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    France

    Les enfants issus de l’immigration surreprésentés en prison

    media La prison de Fleury-Merogis, en région parisienne. REUTERS/Charles Platiau

    Le journal Le Monde vient de publier une vaste enquête sur un sujet tabou dans la société : pourquoi les enfants issus de l'immigration sont-ils surreprésentés dans les prisons ? Dans le contexte de lutte antiterroriste, le sujet est encore plus délicat. Mais l'étude qui paraît à l'occasion de la sortie du livre du sociologue Farhad Khosrokhavar «Prisons de France» tente surtout d'éviter les poncifs.

    Trois facteurs déterminants ressortent de l'enquête du quotidien Le Monde : la sphère familiale, l'échec scolaire et le quartier. Un adolescent fragile qui habite dans une cité dégradée aura plus de chance de basculer dans la délinquance. La taille des fratries semble aussi jouer. Et selon Marwan Mohammed, chercheur en sciences sociales au CNRS, ce sont les familles d'immigration récente qui ont le plus d'enfants. Si l'on ajoute à cela de faibles ressources, il n'est pas rare que les enfants traînent dans la rue faute de logement adapté.

    Une étude très fouillée réalisée en 2000 par l'Insee sur l'histoire familiale des détenus avait aussi montré que le risque d'incarcération était 4 fois plus important pour une personne issue d'une famille de 5 enfants par rapport à celle n'ayant qu'un frère ou une sœur. La même recherche révélait également que 30% des détenus avaient un père qui ne leur avait jamais parlé français pendant leur enfance.

    La politique pénale française discriminante

    Le sociologue Laurent Mucchielli, chercheur à l'université d'Aix-Marseille avance une explication plutôt politique. La délinquance de rue, donc celle des pauvres, mènerait en prison alors que celle des riches, c'est à dire la délinquance fiscale se solderait plutôt par des amendes. Il semblerait qu'il y ait en France une réelle volonté de durcir la réponse pénale pour les petits délits qui ne nécessitent pas beaucoup d'investigation. En plus de cela, les procureurs sont généralement évalués sur leur capacité à traiter rapidement ces affaires qui débouchent souvent sur des peines de prison. Mais l'enquête avance une autre explication, il serait plus facile pour la police de contrôler ceux qui consomment du cannabis au pied de leur immeuble que ceux qui le font dans leur appartement.

    Les juges ont eux aussi des préjugés

    Un magistrat fera davantage confiance à un prévenu ayant une adresse dans un beau quartier. En fait le lieu de naissance n'a pas d'impact sur la peine mais pèse dans le choix de la procédure. La probabilité de comparution immédiate est trois fois plus importante pour une personne née à l'étranger. Et à délit équivalent, le risque de prison ferme est huit fois plus lourd pour des personnes jugées en comparution immédiate. Autre inégalité devant la justice, la capacité à être bien conseillé ou défendu. Un avocat commis d'office ne rencontre le plus souvent son client que quelques minutes avant l'audience, d'autres ne bénéficient même pas d’avocat.

    L’islam en prison

    L'expression religieuse en prison est de nature différente de celle rencontrée à l'extérieur. La revendication musulmane, comme un moyen de socialisation, résulterait de la détention elle-même, et n'aurait rien à voir avec les origines de la personne.

    Mais tous ces facteurs avancés dans l'enquête du journal Le Monde ne sont pas propres à la France. De manière générale, en Europe, la proportion d'étrangers en détention représente le triple de celle présente dans le pays concerné. Et va même jusqu'à atteindre plus de 40 % en Belgique.

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