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    France

    L’impact et l’ivresse de la télévision sensorielle

    media «Famous Deaths», le spectateur est invité à s'allonger dans un caisson mortuaire pour vivre le dispositif olfactif et auditif qui raconte la fin de vie de J. F. Kennedy et Mouammar Kadhafi. Designers: Marcel van Brakel et Frederik Duerinck. Siegfried Forster / RFI

    Jusqu’où la réalité virtuelle ira-t-elle à l’écran ? Grâce à des simulateurs de goût, des technologies olfactives et haptiques, la télévision du futur sera transformée en empire des sens. Le Smart Fipa, vitrine internationale du transmédia au sein du Festival international de la télévision à Biarritz, avait invité à regarder, à toucher, à sentir, à discuter et à imaginer des images de l’avenir.

    Claustrophobes s’abstenir ! Le poste de télévision du futur à l’air d’un caisson mortuaire. Son écran est invisible, car inexistant. Aucune image ne sera projetée. Le spectateur s’allonge sur une table d’examen pour être introduit dans un tunnel qui sera aussitôt refermé. On est seul, il fait noir et la séance commence. Seul un bouton de secours nous relie avec le monde extérieur.

    Vivre les derniers instants

    Cet « imageur » fermé fait partie de l’installation The Famous Deaths, une « série » du collectif multimédia néerlandais Polymorf, lauréat du prix Sadakichi de l’expérience olfactive en 2015. Pendant quatre minutes, on y vit les derniers instants de personnalités, par exemple de John F. Kennedy. Plongé dans le noir absolu, uniquement des odeurs et des sons nous racontent la fin de vie tragique du président mythique des États-Unis : « C’était une expérience assez agréable, s’exclame Élisabeth, une spectatrice courageuse. On a l’impression d’être dans la voiture de Kennedy et en même temps on entend et on sent des choses autour : un parc, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, du popcorn. C’est assez surprenant. Moi, c’était surtout le son qui m’a marqué, parce qu’on a l’impression qu’il est omniprésent. On a plus du tout l’impression d’être dans une boîte. C’est ingénieux. »

    L’odeur, une langue supplémentaire

    Certes, c’est une expérience où beaucoup d’images surgissent à l’intérieur de la tête. Mais pourquoi un réalisateur de film comme Marcel Van Brakel de Polymorf conçoit un récit uniquement basé sur des sons et des odeurs ? « L’odeur est l’un de nos plus anciens sens. Il est très connecté à la dimension émotionnelle de notre cerveau. En même temps, l’odeur est souvent négligée par les médias. C’est une langue supplémentaire pour raconter des histoires. »

    Et quelles histoires ! Le scénario sur les quatre dernières minutes de Mouammar Kadhafi n’a rien à envier aux meilleurs polars : « On a recréé le plus précisément possible l’ambiance des scènes : l’asphyxie intérieure, l’odeur de Khadafi et du désert qui l’entoure. Quand son convoi est bombardé, vous ressentez le parfum des voitures brûlées. Il se cache dans les égouts ? Vous sentez le renfermé. Il sera lynché ? Vous respirez l’odeur des uniformes et la sueur des soldats… »

    Le goût : de l’écran à la bouche

    Nimesha Ranasinghe pousse l’aventure sensorielle encore plus loin. Ce scientifique d’origine srilankaise de l’université nationale de Singapour rêve de transmettre aussi le goût visible à l’écran dans la bouche des spectateurs. Pour simuler la sensation du goût, il ne fait pas appel à des produits chimiques, mais « plutôt à des stimulations électriques. Ainsi on peut, par exemple, simuler les réactions au niveau de la langue lors des sensations gustatives. » À l’aide d’un casque virtuel doté d’une partie introduite dans la bouche et d’une autre dans le nez, on pourra dépasser toutes les possibilités actuelles de l’industrie du film.

    Reste la question du sens du toucher : « On doit réellement créer un concept de goût qui n’inclut pas seulement les goûts, mais aussi les odeurs, la texture de la nourriture, nos expériences, notre mémoire, le toucher, les sensations haptiques dans la bouche, pour sentir la nourriture virtuelle quand on mâche par exemple un chewing-gum ou quand on mange des choses. En cinq ou dix ans, on pourra probablement simuler toutes ces sensations. »

    Nimesha Ranasinghe de l'Université nationale de Singapour est expert pour la simulation des sensations gustatives. Siegfried Forster / RFI

    La peau comme écran

    Aussi optimiste et impatient s’avère Ali Israr. Chercheur scientifique chez Disney Research à Pittsburgh, il explore la technologie haptique, c’est-à-dire comment peut-on recréer d’une façon artificielle la sensation du toucher sur tout notre corps ?

    «  Nous avons deux mètres carrés de surface de peau qu’on n’utilise absolument pas pour la communication dans les médias, ni à la télévision, ni dans autres médias. Donc nous explorons les possibilités d’intégrer les sensations de notre peau comme un écran pour communiquer plusieurs sortes de sentiments. » Par exemple, dans un film d’horreur, le fantôme ne sera plus à l’écran, mais on pourra sentir sa présence dans notre chambre.

