GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 22 Septembre
Vendredi 23 Septembre
Samedi 24 Septembre
Dimanche 25 Septembre
Aujourd'hui
Mardi 27 Septembre
Mercredi 28 Septembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    France

    Le 16e arrondissement de Paris ne veut pas d'un centre d'hébergement

    media Vue en images de synthèse de l'emplacement du projet. Crédit: Moon Architectures

    Depuis plusieurs mois, les habitants du très chic 16e arrondissement de Paris sont très remontés. Inquiets aussi. Un centre d'hébergement d'urgence doit bientôt voir le jour en lisière du bois de Boulogne. Le maire, Claude Goasguen, ainsi que des associations de riverains sont vent debout. Une réunion publique devait se tenir ce lundi soir pour présenter le projet.

    La pancarte affiche en lettres capitales « Bientôt ici ». Dessous, un graphisme en images de synthèse censé représenter l’emplacement du futur centre d’hébergement d’urgence. Le bâtiment a l’air collé sous les fenêtres des immeubles cossus et des ambassades. On a même pris la peine d’ajouter un tas d’ordures. Les nombreux joggeurs qui passent en direction du bois de Boulogne ont juste le temps de jeter un coup d’œil. Mais en cette matinée ensoleillée, les passants défilent sur ce carrefour du 16e arrondissement, un arrondissement de l’ouest parisien, réputé bourgeois. Et l’affichette ne laisse pas indifférents.

    Sur les lieux du projet, des panneaux au graphismes très approximatifs alarment et incitent les habitants à faire entendre leur voix. RFI/Aurore Lartigue

    Un groupe de femmes équipées de bâtons de marcheuses s’arrêtent devant le panneau, intéressé. « C’est une provocation ! », réagit l’une d'elles. Le débat est lancé.

    Son objet ? Le projet centre d’hébergement d'urgence, porté par la maire de Paris, Anne Hidalgo et voté en décembre dernier par le Conseil de Paris. Concrètement, six préfabriqués en bois installés pour une durée de trois ans sur une allée en lisière du bois de Boulogne fermée à la circulation. Géré par l’association Aurore, il doit accueillir 200 personnes, orientées par le Samu Social.

    Le fantasme d'un Sangatte en plein Paris

    Gérard, 77 ans, promène son chien habillé d’un petit gilet. Celui qui se présente comme l’ex-président des commerçants du 16e le répète : « On ne laissera pas dénaturer le bois, on n’a pas le droit. Il est inconstructible ». Sa crainte ? « Un nouveau Calais », lance-t-il. La saleté, des tentes autour du centre, des débordements. « Et puis personne ne sait qui il y aura dedans », s’inquiète le vieil homme, qui craint la présence de « voyous », voire de « terroristes ».

    Un homme plus jeune en veste de survêtement n’y va pas par quatre chemins. « S’ils le font, on le brûlera », lance-t-il. Il est propriétaire de plusieurs immeubles dans le coin. Ce n’est pas bon pour l’immobilier. Une dame à vélo hésite. « Il faut bien les mettre quelque part. » Même si elle se demande bien où ils pourront aller faire leurs courses car dans le quartier il n'y a pas grand-chose. 

    RFI/Claire Rabbé

    Le bilan du micro-trottoir est simple. Personne n'a rien contre le fait de construire un centre d'accueil. Mais « pas ici ».

    Une jungle en plein milieu d’un des quartiers les plus huppés de Paris. C’est le spectre agité par Claude Goasguen, le maire Les Républicains du 16e. Il a même lancé une pétition « Contre un nouveau Sangatte ». Pourtant, assure Ian Brossat, ajoint à la maire en charge du logement et de l'hébergement d'urgence, « le centre n'est pas destiné à accueillir des migrants, mais des sans-abri ».

    Le projet de centre d'hébergement d'urgence doit voir le jour sur l'Allée des Fortifications (voitures stationnées) qui sera fermée à la circulation. RFI/Aurore Lartigue

    L'argument écologique

    Le 9 mars dernier, l'élu du 16e a reçu le soutien des maires des communes riveraines du bois de Boulogne qui ont demandé dans un communiqué commun « l’abandon » de ce projet « totalement contraire aux objectifs fixés par la charte du bois de Boulogne ». Datée de 2003, elle engage les maires à « garantir la vocation du bois de boulogne d’espace naturel, de promenade publique et d’espaces de loisirs de plein air ».

