GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 19 Juillet
Mercredi 20 Juillet
Jeudi 21 Juillet
Vendredi 22 Juillet
Aujourd'hui
Dimanche 24 Juillet
Lundi 25 Juillet
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    France

    Alain Séchas: «Mes nouveaux chats fantômes»

    media L'artiste plasticien français Alain Séchas devant son tableau « Ciel rouge » (2015) dans l'exposition « Alain Séchas, Coup de vent » au Musée d'art moderne de la ville de Paris. Siegfried Forster / RFI

    Ses chats tendres, maladroits, sidérés, peuplent les esprits et les espaces. Dans un nouvel accrochage au Musée d’art moderne de la ville de Paris, le peintre français Alain Séchas, né en 1955 à Colombes, présente à partir de ce vendredi 12 février ses « nouveaux » chats. Pour « Coup de vent », il délaisse le dessin et la sculpture pour faire entrer ses personnages à têtes de chat dans la peinture à l’huile, abstraite et figurative, mais toujours à la fois directe et émouvante. Entretien.

    RFI : L’exposition s’appelle Alain Séchas, coup de vent. Est-ce votre caractère qui a inspiré le titre ?

    Alain Séchas : Il faut l’entendre dans un sens propre, météorologique. Coup de vent, c’est quelque chose qu’on ressent intensément, désagréablement ou agréablement. Mes nouveaux tableaux sont des scènes marines, sur la plage, où, parfois, on se lève brutalement, parce que le vent se lève, il fait froid. Voilà, il faut prendre le titre au premier degré.

    Dans votre sculpture-tableau, le Chat-Ecrivain écrit à sa sœur : « Je suis dans un état d’extrême exaltation ». Aujourd’hui, en présentant vos « nouveaux » chats, êtes-vous dans le même état ?

    Tout à fait. Je pense que l’exaltation est une des qualités ou un des défauts, une des caractéristiques de l’artiste. Ça lui permet de garder la tête au-dessus de l’eau, malgré la noirceur du monde et ses difficultés. L’excitation et le désir sont les caractéristiques de l’artiste.

    En 1996, avec le Chat-Ecrivain, il s’agissait d’une quête de reconnaissance d’un jeune artiste auprès de son père et d’interroger le rôle de l’artiste. Aujourd’hui, vos nouveaux chats, que cherchent-ils ?

    À l’époque, il s’agissait d’un jeune chat, pas encore tout à fait humain, qui reste très animal, prêt à bondir. Il y avait ce jeu de faire entrer le spectateur de façon très indirecte et indiscrète. Mes « nouveaux » chats ne sont plus du tout les chats d’il y a vingt ans. Ils sont devenus des fantômes. Ce sont des personnages qui se réduisent, parfois même ils se délitent : avec des traits noirs. Ils se désagrègent. L’aspect immédiat du dessin d’humour doit entrer dans le tableau. Le spectateur est obligé de prendre en charge un Nouveau Monde.

    On vit dans un monde secoué par des attentats, des jihadistes, des réfugiés, des alertes à la bombe… et vous présentez des chats à la plage, à la piscine ou à La Grande Roue. Le message est-ce de s’amuser quand même ?

    Je ne pense pas que cela soit une roue où l’on a vraiment envie de monter ou de s’amuser avec ces nouveaux chats. Ils sont dans un état d’attente, de stupéfaction. C’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur, cette idée de fascination et stupéfaction. Je veux que le spectateur lui-même s’arrête et soit piégé. Par exemple, quand il regarde au-dessus de l’épaule du chat. Ou dans Untitled 49 (2012), un tableau non figuratif où la figure a disparu, le spectateur se demande comment il a été fait, comment ce trait immédiat, sans signification, a été tracé, inscrit dans un jeu de dégradés, de couleurs. Dans une œuvre d’art, on est fasciné par le sens et par la forme.

    L'artiste plasticien français Alain Séchas à côté de sa sculpture « Chat-Ecrivain » (1996) dans l'exposition « Alain Séchas, Coup de vent » au Musée d'art moderne de la ville de Paris. Siegfried Forster / RFI

    La misère du monde, ce n’est pas du tout mon sujet, ce n’est pas du tout ma violence. Ma violence est la violence de voir. Il n’y a pas de message. Il n’y a aucune chose à l’intérieur du tableau. Tout est à la surface. Si on entre, c’est un leurre, une illusion : la plage, l’attente, peut-être il y a un drame qui se noue…  Je n’ai pas besoin de dire plus.

    Exposer ses œuvres, que signifie-t-il pour vous ?

    Pour moi, la peinture, il y a un rapport à l’art presque photographique. C’est le moment d’aveuglement. Le moment où l’on prend la photo, est justement le moment où ne l’on voit rien. Il y a le rideau qui se ferme. Il y a un peu de cela dans la peinture. C’est un moment très puissant de rien, de non-connaissance. Ensuite, le temps de l’exposition, c’est un autre temps. Comme son nom l’indique, c’est une exposition : la lumière, on expose, on montre en lumière. Dans l’exposition, j’ai essayé de régler la lumière de façon d’unifier tout cela. L’air de rien, j’ai fait des tableaux qui ont des couleurs qui semblent être les mêmes couleurs que les pièces d’il y a vingt ans. Et cela unifie tout.

    Vous êtes passé par l’abstraction pour revenir à la figuration et aux chats. Untitled 49 se trouve à côté du Chat-Ecrivain. Du coup, le trait très noir au milieu du tableau abstrait fait penser au museau noir du chat. Chez vous, même dans l’abstraction, y a-t-il du « chat » ?

    Disons, il y a de la figure. Tant mieux s’il y a le museau du chat. Le chat est tellement ridicule,  commun et profond. Dans tous les gestes, il y a une figure humaine. Les chats sur la plage sont la plupart du temps debout et de pied en cap, ils utilisent toute la hauteur du tableau, un peu comme le trait utilise toute la hauteur du tableau.

    La verticalité est aussi très présente dans vos tableaux abstraits et même dans vos sculptures, comme Le Mannequin (1985) où un homme plonge, la tête la première, dans une cuvette bleue en plastique.

    C’est la présence de l’homme debout, la présence humaine, dans son inconfort d’être debout, dressé. Pour cela j’ai fait les têtes de chat, pour ne pas s’encombrer de ce pathos, de cette force du visage qui est beaucoup plus qu’une partie du corps humain. Les têtes de chat viennent de ça : il y a à la fois un effet drolatique et un effet de substitution permettant d’universaliser les postures. Ce sont les postures du corps humain qui m’intéresse. Je peux faire un tableau juste en déhanchant un chat ou une chatte. Avec cela le sens changera. Ça me suffit.

    L’exposition montre vers où votre chat vous a emmené, mais d’où vient l’idée de votre art félin ? De la célèbre série américaine Tom et Jerry inventée dans les années 1940 ? Des Aristochats, créés par Disney en 1971 ? Du fameux chat de Philippe Geluck, mis au monde en 1983 ?

    Mon chat vient de l’Égypte, des frises à chat, de Jean-Jacques Grandville, le grand dessinateur français de la fin du 19e siècle, de tous ces éléments graphiques qui nous agrippent et qui nous forcent à regarder.
     

    Alain Séchas, Coup de vent, exposition au Musée d’art moderne de la ville de Paris, du 11 février au 2 septembre.

     

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.