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    La France toujours en retard sur la radio numérique terrestre

    media Au Royaume-Uni la plupart des voitures neuves sont déjà équipées d'un récepteur numérique. Flickr

    Alors qu’elle est en plein essor dans plusieurs pays voisins et qu'elle présente de nombreux atouts, la radio numérique terrestre (RNT) peine à se déployer en France. La faute en partie aux grands groupes privés qui ont freiné son développement et aux pouvoirs publics dont la motivation reste faible. Etat des lieux. 

    Le récent Salon de la radio à Paris – c’était du 30 janvier au 1er février à la Grande Halle de La Villette - l’a encore prouvé : la France est toujours à la traîne sur la radio numérique terrestre par rapport à ses voisins européens. Alors que, dans certains pays comme la Suisse, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, on n’est plus très loin de la bascule vers le « digital » comme on dit chez eux et de l’abandon de la FM (c’est pour 2017 en Norvège), l’Hexagone ne recense pour l’instant que 116 radios émettant en numérique, essentiellement des radios associatives, locales ou indépendantes. En revanche, aucune radio du service public et aucun grand groupe national privé (hormis RMC à Monaco) n’exploitent pour le moment ce mode de diffusion.

    Ces 116 radios numériques sont réparties entre trois villes : Paris (57), Marseille (33), Nice (26) pour grosso modo 2 % de part d’audience sur 12% du territoire couvert, sans compter - pour être exhaustif - la Principauté de Monaco qui compte, à elle seule, 8 stations RNT. C’est très peu mais c’est déjà mieux que rien, direz-vous. Et rien, on n’en était pas très loin, il y a deux ans, lorsque l’on s’est demandé si, finalement, le projet d’étendre le numérique terrestre à tout le territoire n’allait pas être tout bonnement abandonné. Un comble quand on sait que, sous l’impulsion notamment de Roland Faure, la RNT était déjà à l’ordre du jour au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel dans les années 1990. Et aussi que l’appel d’offre en France date quand même de 2008.

    Les groupes du privé traînent des pieds

    On peut faire installer un récepteur dans sa voiture à partir de 70 euros, sans compter la main d'oeuvre. Christophe Carmarans / RFI

    Ouvrons ici une petite parenthèse pour rappeler les atouts du numérique : meilleure qualité sonore, meilleure qualité de réception (adieu grésillements et coupures de signal), facilité de recherche (plus nécessaire de connaître la fréquence, les stations sont affichées par ordre alphabétique), services supplémentaires (affichage de la pochette de l’album écouté, guide des programmes, informations sur l’émission ou l’artiste) et possibilité de timeshifting (écoute du direct en décalé). Et ce n’est pas tout : coûts d’exploitation divisés par huit avec le multiplex (bouquet de programmes diffusés sur un même émetteur), coût énergétique inférieur de 60% par rapport à la FM, et enfin possibilité d’accéder à une écoute nationale, ce qui serait le cas (exemple pris au hasard) pour RFI.

    Ce retard à l’allumage en France, les grands groupes privés en sont en grande partie responsables car ils ont freiné tant qu’ils ont pu le développement de la RNT sur le territoire. Les raisons invoquées : un surcoût (vrai à court terme, faux à long terme) et des échecs à l’étranger (faux, voir le Royaume-Uni ou l'Allemagne qui sont sensiblement de la même taille que la France). Forts de leur domination sur la bande FM et du changement d’habitude d’écoute du public (un Français sur trois écoute la radio en ligne ou en streaming), ils ont refusé de s’ouvrir ainsi à la concurrence alors qu’eux-mêmes pouvaient bénéficier de la RNT, ne serait-ce qu’au niveau du confort d’écoute ou de la couverture du territoire. Deux exemples : essayez d’écouter la radio en streaming dans votre véhicule (48% du volume d’écoute en France est réalisé en voiture), bon courage ! Ou de capter RMC à Strasbourg, impossible (pas de place pour eux sur la bande FM) !

