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    France

    «Soumission» de Michel Houellebecq, un an après

    media La jaquette de l’édition hongroise de «Soumission» («Behodolas») de Michel Houellebecq. «Un livre important, qui mérite plus de lecteurs que les seuls fans de littérature française» avait alors indiqué l’éditeur hongrois. AFP PHOTO / ATTILA KISBENEDEK

    « C’est un livre qui restera », tranche Teresa Cremisi, la légendaire éditrice de Michel Houellebecq qui vient de lancer la publication de la première partie des œuvres complètes de l'écrivain chez Flammarion. Soumission nous avait projeté dans une France en 2022, présidée par un musulman. Jusqu’à sa sortie, le 7 janvier 2015, le roman polémique avait dominé la rentrée littéraire et le débat en France avant d’être supplanté le jour même de sa publication par les attentats islamistes contre Charlie Hebdo qui faisait sa Une ce jour-là sur ce livre. Un an après, et dans un pays secoué par les nouveaux attentats du 13 novembre, que reste-t-il du roman Soumission ? Dans ce contexte, le métier d’éditeur a-t-il changé ? Entretien.

    RFI : Le 6 janvier 2016, Flammarion a publié le premier tome des œuvres complètes de Michel Houellebecq, un an presque jour par jour après l’attaque meurtrière contre Charlie Hebdo. Cette date a-t-elle été choisie par rapport à la date anniversaire de l’attentat ?

    Teresa Cremisi : Pas du tout, puisque faire un livre de 1 500 pages prend beaucoup de temps. On devait le sortir début décembre 2015. Le retard pris a fait que nous l'avons sorti début janvier 2016. Donc, cela n’a rien à voir. D’ailleurs, le tome publié concerne le début des œuvres complètes, la décennie 1991 à 2000.

    Alors, on ne peut pas non plus l’interpréter comme une « réponse » de Michel Houellebecq aux attentats ?

    Non, pas du tout. Et je ne vois pas comment des textes et des poèmes publiés dans les années 1990 pourraient être une réponse à cela.

    Après l’attentat contre Charlie Hebdo, le jour de la sortie du livre, les éditions Flammarion ont été placées sous haute surveillance. Comment avez-vous vécu cette journée ?

    Cela a été un jour horrible pour tout le monde. Et pour nous aussi. Nous avons été mis sous surveillance, c'est-à-dire protégés. Mais cela a été le cas pour tous les journaux de Paris, tous les hebdos et toutes les maisons d’édition. On n’a pas eu un traitement particulier. Mais Houellebecq était bien sûr dans une autre situation. Il a été mis immédiatement sous protection.

    À l’époque, vous avez dû annuler toutes les rencontres littéraires et interviews avec l'écrivain. Depuis ces événements, est-ce que le métier d’éditeur est devenu plus dangereux ?

    Non, le métier d’éditeur a toujours été un métier à risque. Dès qu’on sort des choses les plus banales et habituelles, dès qu’on publie des documents, des romans qui mettent le doigt sur des problèmes sociaux, le métier d’éditeur est plutôt compliqué. Moi, j’étais l’éditeur de Salman Rushdie en Italie, dans les années 1980. C’était la même chose. C’était même pire. Donc le métier d’éditeur n’est pas devenu difficile, il est difficile. Et dans certains pays, il est même extrêmement difficile d’exercer ce métier.

    Mais avec les attentats, la situation en France n’a-t-elle pas changé ? Salman Rushdie ou Taslima Nasreen n’avaient pas écrit leurs livres en France et n’ont pas été attaqués ici. Depuis les attentats, des caricaturistes en France admettent ouvertement pratiquer l’autocensure. Il y a aussi le cas de Michel Onfray qui a renoncé à publier en France son livre sur l’islam. Est-il aujourd’hui plus difficile d’éditer des livres sur des sujets dits « sensibles » comme l’islam ?

