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    France

    Centenaire de Verdun: «un moment charnière, mais pas une rupture»

    media En dix mois, la bataille de Verdun aura fait au total 770 000 morts, blessés et disparus. AFP / STP

    Ce 21 février 2016 marque le centenaire du début de la bataille de Verdun, dans l’est de la France. Devenue le symbole de la Première Guerre mondiale, elle durera dix mois et fera plus de 300 000 morts. Entretien avec Nicolas Offenstadt, maître de conférences à l’Université Paris I, membre de la Mission du Centenaire.

    RFI : Pourquoi les Allemands attaquent-ils Verdun le 21 février 1916 ?

    Nicolas Offenstadt : En 14-18, tous les commandements, alliés comme allemand, ont l’obsession de la percée. Dans une guerre que les militaires assimilent à une guerre de siège, il est très important pour les commandements de percer le front pour provoquer de nouveau une guerre de mouvement, afin de bousculer l’ennemi et l’emporter. D’une certaine manière, Verdun est une bataille comme les autres, une bataille pour obtenir la percée et la victoire.

    Il y a aussi un élément plus particulier à la géographie de Verdun : le secteur de Verdun forme un saillant dans les lignes allemandes, ce qui peut permettre de prendre de flan tout un ensemble de positions allemandes. Pour le commandement allemand, l’idée est donc de réduire ce saillant qui constitue un risque pour ses troupes.

    L’objectif est également d’attaquer les Français avant que les Britanniques soient pleinement opérationnels. Enfin, dans le plan des Allemands, Verdun devait sans doute participer d’une offensive plus générale.

    Si Verdun forme un « saillant » dans la ligne de front allemande, si elle est à ce point stratégique, pourquoi ses forts ont-ils été désarmés ?

    Verdun n’était pas forcément stratégique du côté français. Et le front durant cette guerre est extraordinairement long, il y a 800 km de zone de front. On ne s’aperçoit de l’importance de Verdun que lorsque l’on voit que les Allemands préparent quelque chose de lourd. Ce n’est que progressivement que la bataille est devenue aussi importante et qu’elle a cristallisé une résistance française. Jusqu’au dernier moment, on ne s’attendait pas à une offensive sur ce point-là parce qu’il y en avait beaucoup d’autres possibles. Au moment où l’on a commencé à voir ce qu’il se passait, les défenses ont été renforcées.

    Par ailleurs, le général Joffre pense qu’avec la guerre des tranchées et l’artillerie lourde, les forts n’auront plus le rôle majeur qu’ils ont pu avoir avant la guerre de 1870.

    L’artillerie joue un rôle essentiel pendant la bataille. Plus d’un million d’obus sont tirés le 21 février. Elle est plus importante que l’infanterie ?

    En tout cas, elle joue un rôle décisif. D’abord parce que toutes les grandes batailles sont annoncées par ce qu’on appelle dans le langage de l’époque « une préparation d’artillerie ». L’idée est que pour que les fantassins puissent avancer, il faut que les lignes ennemies soient affaiblies, voire complètement détruites. Les fantassins croient ainsi avant l’assaut que les lignes ennemies sont affaiblies et qu’ils vont donc arriver sur un terrain qui leur est déjà préparé. Mais ils le croient souvent à tort ; l’artillerie ne peut pas tout faire.

    L’artillerie joue donc un rôle fondamental dans la bataille, mais aussi dans la violence de la guerre de 14 puisqu’elle cause plus des deux tiers des morts. Elle joue également un rôle important dans la violence qui s’exerce sur les esprits. Les bombardements troublent les combattants et vont provoquer beaucoup de chocs traumatiques.

    Philippe Pétain prend le commandement de Verdun le 25 février 1916. Il est remplacé par Robert Nivelle deux mois plus tard, le 29 avril. Alors qui est le véritable « vainqueur de Verdun » ?

    Chacun, de manière différente, va en sortir glorieux. C’est Verdun qui va donner à Nivelle beaucoup d’aura dans le commandement. Fort de cette gloire, c’est lui qui va organiser en 1917 l’offensive du Chemin des Dames. Pétain va aussi s’auréoler de cette gloire d’avoir tenu, d’avoir organisé toute la défense de la bataille durant son premier temps.

    « C’est la bataille où il fallait être », dit-on à l’époque. Comment s’est construit ce mythe de Verdun ?

    Il y a plusieurs éléments. D’abord parce qu’un nombre colossal de soldats, les deux tiers de l’armée française, y sont passés. Le deuxième élément, c’est que Verdun est une bataille défensive. L’idée est de sauver le territoire de l’invasion allemande. C’est l’héroïsme de la résistance. C’est une victoire défensive, contrairement aux autres batailles de 1915, 1916 et 1917 qui sont des offensives menées avec les alliés.

    La bataille de Verdun est ainsi instrumentalisée dans le mythe national français. Va être construite l’idée qu’il y a eu un soldat de Verdun qui a eu un courage supérieur. Alors que la souffrance que les soldats ont connue à Verdun a été aussi vécue par les autres ailleurs.

    Et côté allemand, ce n’est qu’une bataille comme une autre ?

    Côté allemand, cette instrumentalisation de Verdun va être beaucoup moins intense que côté français. L’héroïsme des soldats est aussi exalté, mais surtout par les nationalistes et parfois même contre le commandement allemand. Les nazis vont ensuite instrumentaliser le souvenir de Verdun dans une mise en scène d’une communauté du peuple des tranchées, qui deviendra la communauté nazie.

    C’est une bataille qui a duré dix mois, qui a fait environ 150 000 morts de chaque côté, mais Verdun a-t-elle été un tournant dans la Première Guerre mondiale ?

    Oui et non. C’est sans doute un moment charnière, où la guerre industrielle s’accélère, mais ce n’est pas une rupture profonde dans la manière de faire la guerre.

     

    Pour aller plus loin :

    - Paris Match, hors-série n°10H, « Verdun – Enfer, courage et devoir », février 2016
    - Le Figaro Histoire, numéro 24, « Verdun – Le chemin des hommes », février-mars 2016
    - Webdocumentaire : « Fusillés pour l'exemple, l'ultime combat »
    - Le site de la Mission du Centenaire

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