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    France

    Jungle de Calais: une ONG britannique dresse le portrait de ses habitants

    media 33,9 % des enfants accompagnés présents dans la Jungle ont moins de 6 ans ( Source: Refugee Rights Data Project) DENIS CHARLET / AFP

    Clandestins, en transit et vivant dans un camp sauvage: les habitants de la «Jungle» de Calais sont une population par définition en marge et, de ce fait, assez méconnue. Pour mieux les connaître, une organisation britannique vient de réaliser une étude scientifique dans la jungle. C’est une première.

    Le nombre d’habitants de la Jungle est source de désaccord entre associations et gouvernement. Mais chaque partie a une idée assez précise sur la question. L’Auberge des Migrants d’un côté, la préfecture de l’autre : tous deux réalisent régulièrement des recensements. Mais ces opérations relèvent du comptage plus que d’une étude détaillée.

    « Il nous est apparu que le discours politique et le débat public sur les réfugiés se caractérisaient par une absence frappante de faits et chiffres incontestables », relève Marta Welander, fondatrice du Refugee Rights Data Project. Son organisation, basée au Royaume-Uni, a voulu combler ce manque, contrer « les idées préconçues et les clichés » en menant une étude détaillée auprès des habitants de la jungle de Calais.

    Distribution de soupe par des bénévoles dans la Jungle de Calais, le 3 mars 2016. PHILIPPE HUGUEN / AFP

    Fin février, une semaine avant le début du démantèlement de la zone sud du camp, ses bénévoles se sont rendus à Calais et ont mené 870 entretiens avec des habitants de la Jungle.

    Cela représente, aux yeux des associations, un peu plus de 10% de la population estimée du campement. Et leurs interrogations portaient aussi bien sur les aspects démographiques, que les conditions de vie ou encore les aspirations des personnes déplacées vivant à Calais.

    Une population masculine et jeune

    Exhaustive, cette étude se veut aussi solide. Menée par des bénévoles, elle a été élaborée avec deux universités et des experts en statistiques ont été associés au projet. Le Refugee Rights Data Project se présente comme un groupe non-partisan et indépendant de toute idéologie, politique ou religieuse.

    Les analyses de cette étude ont été dévoilées la semaine dernière. Et premier enseignement de cette étude: les habitants de la Jungle sont jeunes et très majoritairement des hommes. Les enquêteurs de Refugee Rights Data Project n’ont rencontré que 3,2% de femmes dans la jungle. Et l'âge moyen de la population du camp sauvage est de 25 ans et demi : près de 15% des sondés avaient même moins de 18 ans.

    Les principales nationalités présentes dans le camp sont les Afghans et les Soudanais. A elles deux, elles constituent près de la moitié de la population. Les Syriens sont, eux, la troisième communauté (10,10%) suivi des Iraniens (9,98%) et des « Bidounes » venus du Koweït (8,08%), ces personnes dépourvues de nationalité. L’étude s’est également penchée sur le niveau d’éducation des migrants présents à Calais. La moitié d'entre eux ont suivi au moins des études secondaires et ils sont plus nombreux à avoir été à l’université (22,66%) qu’à ne jamais avoir été à l’école (21,35%).

    Des réfugiés d'Erythrée dans la Jungle, le 3 mars 2016. AFP

    Violences policières

    Interrogés sur leur projet d’avenir, les migrants affirment très majoritairement leur volonté de traverser la Manche. Le Royaume-Uni reste leur objectif, même si les passages sont de plus en plus compliqués et que les candidats à la traversée restent longtemps bloqués à Calais : l’étude relève que plus de la moitié des habitants de la Jungle y vivent depuis plus de cinq mois. Mais malgré des conditions de vie difficiles, ces temps de séjour de plus en plus longs n’ont pas d’effet sur la détermination des migrants. Ils sont 92% à ne pas avoir changé d'idée. Et ils sont même prêts à affronter des « L'un des résultats les plus frappants de cette étude, c'est que plus de 80% des sondés disent qu'ils resteront à Calais, quitte à dormir dans la rue, ou qu'ils iront du côté de Grande Synthe, près de Dunkerque », affirme Marta Welander.

    Autre tendance forte de cette étude: le sentiment d'insécurité. Près de 75% des migrants disent en effet ne pas se sentir en sécurité dans le camp. Et la première raison de ce sentiment d'insécurité, c'est la crainte des violences policières. 76% des habitants de la jungle disent en avoir été victimes. Une ampleur inattendue. « On avait une idée du problème mais pas à ce point-là », affirme Marianne Humbersot. Elle est chargée de mission au centre juridique créé dans le camp pour venir en aide aux migrants. « Je pensais que 2 000 personnes sur le camp étaient victimes de violences policières. Là, sur une population de 5 000, c'est vraiment endémique. »

    A ces violences policières dénoncées par les migrants, s'ajoutent celles émanant des civils : 45% des habitants de la Jungle interrogés disent avoir subi des attaques verbales, physiques voire sexuelles de la part de simples individus, qu'ils soient calaisiens ou opposants à leur présence venus d'ailleurs en France. Enfin, l'étude se penche aussi sur les conditions sanitaires dans lesquelles les migrants vivent et souligne que les trois quarts d’entre eux souffrent de problèmes de santé.

    « Aggraver la crise humanitaire actuelle »

    Refugee Rights Data Project espère que ces résultats serviront à élaborer des politiques à leurs yeux plus adaptées à cette population. En dressant un portrait plus précis de ces habitants, l'organisation espère que les responsables politiques européens sauront répondre à leurs besoins mais aussi éviter de rendre leur situation plus précaire. L’analyse des motivations des migrants « nous incite à croire que le démantèlement par le gouvernement des abris provisoires de la zone sud a peu de chances d'apporter une quelconque réponse à la situation mais risque au contraire de conduire les gens à dormir dans la rue ou à créer de nouveaux camps » estime Marta Welander. « Cela pourrait donc potentiellement aggraver la crise humanitaire actuelle ».

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