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    France: du Front populaire au Parti socialiste, un fossé de 80 ans

    media Le premier secrétaire du Parti socialiste français, Jean-François Cambadélis, pendant la conférence de presse sur le «référendum» sur l'unité de la gauche aux élections régionales, le 18 octobre 2015. AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT

    Le 3 mai 1936, le Front populaire remporte triomphalement les élections législatives. La coalition formée des trois principaux partis de gauche et emmenée par le socialiste Léon Blum va gouverner la France durant deux ans et instaurer de grandes mesures sociales qui vont durablement changer la vie des Français. Un héritage compliqué pour les socialistes d’aujourd’hui.

    Quatre-vingts ans après, les Français bénéficient encore des avancées révolutionnaires mises en place par leFront populaire en 1936. C’est en effet cette coalition rassemblant socialistes, communistes et radicaux, d’inspiration antifasciste, qui va instaurer entre autres les premiers congés payés (15 jours), les conventions collectives du travail et la semaine de 40 heures (au lieu de 48). 

    Premières femmes dans un gouvernement français

    Le socialiste Léon Blum en tant que président du Conseil va constituer son gouvernement composé 20 de socialistes et de 13 radicaux. Les communistes n’en font pas partie, mais choisissent de soutenir le gouvernement de l’extérieur. Léon Blum sera également le premier à faire entrer 3 femmes dans son équipe alors même que celles-ci n’ont pas encore le droit de vote en France.

    Avant même la formation du nouveau gouvernement, des grèves éclatent partout dans le pays dans le secteur privé. Les usines sont occupées, comme les magasins ou les chantiers. En quelques jours, ce sont 2 millions de travailleurs qui se joignent au mouvement avec comme objectif de renverser le système capitaliste. Le tout se passe, comme en témoignent de nombreux documents, dans l’enthousiasme et l’allégresse.

    Droit syndical et nationalisations

    Les accords de Matignon signés le 7 juin 1936 par la CGT et le patronat sous l’impulsion du gouvernement Blum font cesser la plupart des grèves, bien que certaines se prolongent jusqu’en juillet. Ces fameux accords comportent des augmentations de salaire (12 % en moyenne) et la mise en place du droit syndical. Les premiers congés payés (15 jours) seront votés dans la foulée pendant que sont achevées les premières nationalisations.
     

    Le président du Conseil des ministres du Front populaire, le socialiste Léon Blum, au micro en 1936. BNF/Agence de presse Meurisse‏

    Toutefois, Léon Blum ne parvient pas à relancer la machine économique ; le chômage qui repart de plus belle et le contexte historique (guerre d’Espagne, puis l’Anschluss) abrègent brutalement le Front populaire. Quatre-vingts ans après l’avènement du Front, le Parti socialiste célèbre aujourd’hui celui qui a amené les socialistes au pouvoir en son temps. Dépôt de gerbe, discours, le patron du PS salue Léon Blum « l’homme qui en 1940 a fait partie des 80 parlementaires qui ont refusé les pleins pouvoirs au maréchal Pétain ».

    Comparaison risquée

    Le contexte actuel soutient mal la comparaison avec les avancées sociales décisives menées par le Front populaire. Alors que le projet de réforme du Code du travail conduit par la ministre Myriam El Khomry mobilise les opposants y compris dans les rangs du Parti socialiste, il devient de plus en plus compliqué d’affirmer la filiation avec les artisans de 1936.

    Justement, à propos de l’examen de la loi travail, le dirigeant de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly a ainsi remarqué : « Ce serait curieux que mardi le gouvernement et le président de la République qui vont célébrer les 80 ans du Front populaire remettent en cause le même jour l'un des acquis fondamentaux de 1936 ».

    Une réflexion qui laisse parfaitement indifférent Jean-Christophe Cambadélis qui, devant la statue de Léon Blum, s’est aventuré à faire le parallèle entre « l’embellie de 1936 » et la « Belle alliance populaire » qu’il entend construire pour mettre fin à l’« entre soi » et placer les « citoyens » au cœur des débats.

    Chasse aux divisions

    Sauf que ces temps-ci, les lieux de débats échappent de plus en plus aux appareils politiques traditionnels. « Je ne laisserai pas la gauche partir en lambeaux », dit encore M. Cambadélis. Mais au même moment, le ministre socialiste de l’Economie, Emmanuel Macron lance son propre mouvement «  En Marche ! ». Les ambitions de ce dernier étant manifestement trop larges pour le seul champ socialiste. 

    La chasse aux divisions de la gauche que mène le patron du PS est loin d’être gagnée. « En 2017, la victoire ne tiendra qu’à un fil, celui de l’unité », dit-il encore toujours devant le monument de Léon Blum. Il reste donc moins d’une année pour rassembler ce qui peut l’être. Pour le moment, l’image d’une gauche resserrée relève toujours du fantasme.

     

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