaient tous contre la publication des caricatures. « De là à penser que les dessinateurs méritaient de mourir, non, ils ne le pensaient pas et étaient en majorité contre cet acte. » Au Blanc-Mesnil, il n’y a pas non plus que des musulmans, les chrétiens et les évangélistes sont aussi très nombreux, « et très proches de leur dieu, témoigne François. Aucun d’eux ne comprenait qu’on puisse ainsi se moquer de la religion. Et ceux qui étaient les plus virulents, c’était ceux qui allaient à la confrontation sur tous les sujets, et pas seulement sur l’attentat à Charlie Hebdo. » « Dans l’une de mes classes, les élèves ont été étonnés quand je leur ai expliqué que les musulmans n’étaient pas majoritaires en France. Ils ont alors pensé qu’ils vivaient tous à Bondy ! », se souvient Claire.

    Autre lieu, autre vision

    En province, loin des banlieues « chaudes » des grandes villes, l’attentat à Charlie Hebdo est souvent vécu différemment. « On a eu trois cours pour nous expliquer ce qui s’est passé, et beaucoup d’entre nous voulaient s’exprimer, se souvient Raphaël*, 12 ans en 2015 et collégien dans un quartier populaire d’Orléans. Mes copains musulmans pensaient que Charlie Hebdo se moquait seulement de l’islam et pas des autres religions. » En Seine-et-Marne, le collège Louis Braille a réalisé au lendemain de l’attentat une série d’articles dans le journal du collège, Le P’tit Braillard. « Des articles qui ont été primés et qui se sont retrouvés dans des manuels d’éducation civique à la rentrée dernière », raconte l’un des professeurs.

    Clémence, en classe de 3e cette année à Albi dans le sud-ouest de la France, raconte que le lendemain de l'attaque, certains des professeurs de son collège étaient en larmes. « Ils nous ont expliqué ce qu'était Charlie Hebdo, même si nos parents l'avaient déjà un peu fait la veille, la laïcité, les caricatures, la liberté d'expression. » Puis après avoir parlé, ils ont dessiné des crayons devenus le symbole du célèbre « Je suis Charlie ». Clémence et ses camarades, tous ont condamné l'attentat, estimant que « c'est la France qui avait été attaquée ».

    « Le lendemain, les profs de mon collège avaient des espèces de badges "Je suis Charlie", raconte Arthur, 13 ans et demi aujourd’hui, en 4e dans un collège de Morlaix, en Bretagne. Mes parents m’avaient expliqué précisément ce qui s’était passé, parce que je ne savais pas trop ce que c’était Charlie Hebdo même si je l’avais déjà ouvert. A l’école, les profs d’histoire et de français nous ont aussi expliqué l’attentat. A cette époque, on étudiait l’islam en plus. Alors on a discuté de la religion, des religions, et de la liberté d’expression, que Charlie faisait de l’humour, etc. » Là-bas, le soutien à Charlie est unanime. Si la minute de silence organisée en hommage aux victimes à midi le jeudi 8 janvier dans tous les établissements de la République est respectée dans le collège d’Arthur, il en va différemment dans les banlieues.

    Une minute de silence… parfois bruyante

    Un silence trop assourdissant pour certains élèves français puisque, officiellement, les services académiques dénombrent une centaine d'incidents, mais ils seraient bien plus nombreux. « Dans ma classe, il n’y a qu'un camarade qui n’a pas voulu respecter la minute de silence, raconte Raphaël. Il disait qu’on ne fait pas de minute de silence pour les morts en Palestine donc ce n’est pas la peine de faire le silence pour ce qui s’est passé à Paris. »

    Les amalgames sont nombreux. Et les plus jeunes, qui ignorent pour la plupart tout de l’affaire, ont souvent tendance à répéter ce que les « grands » disent, et à croire toutes les publications, même les plus sordides, alors diffusées sur Facebook. « Il n’y a que quand les enfants pénètrent dans l’école qu’ils sont confrontés à des idées différentes des leurs », analyse François. « Quand notre professeur nous a demandé de faire une petite lettre, certains on écrit : "Je ne suis pas Charlie, ils n’avaient pas à faire ce qu’ils ont fait" », poursuit le jeune Raphaël.

    Très vite après les faits, des élèves se retrouvent malgré eux dans la théorie du complot suite à tout ce qui circule sur les réseaux sociaux. « Quand j’ai demandé à l’un de mes enfants pourquoi il arborait un "Je ne suis pas Charlie" sur son mur Facebook, dit Claire, il m’a répondu que c’était parce que tout le monde mettait des "Je suis Charlie" et que lui il voulait se démarquer. Ils n’ont vraiment pas compris le fond des choses. Au collège, et principalement en zone difficile, ils sont encore très petits ! Il n’y a rien de maîtrisé... »

    Des incompréhensions multiples

    Pour les professeurs de collèges situés dans des zones démunies, il est grand temps de parler davantage de la religion, mais aussi de l’athéisme. Bien souvent, les familles vivant dans ces quartiers sont renfermées sur elles-mêmes et dans leur vision du monde, et la religion prend une place considérable. « Mes élèves ont été choqués de constater qu’en France, on avait le droit de critiquer les religions », raconte ainsi François. Et Claire de renchérir : « Dans les collèges difficiles comme celui où j’enseigne, les enfants sont très réactionnaires. Par exemple, ils sont tous favorables à la peine de mort, ils ne sont pas libertaires ». « Ils ne sont pas conscients de la liberté de parole que nous leur donnons », poursuit François.

    Si des élèves ne se sont pas sentis visés par les attentats de janvier, à la différence de ceux de novembre, c'est également parce que le drame semblait loin de leur monde et de leur culture. Dans ces zones bien souvent délaissées par l'Etat et où les aides peinent à suffire pour créer un environnement plus agréable au quotidien, « c’est compliqué de se sentir appartenir à un territoire, à un pays, culturellement on ne peut pas s’identifier, c’est très fragile », conclut François.

    Un an après l’attentat, beaucoup d’élèves en grandes difficultés pensent toujours que Charlie est une personne qui a été tuée, mais qu’il y a encore d’autres Charlie qui sont en vie et qui continuent à dessiner. Depuis le 7 janvier 2015, dans la classe de François au Blanc-Mesnil, est dressé un squelette utilisé pour les cours de SVT. Il l’a appelé Charlie et depuis un an, chaque matin, les élèves disent « bonjour Charlie » lorsqu’ils arrivent en cours.

    *Les prénoms ont été changés

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.