    Michel Onfray n’a pas renoncé longtemps. Il a été la semaine dernière en Une du Figaro Magazine [rires]. Donc, je dirais non, il n’est pas devenu plus difficile d’éditer ces livres. Si le métier d’éditeur est pratiqué dans des pays qui sont des dictatures, c’est extrêmement difficile, sinon impossible, et cela a toujours été comme ça. C’est un métier de transmission. Donc si vous transmettez des contenus explosifs, cela peut être risqué. Mais c’est normal. Et je pense que nous ne pratiquons absolument pas l’autocensure et surtout pas Michel Houellebecq. Ce n’est pas du tout son genre. Je crois qu’il n’a pas peur.

    Donc pour vous, rien n’a changé, même sur un sujet comme celui-là...

    Le sujet de Houellebecq était [déjà] sensible quand on a décidé de le publier, c'est-à-dire en juin 2014. Il y a même eu des traducteurs qui ont hésité à publier ce livre à l’étranger. Le roman s’appelle Soumission, exactement comme le film qui, dix ans auparavant, aux Pays-Bas, avait provoqué la mort de quelqu’un [deux mois avant d’être tué par balle et égorgé par un islamiste, le réalisateur néerlandais Theo Van Gogh avait sorti en 2004 un court-métrage controversé, diffusé à la télévision nationale, intitulé Submission dénonçant l’oppression exercée contre les femmes au nom de l’islam, ndlr]. Ça n’a fait que souligner une situation extrêmement difficile. Mais si on est éditeur, on ne pratique pas l’autocensure.

    L’écrivain algérien Boualem Sansal avait expliqué l’impact de son roman 2084 – tiré à 290 000 exemplaires - en partie avec le contexte actuel du jihadisme et des attentats. Y avait-il aussi un effet « attentat » pour le livre Soumission de Michel Houellebecq ? 

    Je pense que pour Michel Houellebecq, c’est très frappant. On a publié le livre le 7 janvier à 9 h le matin. Et à midi il y a eu un attentat islamique et deux jours après, l’Hyper Cacher. Donc cela a rendu la vie très difficile à l’écrivain Michel Houellebecq et à nous-mêmes. Sûrement, cela a dû provoquer un gain d’intérêt. Aujourd’hui, le livre est imprimé à 700 000 exemplaires dont 650 000 ont été déjà réellement vendus – et je ne vous parle pas des pays étrangers où il a été vraiment un succès là où il a été publié. Il y a eu un regain d’intérêt. N’oubliez quand même pas que son livre précédent [La Carte et le Territoire, prix Goncourt 2010] avait été vendu à 600 000 exemplaires. C’est un auteur qui a son public.

    Le Premier ministre Manuel Valls avait déclaré après les attentats de janvier 2015 : « La France, ce n’est pas la soumission, ce n’est pas Michel Houellebecq. » Après la sortie du livre, quelles étaient les réactions des lecteurs qui vous ont marquées le plus ?

    Les lecteurs ont mieux réagi que le Premier ministre. Les lecteurs ont compris que le livre n’était pas du tout une attaque contre l’islam. Le livre a été un constat terrible et désabusé sur ce que Michel Houellebecq imagine être le futur français, c’est-à-dire un pays soumis qui abandonne son identité et qui composent avec des habitudes et des goûts culturels qui ne sont pas les siens. Donc, c’est plus un livre sur la France que sur l’islam. Et cela, les lecteurs l’ont très bien compris, mieux que le Premier ministre.

    En France, certains avaient accusé Michel Houellebecq d’être « islamophobe ». En Allemagne, le roman était plutôt reçu comme « cynique ». Aux États-Unis, on parlait plus d’un écrivain « francophobe ». La réception du roman et de l’écrivain Michel Houellebecq, est-elle différente selon les pays ?

    Il y a une différence de perception. Par exemple, en France, il a été plutôt attaqué par la gauche, en Italie plutôt par la droite et défendu par la gauche. Quand on est éditeur, c’est très intéressant de voir la réception d’une œuvre qui, visiblement, dérange toujours quelqu’un, mais pas toujours la même personne.

    Un an après, quel bilan tirez-vous de Soumission ?

    Depuis très longtemps et avec sincérité, j’ai toujours considéré que Michel Houellebecq a le don pour mettre le doigt, en avance, sur des problèmes brûlants. Là, il est allé au-delà de son don. C’était presque… C’est très fort. Je pense que c’est un livre qui restera.

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