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    France: la «Nuit debout» s'en va pour mieux revenir

    media La place de la République à Paris, vidée des occupants du mouvement Nuit debout, le 11 avril 2016. THOMAS SAMSON / AFP

    Le mouvement Nuit debout a été évacué, ce lundi 11 avril au matin, de la place de la République à Paris. La police a délogé la cinquantaine de manifestants qui passaient leur onzième nuit sur l'esplanade. Les structures construites au cours de l'occupation ont été démontées, mais une nouvelle déclaration de manifestation a été déposée à la préfecture.

    Ils s’en vont pour mieux revenir. Les manifestants dumouvement apolitique et spontané Nuit deboutont été délogé tôt ce lundi matin de la place de la République qu’ils occupaient depuis presque onze nuits. Evacué certes, mais de retour a priori dès ce soir. Une déclaration de manifestation a en effet déjà été déposée à la préfecture.

    Les militants ne font d’ailleurs pas mystère de leurs intentions. L’occupation de la place demeure leur priorité afin de poursuivre les débats et d’organiser d’autres actions. Sébastien, membre actif de Nuit Debout, appelle à ne pas relâcher la pression : « Il faudrait que les gens restent toute la nuit. Juste 150 personnes, ce serait suffisant. Dès qu’ils veulent débarrasser la place, on s’allonge par terre, on ne bouge pas. S’ils doivent nous soulever un par un pour nous déplacer, ils mettront trois heures à le faire et ils n’arriveront jamais à démonter. Et donc la journée suivra son cours et ça se réinstallera, etc. »

    Renforts de Notre-Dame-des-Landes

    Les manifestants réinstalleront leurs barnums, replanteront leurs potagers et ce, même si la demande d'occupation déposée ce matin est refusée. Mais Malandjo, membre de la commission France-Afrique au sein du mouvement Nuit debout, aimerait un peu plus de débats et moins de fête : « Si le combat est à refaire, j’aimerais qu’il ne se refasse pas dans les mêmes conditions. C’est-à-dire qu’on ne vienne pas pour faire la fête, on ne vient pas pour chanter et danser, pose-t-il. Il y a plein de gens qui aimeraient participer mais qui travaillent (…). Quand ils regardent les gens dans leur action, ils ont tellement envie que ça marche qu’on ne peut pas les décevoir. On est obligé de continuer. » Ce lundi soir, des opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dans l'ouest de la France, sont attendus place de la République pour venir renforcer les effectifs de Nuit debout.

    « Je suis choqué parce que c'était un rassemblement – et peut-être qu'il va continuer d'ailleurs – c'était un rassemblement pacifique, a réagi le secrétaire national du PCF Pierre Laurent à l’annonce de l’évacuation. Surtout, ça rassemble des gens qui ont envie de discuter et de prendre du temps pour discuter librement, donc on voit mal pourquoi cette évacuation a été décidée. »

    Samedi, des violences ont toutefois entaché le mouvement. A l’issue de la mobilisation contre la loi travail, un petit groupe de manifestants ont voulu exprimer leur mécontentement devant le domicile du Premier ministre Manuel Valls. Aussi, le commissariat du XIe arrondissement a été attaqué.

    « Si la police et la ville veulent s'organiser avec ceux qui maintiennent ces rassemblements pour que ça se passe bien, c'est assez facile à faire (...), maintient Pierre Laurent. Il suffit qu'il y ait une discussion assez tranquille, et on sait très bien que c'est possible, entre les autorités et les organisateurs de Nuit debout et on peut trouver un modus vivendi qui ne pose aucun problème pour la sécurité publique. »

    Condamnation à droite, la gauche embarrassée

    « Tant que c'était bon enfant on pouvait tolérer, même si l'occupation ou la privatisation d'une place n'est pas totalement possible. Et puis nous sommes quand même dans une période pour le moins troublée du point de vue des risques de terrorisme, estime le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis. Mais là, depuis quelques jours, la violence s'est invitée (...) donc la difficulté est là. C'est-à-dire que l'on peut discuter, dialoguer (...), mais si ça tourne à la violence, on ne peut pas tolérer. »

    Parmi les candidats à la primaire de la droite pour la présidentielle de 2017, la condamnation est quasi-unanime, seule Nathalie Kosciusko-Morizet souhaite dialoguer avec les acteurs de la Nuit debout.

    L’ancien Premier ministre François Fillon s’est lui dit « profondément choqué » que le rassemblement ait été toléré en période d’état d’urgence. « Je comprends la colère des gens de gauche par rapport à la politique conduite par François Hollande mais je suis profondément choqué qu'on est d'un côté l'état d'urgence et que de l'autre, on tolère ce type de rassemblement », a-t-il déclaré dimanche au « Grand Rendez-vous » Europe 1/Le Monde/i-TELE.

    « Il est temps d’évacué », a également affirmé lundi un autre candidat à l’investiture de la droite, Geoffroy Didier. « Il y a aujourd'hui un état d'urgence, et donc j'estime qu'il y a un temps pour tout. Qu'il y ait eu le temps de la manifestation, c'est légitime, et chacun a droit de manifester dans ce pays, mais aujourd'hui il faut et il est temps d'évacuer parce qu’il y a eu des débordements », soutient-il.

    L’argument de l’état d’urgence revient également dans la bouche de Bruno Le Maire qui assimile la Nuit debout à une « dictature de la minorité ». « Je souhaite qu'il n'y ait pas (...) de dictature de la minorité dans notre pays. Chacun mérite l'écoute, chacun mérite le respect, mais pas de dictature de la minorité, martèle-t-il. (…) Quand on est en état d'urgence, raison de plus pour faire respecter la loi et pour faire respecter les règles. »

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