GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 13 Novembre
Mercredi 14 Novembre
Jeudi 15 Novembre
Vendredi 16 Novembre
Aujourd'hui
Dimanche 18 Novembre
Lundi 19 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • Un an après sa disparition, le sous-marin argentin «San Juan» a été localisé dans l'Atlantique (officiel)
    • Incendie en Californie: le nombre de disparus dépasse 1000 personnes (shérif)
    • Les Etats-Unis vont établir une base militaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée (Pence)
    • Le programme chinois des «Routes de la soie» n'est «pas un piège» (Xi Jinping)
    • Xi Jinping devant l'Apec: le protectionnisme est «voué à l'échec»
    Afrique

    Textiles «rebelles»: de Gandhi à la burqa

    media La série Hereros de Charles Fréger. Les robes rouges portées lors de la commémoration annuelle à Okahandja évoquent à la fois les victimes et les bourreaux du premier génocide du XXe siècle commis par les Allemands en Namibie, en 1904 et 1905. Charles Fréger

    Une exposition ingénieusement ficelée vient d’ouvrir ses portes à Clermont-Ferrand, au centre de la France. Avec « Rebelles », le musée Bourgoin nous raconte l’histoire de la rébellion pacifique à travers des habits et des textiles du monde entier, du khadi de Gandhi jusqu’à la burqa et les mouchoirs de prison d’aujourd’hui. C’est l’événement phare du 3e Festival international des textiles extraordinaires (Fite).

    Une scénographie tissée de fils en laine et hauts en couleur nous guide à travers des étages. Ici, au musée Bargoin, il y a des « rebelles » de toutes les décennies du XXe et XXIe siècle et de tous les continents.

    Comment se révolter quand on a tout perdu ? Il reste une dernière arme : tisser sa dignité pour incarner la cause juste. En Afghanistan, des femmes tissent sur un métier des tapis incrustants des images de kalachnikovs et de missiles pour se rebeller contre la guerre pendant qu’un serpent appelle au renouveau.

    Dans le sud du Maroc, le damier Yaz (2013) de Zahra Khouya, une Berbère des Aït Khebbach, a recours à la dernière lettre de l’alphabet pour exprimer la révolte contre la domination arabe. Un tapis tissé sans bordure incarnant un peuple debout et sans frontières. Au Tibet, un tapis de selle de cheval symbolise la résistance contre l’acculturation imposée par les Chinois.

    Le kadhi de Gandhi

    Raconter l’histoire de la rébellion pacifique au XXe siècle par le prisme du textile commence forcément par le Mahatma Gandhi (1869-1948). Ce n’est pas un hasard que le motif du rouet, l’outil pour fabriquer le kadhi, se trouve au centre du drapeau indien. Le khadi, étoffe en laine, coton ou soie filée et tissée à la main, est devenu le symbole de la révolution non-violente menée par Gandhi pour libérer l’Inde de l’impérialisme occidental.

    « Gandhi a utilisé le textile de deux manières, souligne Christine Athenor, archéologue et historienne de l'art de formation et cofondatrice du Festival international des textiles extraordinaires (Fite) : à la fois comme signe fort pour dire des choses, mais également pour utiliser le textile comme une arme. Il a proposé aux Indiens de se vêtir de textiles indiens qu’ils filent, tissent, cousent et coupent eux-mêmes en délaissant l’achat de textiles anglais mettant en difficultés l’énorme industrie textile anglaise. »

    Dans l’Inde d’aujourd’hui, le flambeau est porté par les partisans du « slow made », un mouvement consacré à la production traditionnelle et naturelle pour protester contre les ravages de la production de masse délocalisée en Chine.

    Le Faso Dan Fani de Sankara et les chemises « Madiba »

    Au Burkina Faso, dans les années 1980, le président révolutionnaire Thomas Sankara avait bien retenu la leçon quand il prônait le Faso Dan Fani, le pagne tissé du Faso, pour donner à son peuple l’espoir d’une autonomie. Un peu plus loin, fièrement accrochées sur les cimaises du musée, trois chemises « Madiba » nous rappellent la lutte de Nelson Mandela. Après sa libération, il avait créé la marque 46664 en référence à son matricule porté en prison. Ces chemises colorées deviennent ainsi l’un des symboles de la lutte pacifiste contre le racisme et l’apartheid.

    « Déjà avant cet épisode, Mandela avait mené une forme de rébellion textile à l’intérieur de la prison. Malgré le fait qu’il faisait parfois très froid, on lui avait refusé des pantalons. Alors, il a commencé une vraie petite rébellion pour lui-même et ses collègues pour obtenir finalement ce qu’ils voulaient. »

    Du kadhi de Mahatma Gandhi aux chemises « Madiba » de Nelson Mandela. Vue de l'exposition « Rebelles » au Festival international des textiles extra ordinaires. R. Boisseau, Ville de Clermont-Ferrand

    Le madras calendé des Antilles françaises

    Aux Antilles françaises, les femmes noires se révoltaient à leur manière contre le racisme. Avec des impressionnantes coiffes d’apparat créoles, elles ont détourné les codes vestimentaires et témoignent de la lutte vestimentaire contre les colons blancs. Comme ce madras calendé, plissé en escargot et noué devant une corne qui se dresse :