    Du coup, alors que la plupart des Français utilisent désormais la TNT (télévision numérique terrestre), 75% d’entre eux n’ont même jamais entendu parler de son équivalent radiophonique. Il ne faut donc pas s'étonner que le nombre de récepteurs RNT atteigne à peine les 400 000 en France, à comparer avec les 26 millions de récepteurs recensés au Royaume-Uni. Autre frein au déploiement : alors que les pays européens ont a assez vite adopté le standard DAB+ (Digital Audio Broadcasting+), le décret qui l’autorise en France n’a été publié au Journal Officiel que le 28 août 2013. La France avait été, jusque-là, la seule sur le continent à privilégier le standard T-DMB très prisé en Asie mais pas en Europe.

    Les politiques peu concernés

    Patrice Gélinet, du CSA, est le premier à se plaindre du retard pris par la France. Christophe Carmarans / RFI

    A ces atermoiements, s’ajoute le fait que le service public – qui dépend du pouvoir politique pour ce type de décision – est resté très en retrait dans le développement de la RNT. Or, c’est bien le contraire qui aurait dû se produire, comme le soulignait encore lundi au Salon de la Radio, Patrice Gélinet, membre du CSA depuis 2011.

    « Le service public, juge-t-il, doit jouer un rôle moteur dans le déploiement de la RNT, comme c’est le cas au Royaume-Uni avec la BBC ». La seule BBC 4 compte ainsi 2,2 M d’auditeurs en numérique, une progression de 35,1% en un an. Mais ce qui agace le plus Patrice Gélinet, c’est le manque de réactivité des politiques. « Le CSA, se désole-t-il, a rendu un rapport au Parlement et au gouvernement il y a plus d’un an. A ce jour, nous n’avons encore reçu aucune réponse ».

    L’attribution des fréquences se faisant par préemption, c’est au gouvernement de demander une réservation prioritaire sur les fréquences qui sont mises en appel. « Or, peste Patrice Gélinet, depuis 2013, le gouvernement n’a pas demandé de fréquence lorsqu’on a lancé des appels à Paris, Marseille et Nice ». « Et actuellement, renchérit-il,  je ne sais toujours pas s’il le fera quand nous lancerons des appels à la RNT sur les zones sur lesquelles nous avons prévu le déploiement  ». S’il rappelle que les grands groupes privés ont leurs torts, l’ancien directeur de France-Culture estime que c’est aussi au gouvernement d'accélérer le mouvement. « Je considère que s’il ne le fait pas, il portera aussi une responsabilité. Il faut que le gouvernement se manifeste ! ».

    La RNT en France n’en est cependant pas au point mort. Ainsi l’année 2016 verra-t-elle son arrivée à Lille, Lyon et Strasbourg (1er trimestre) puis à Nantes, Lyon et Strasbourg. En 2017, ce sera au tour de Bordeaux, Besançon, Orléans et Clermont-Ferrand d'accueillir la RNT. Et ainsi de suite jusqu’en 2024, année où plus de 95% du territoire sera théoriquement couvert. Autant dire que le passage au tout numérique en France n‘est pas exactement pour demain, ni même pour après-demain, la France ayant, il est vrai, une plus grande superficie à couvrir que des pays comme les Pays-Bas ou la Suisse.

    D’ici là, il faudra quand même en faire, des efforts. Sur le plan de la communication par exemple. Songez qu’à la télé néerlandaise, un spot réunissant les animateurs radio les plus populaires en train de chanter « Let’s get digital » (sur l’air du "Physical" d’Olivia Newton-John) fait en ce moment un malheur au petit écran. Imaginez cela en France ! Efforts également à fournir du côté des constructeurs automobiles pour que les nouveaux modèles mis en circulation soit équipés en récepteurs numériques, comme cela se fait dans d’autres pays. En attendant 2024, on laissera le mot de la fin à Patrice Gélinet : « Il serait triste que la radio soit le dernier média à se numériser en France et que la France soit le dernier pays à faire de la RNT ». On ne saurait dire mieux.

    Contacté par téléphone et par mail pour cet article, le ministère de la Culture et de la Communication n'a pas répondu à nos demandes.

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