    Des vibrations et des sensations

    La technologie Surround Haptics permet de localiser très précisément le point et l’intensité du toucher : « sur une chaise spéciale, nous intégrons des mécanismes pour produire ces effets. Ce sont en quelque sorte des petits hauts parleurs, sauf qu’ils ne produisent pas de sons, mais des vibrations et des sensations. Par exemple, cela donne au spectateur vraiment la sensation qu’il y a quelque chose qui bouge ou court sur son dos. »

    D’autres technologies permettent de ressentir la respiration d’un animal à l’écran ou le froid et le chaud dans les scènes du film. Car « nous ne parlons pas de science-fiction, ces technologies existent déjà, affirme Ali Israr. Tout ce dont on a besoin, c’est de développer les outils adaptés pour que les artistes et les médias puissent créer du contenu et raconter des histoires avec cela. »

    La télévision : le parent pauvre des émotions ?

    L’émergence de toutes ces technologies olfactives, sensorielles et haptiques, prouve-t-elle que la télévision était jusqu’ici trop pauvre en émotions ? « Non, répond Christopher Canalis, codirecteur du Smart Fipa et organisateur de cette réflexion sur la télévision sensorielle. La télé n’était pas trop pauvre en émotions, mais elle change et évolue. Toutes ces nouvelles technologies sont pour nous l’avenir de la narration. »

    « Pirater » ses propres sens

    Envie de chatouiller vos sens encore plus ? Alors, changez de sexe ou échangez votre corps contre celui d’un autre. C’est ce que propose le Britannique Christian Cherene. Son collectif Be Another Lab explore les limites de la réalité virtuelle. « Nous utilisons des techniques de la science cognitive permettant de tromper la perception. On substitue les signaux visuels qu’on reçoit par les signaux visuels de l’autre personne. On voit avec les yeux de l’autre. Et tout ce que vous faites est copié par l’autre personne. Alors vous faites l’expérience de l’autre personne. Tout ce que vous touchez et ressentez, l’autre personne le touche et le ressent. Quand vous touchez un objet ou une autre personne, vous pouvez le réellement sentir. Alors, même si vous savez ce que vous voyez n’est pas réel, il correspond à ce que vous ressentez. Ainsi votre corps et votre cerveau vous disent qu’il est réel. C’est comme « pirater » vos propres sens. »

    La réalité virtuelle, permet-elle de stimuler notre capacité d’empathie pour les autres ? Christian Cherene de Be Another Lab a mené l’expérience. Siegfried Forster / RFI

    Une expérience qui rend la technologie virtuelle tactile, tangible et joyeuse. Mais pour Be Another Lab, le but n’est pas de pouvoir toucher la star de la télévision à l’écran, mais de toucher les gens, de créer de l’empathie pour l’autre : « Je suis sûr, cette forme de technologie sera bientôt utilisée un peu partout et probablement le plus dans le domaine de la pornographie. Mais ce n’est pas notre but. Notre intérêt est de regarder la technologie d’une manière critique, de la renvoyer vers des relations humaines. Quand la relation reste virtuelle, vous n’êtes pas réellement vous-même. Quand on enlève la technologie, vous rencontrez réellement cette personne. »

    « La raison n’est plus au centre »

    À quel point l’impact et la manipulation de la technologie sur la narration restent souvent sous-estimés révèle Vincenzo Valentino Susca. Le chercheur italien vit depuis six ans entre Rome et Montpellier où il est maître de conférences en sociologie imaginaire et médiologie à l’Université Paul Valéry. Pour lui, les possibilités des narrations olfactives, haptiques ou sensorielles nous mènent tous à un même point : « Tout cela nous accompagne dans une époque où la raison n’est plus au centre. Ce n’est plus la raison qui dirige les sens, mais ce sont les sens qui commencent à parler et à penser. C’est un glissement fondamental dont il faut prendre acte et comprendre les conséquences : entre l’opinion publique - qui a bâti et construit notre culture occidentale moderne - et l’émotion publique. Parce que les sens utilisés aujourd’hui par les technologies sont des sens extrêmement intelligents. Ils pensent avant même la raison. »

    La masse, l’avant-garde du futur ?

    D’autre conséquence : dorénavant, c’est l’ancien « public » qui s’approprie les thèmes et maîtrise le récit : « La véritable avant-garde de ces dispositifs est celle qu’on appelait avant « la masse ». C’est le corps de la vie quotidienne. Ce sont les gens que le romancier Robert Musil [l’auteur du roman « L’Homme sans qualités », ndlr] appelait « sans qualités ». Ils font de l’avant-garde à partir de leur plaisir qui n’est pas simplement le plaisir d’un individu, mais d’un corps communautaire, d’un groupe. »

    Pour Vincenzo Valentino Susca, la masse possède la grande astuce de « savoir absorber, détourner, dévorer, socialiser, ce qu’on lui donne, pour le meilleur ou pour le pire. La masse n’est plus seulement spectatrice, elle agit. Elle est l’actrice de la scène contemporaine. »

    Les participants du happening « In The Mouth », une série d’événements qui s’inspirent de l’univers de Nuno, un chef qui a perdu le sens du goût. Un repas interactif et sonore où les impressions gustatives des participants sont projetées à l’écran. Siegfried Forster / RFI

    ► Lire aussi : « L’Odorat », un film olfactif relance la narration sensorielle
    ► Lire aussi : «Attention transmédia !», le plaisir de la transgression, RFI 6/2/2015
    ► Lire aussi : La télé du futur au FIPA: de la «webisode» au grand spectacle interactif, RFI 24/1/2014
    ► Lire aussi : Web-programmes au FIPA : des films à Lego pour la génération 2.0, RFI 29/1/2011

     

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