    C'est le principal argument du maire et des associations opposées au projet : protéger le bois. Un recours a d’ores et déjà été déposé devant le tribunal administratif par trois associations ou collectifs d’associations, dont celle de Lionel Lemaire, qui préside l’association des riverains du bois de Boulogne. Il concerne la Convention d’occupation du domaine public. Une autre procédure sera lancée, assure-t-il, « dès que le permis de construire sera officiellement déposé ».

    Sécurité contre solidarité

    Mais ce n’est pas le seul argument des associations. Ce qui inquiète les riverains c’est aussi la sécurité. « Il y a beaucoup d’écoles, des stades et la piscine d’Auteuil à proximité », souligne Lionel Lemaire, qui se fait aussi l’écho de « craintes » émanant des ambassades environnantes. Le responsable de l’association évoque enfin « des gardiens et gardiennes d’immeuble terrorisés ».

    Pour Pierre-Alain Weill, conseiller PS du 16e arrondissement, pas question de balayer d’un revers de la main les inquiétudes de certains riverains. « Ce n’est pas facile et c’est plus compliqué que de ne rien faire », admet l’élu pour qui les discours du maire ne font qu’« envenimer la situation ». « On essaie d’affoler les gens », dénonce-t-il. « Nous préférons mettre toute notre énergie à ce que ça se passe bien pour tout le monde ».

    Crédit: Moon Architectures

    L’adjoint à la maire de Paris, chargé du logement et de l'hébergement d'urgence est moins compréhensif. Pour lui, ces inquiétudes sont « illégitimes ». Il met en avant le sérieux de l’association Aurore. « A chaque fois qu’on a voulu faire du logement social dans cet arrondissement, on a eu de l’opposition et des recours, on a l’habitude », soupire Ian Brossat (Parti communiste). « C’est une question de partage de l’effort de solidarité. Il n’y pas de raison que le 16e soit une citadelle ».

    Et Pierre-Alain Weill d'ajouter qu'il ne faut pas « caricaturer » le quartier. Une pétition a été lancée samedi par des riverains favorables au projet. Mais pour l'heure elle peine à décoller.

    Dix-huit places d'hébergement dans le 16e

    La mairie de Paris pointe le déséquilibre de l’offre d’hébergement dans l’ouest parisien. Le 16e ne dispose que de 18 places d’accueil quand le 18e par exemple en compte autour de 1 000. Idem pour le 13e ou encore le 14e arrondissement de la capitale.

    Les habitants du 16e pas solidaires ? La critique ne passe pas. Il ne s’agit pas d’un refus « de principe », insiste Lionel Lemaire. Ce qu’il conteste c’est l’emplacement, presque « sous les fenêtres des habitations ». Il craint que cette proximité entraîne des « confrontations » entre les habitants du quartier et les personnes accueillies au sein du centre d’hébergement.

    Crédit: Moon Architectures

    Les associations disent d’ailleurs avoir proposé une « douzaine » d’autres lieux, « plus adaptés », dans l’arrondissement. Selon Ian Brossat, la seule proposition concrète concerne le musée des arts et traditions populaires. Mais il faudrait le désamianter, ce qui coûterait très cher et demanderait du temps. Et il y a urgence. Le centre doit pouvoir accueillir des gens « dès cet été ».

    Par ailleurs, le centre d’hébergement d’urgence est provisoire. A l’issue des trois ans prévus, il déménagera, assure Ian Brossat, indiquant que la mairie de Paris a déjà commencé à chercher le futur emplacement. Mais les détracteurs du projet sont plus que sceptiques. « On n’en croit pas un mot », réagit Lionel Lemaire qui craint que le provisoire se mue en définitif.

    Une réunion pour tenter d'apaiser les esprits

    « Nous irons jusqu’au bout quelle que soit l’opposition », prévient l’adjoint à la maire de Paris, notamment en charge de l’hébergement d’urgence. « Nous ne sommes pas inquiets », explique-t-il. Toutes les autorisations requises ont été obtenues.

    De leur côté, le maire du 16e et les associations promettent d’aller jusqu’au bout. Ce lundi soir, la mairie de Paris devait tenir une réunion publique, à la demande de Claude Goasguen.

    Les affichettes alarmistes invitaient les habitants à venir faire entendre leur voix. L’occasion au moins pour les représentants de la mairie, du préfet et de l’Association Aurore de tenter d'« expliquer » et de « rassurer ». Mais les riverains en colère ont promis de faire entendre leur voix.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.