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    France

    Latifa Ibn Ziaten, mère courage d’Imad, tué par Mohamed Merah

    media Latifa Ibn Ziaten, mère d'Imad Ibn Ziaten, victime de Mohamed Merah. AFP/Joel Saget

    En mars 2012, son fils Imad, soldat dans l’armée française, était tué à Toulouse par Mohamed Merah. Depuis, Latifa Ibn Ziaten lutte contre la radicalisation des jeunes. Elle ouvre ce jeudi 18 février à Garges-lès-Gonesse, en banlieue parisienne, un centre pour la jeunesse et les parents.

    Il y a ceux qui se taisent, qui se tiennent loin des médias, reclus dans leur douleur. Latifa Ibn Ziaten, elle, répond à nos questions depuis le téléphone de son assistante. Sollicitée de toutes parts, la mère de celui qui fut la première victime de Mohamed Merah n’a plus une minute à elle. Depuis la mort de son fils, elle consacre son temps à sauver les autres. « Mon fils est mort debout. C’est cette force qu’il m’a laissée. Quand on m’appelle parce qu’on a besoin de moi, je ne peux pas refuser », explique-t-elle de sa voix douce, mais déterminée.

    A 56 ans, Latifa Ibn Ziaten continue de faire vivre son fils soldat à travers son propre combat, celui contre la radicalisation des jeunes. Elle a donné son nom au centre d’accueil qu’elle ouvre ce jeudi à Garges-lès-Gonesse. Baptisé « Maison d’Imad pour la jeunesse et les parents » et situé en plein cœur d’un quartier défavorisé, ce lieu de rencontre et de partage sera ouvert, dit-elle, « à toutes ces familles qui baissent les bras ». Des éducateurs seront chargés de les recevoir, de les aider à repérer les premiers signaux de la radicalisation. Et surtout à retisser le lien détruit entre parents et enfants. Latifa Ibn Ziaten promet de s’y rendre elle-même deux à trois fois par semaine. « Je veux montrer à ces familles qu’elles peuvent donner de l’amour comme moi j’en ai donné à mes enfants », insiste-t-elle.

    « Quand les rats sont enfermés, ils deviennent enragés »

    Pour la millième fois sûrement, elle raconte l’histoire qu’elle répète depuis quatre ans, depuis le drame qui a fait basculer son existence. Sa voix se fait plus faible, la douleur est encore là. Le 11 mars 2012, le maréchal des logis-chef Imad Ibn Ziaten tombe sous les balles de Mohamed Merah. Le « tueur au scooter » fera six autres victimes, dont trois enfants, avant d’être tué dans l’assaut du Raid contre son appartement. Lorsqu’elle rentre à Toulouse après avoir enterré son fils au Maroc, Latifa Ibn Ziaten refuse de sombrer dans la souffrance. Elle veut comprendre. Elle retourne sur les lieux où Imad a été abattu et se retrouve aux Izards, la cité où Mohamed Merah a grandi. Là, des jeunes lui lancent : « Mohamed Merah, c’est un martyr, un héros de l’islam. Il a mis la France à genoux ! » « Quand les rats sont enfermés, ils deviennent enragés et font des ravages dans la société », justifient-ils.

    Quarante jours après la mort du deuxième de ses cinq enfants, le 20 avril 2012, Latifa Ibn Ziaten fonde l’association Imad Ibn Ziaten pour la jeunesse et la paix. « Je voudrais sauver ceux qui sont à l’origine de ma souffrance », écrit-elle sur le site internet de l’association. « Mais tu ne connais rien au terrain ! » lui rétorque l’un de ses fils. Arrivée du Maroc en France à l’âge de 17 ans, Latifa Ibn Ziaten a travaillé pour la municipalité de Rouen puis au musée des Beaux-Arts comme standardiste. Mais comme éducatrice, jamais. Elle balaie la remarque : « Ces jeunes ont besoin de moi, et moi, j’ai besoin de les aider. »

    Indignée

    A la tête de son association, Latifa Ibn Ziaten sillonne la France. Elle se rend dans les prisons et les cités à la rencontre de ceux que la République a oubliés. Elle est indignée par ce qu’elle y voit. « J’ai été dans des écoles avec des rats, des écoles où il fait froid, où les élèves sont obligés de garder leurs blousons. Mais ça ne se passe pas dans les écoles ‘normales’, seulement dans les écoles qui se trouvent dans les cités ». Dans ces collèges et ces lycées, elle témoigne, écoute beaucoup. « J’ai été impressionnée par la justesse de son intervention. Elle a livré un discours républicain fort. Son histoire dramatique fait qu’elle touche les élèves, ça n’est plus virtuel pour eux », confiait la principale d’un collège de région parisienne dans un article du Monde en février 2015.

    Mais les réactions sont parfois dures. Certains clament, tout fiers, ne pas être Charlie. Il faut alors dialoguer, leur expliquer que Charlie Hebdo n’est qu’un journal et qu’on peut ne pas y adhérer sans pour autant applaudir l’attentat qui y a été commis. « On ne peut pas tuer des vies gratuitement ! » leur dit-elle. Cette musulmane pratiquante  leur apprend la tolérance et l’importance du vivre ensemble. Le sujet est sensible. Le foulard qu'elle porte en signe de deuil lui a récemment valu des huées lors d'un colloque sur la laïcité à l'Assemblée et les critiques d'un journaliste invité sur le plateau de France 2.

    Récompensée par la Fondation Jacques Chirac

    Surtout, Latifa Ibn Ziaten cherche à sortir ces enfants de leurs cités pour les empêcher de devenir ces « rats enragés qui ravagent la société ». Elle veut leur montrer la France, ses valeurs et ses monuments. Elle les emmène à l’Institut du monde arabe, à la mairie de Paris, à la Tour Eiffel, des endroits « où ils n’ont jamais mis les pieds ». En avril dernier, elle a même embarqué dix-sept d’entre eux en Israël et en Palestine. Après avoir franchi le mur de séparation pour se rendre en Cisjordanie, un lycéen de Garges-lès-Gonesse s’émouvait au micro de RFI : « Ça m’a rappelé le Mur de Berlin, si on allait trente ans en arrière en Europe, c’était la même situation. Et ça prouve que le mur peut se détruire non pas par les balles, mais par la pensée et la parole des gens ».

    Cet engagement a valu à Latifa Ibn Ziaten d’être récompensée en novembre dernier du Prix pour la prévention des conflits par la Fondation Jacques Chirac. Au lendemain des attentats de Paris et Saint-Denis, elle avait appelé le gouvernement français à l’aide. « Vous aurez le soutien nécessaire et indispensable de la République », lui avait promis le président François Hollande.

    Alors que la Maison d’Imad ouvre ses portes ce jeudi, Latifa Ibn Ziaten se dit confiante en son projet. Toutes ces familles qui la contactent pour savoir comment la voir vont enfin avoir un lieu où la trouver, se réjouit-elle. D’autres maisons seront créées ailleurs en France, un centre doit voir le jour prochainement au Maroc. A force de se dépenser sans compter, Latifa Ibn Ziaten voit petit à petit son combat porter ses fruits. « Imad n’était pas seulement mon fils, il était mon ami, ma moitié. Je suis en train de la remplir avec les jeunes que j’aide aujourd’hui. »

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