    « C’est une histoire incroyable, raconte Christine Bouilloc, la commissaire de l’exposition Rebelles au musée Bargoin. Lorsque les populations blanches arrivent, elles ont droit de porter des costumes et des chapeaux, mais l’interdisent aux populations de "couleur". Par souci d’élégance, ces femmes vont prendre de grands tissus, des "madras", avec des couleurs magnifiques. Ils vont les mettre en forme sur la tête. Il y a un volume tellement grand qu’on va avoir des pics et des pointes et finalement des coiffes assez imposantes. Ce n’est pas un chapeau, c’est un foulard, un couvre-chef qui pour chacune va avoir une signification : une pointe, une jeune fille ; deux pointes, une fiancée ; trois pointes, une femme mariée ; quatre pointes, une prostituée. »

    Les « punks tropicalisés » du Mexique

    Aujourd’hui, au Mexique, des vêtements et accessoires soigneusement composés et extrêmement colorés font leur apparition. Dans les photographies d’Amanda Watkins, « Los Cholombianos », les « punks tropicalisés » de Monterrey, revendiquent leurs origines colombiennes avec la musique traditionnelle, un style de vêtements customisé et des colliers tissés à pendentifs à leurs noms. Ces scapulaires sont des petites pochettes portées avec fierté autour du cou, à la fois comme signe d’une identité et d’une colère.

    « Au Mexique, la rébellion est portée sous deux formes : la plus connue, ce sont les huipiles, les tenues traditionnelles des femmes qui tirent leurs racines de la tradition maya et racontent aujourd’hui les événements au Chiapas. Mais il y a aussi des créations contemporaines comme celle présentée par le collectif Asaro [Assemblée des artistes révolutionnaires d’Oaxaca, ndlr], des créateurs de textile. Avec une série de xylographies, ils manifestent pour dire non à la fraude et à la corruption. »

    La poche secrète des arpilleras

    Au Chili, pendant la dictature d’Augusto Pinochet, des femmes témoignaient contre les crimes et les disparitions avec des arpilleras (toile de jute en Espagnol) dotées d’une petite poche secrète pour les témoignages écrits. Autre expression d’une rébellion silencieuse : les panuelos, des mouchoirs de prison transformés en œuvres d’art engagés pour protester contre les mauvaises conditions de détention.

    Mais les bouts de tissu qui provoquent actuellement le plus de polémiques dans les médias sont certainement le voile et la burqa. Ont-ils droit de cité dans l’expo Rebelles ?

    Scapulaires (colliers tissés à pendentifs), techniques mixtes, XXIe siècle. Mexique. Siegfried Forster / RFI

    « Une burqa peut être rebelle »

    « Cela a sa place, mais avec une explication, affirme la commissaire de l’exposition. Surtout avec un regard de personnes comme Majida Khattari [représentée avec des œuvres Casque d’or, Moucharabieh et L’Exorciste], Yarel el-Sherbini [67 quilles de bowling] ou Sasha Nassar [Printemps personnel] qui sont des gens de cette culture-là. Elles ont le droit de porter ce regard sur la burqa et de nous dire : à un moment, c’est un enfermement, à un moment, c’est une culture, à un moment, c’est une vision d’Occident. Donc, elles nous donnent toutes ces lectures qui nous permettent à avoir un avis qui ne soit pas aussi tranché que celui qu’on a l’habitude d’avoir et de se dire : voilà, on peut être rebelle de façons très différentes et la burqa, portée ou non portée, peut être rebelle. »

    Le Printemps personnel de Sasha Nassar, artiste née d’un père juif et d’une mère musulmane est pour Christine Bouilloc tout simplement « merveilleux. La burqa présentée est l’évolution d’une sorte de housse qu’on mettrait sur une femme, jusqu’au dernier modèle où l’on voit les bras et les jambes. Petit à petit, elle va libérer le corps tout en le cachant. Mais au moment où l’on a la burqa la plus couvrante, eh bien, la transparence du tissu est là pour dire : attention, il y a une burqa, c’est tout ce qu’on voit, mais le corps est présent. Donc au fur à mesure, elle révèle la femme et la féminité. »

    La rébellion est de « porter ce que l’on est »

    Et quel est le vêtement rebelle dans la France d’aujourd’hui ? « C’est dur à désigner un tissu rebelle, parce qu’avec cette mondialisation terrible, on a effectivement une uniformité qui s’impose, avoue Christine Bouilloc. Pour moi, la rébellion est d’être capable de créer un vêtement dans lequel on se sent bien et qui soit vraiment une double peau. C’est-à-dire qu’on porte ce que l’on est. »

    L’artiste Sasha Nassar interpelle les femmes à faire leur « Printemps personnel ». Au fond, on aperçoit la mini-jupe en coton blanc et satin rouge créée par le couturier français André Courrèges en 1965. R. Boisseau, Ville de Clermont-Ferrand
    Christine Bouilloc, commissaire de l’exposition « Rebelles » explique l’œuvre « Printemps personnel » de Sasha Nassar

    Rebelles, exposition au Musée Bargoin de Clermont-Ferrand, jusqu’au 31 décembre dans le cadre du 3e Festival international des textiles extra ordinaires (Fite).

     

    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.