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    13-Novembre: un an après l’assassinat de son fils, Stéphane n’a «pas de haine»

    media Hugo Sarrade, tué au Bataclan le 13 novembre 2015. Archives personnelles de Stéphane Sarrade.

    Stéphane Sarrade a perdu son fils Hugo, 23 ans, dans la nuit du 13 novembre 2015. Le jeune homme a été assassiné par des terroristes se réclamant de l’organisation Etat islamique lors du concert des Eagles of Death Metal au Bataclan. Un an plus tard, le père de famille tente de se reconstruire, de se poser les bonnes questions et fourmille de projets.

    RFI : Quel fils était Hugo ?
    Stéphane Sarrade : C’était un jeune adulte comme heureusement il y en a beaucoup. Pour moi, il était exceptionnel puisque c’était mon fils. Il était en master d’informatique, il avait pour projet d’aller faire sa thèse de doctorat au Japon. Il avait des amis, une petite amie, il était musicien. C’est pour ça d’ailleurs qu’il était venu exprès de Montpellier pour le concert du Bataclan. C’est quelqu’un qui vivait son époque. Je ne l’ai jamais entendu proférer une seule parole de haine. Il était très impliqué, il allait dépouiller après les élections dans son bureau de vote. C’était quelqu’un de très curieux. Il était inquiet aussi, de la montée d’un certain extrémisme en France. On partageait beaucoup de choses. La lecture, le cinéma, les séries télévisées. C’était mon fils, mais aussi un confident.

    Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui, un an après son assassinat ?
    C’est un anniversaire particulier pour moi et pour toutes les victimes du terrorisme en 2015. Une année s’est écoulée, une année forcément particulière parce qu’il y a eu toutes les premières fois sans Hugo : premier Noël, premier anniversaire, premières vacances… Il a fallu faire face à tout ça avec ma famille, avec mes proches, mes amis. J’ai la chance d’être extrêmement entouré et ça m’a beaucoup aidé. Cette année a été à la fois très longue mais elle est aussi passée très rapidement parce qu’elle a été jalonnée par beaucoup de choses, beaucoup de projets qu’il a fallu imaginer et mettre en œuvre.

    On arrive à cet anniversaire tragique, qui forcément a un retentissement fort en France, comme ailleurs. Cela a été amplifié d’ailleurs puisque depuis novembre 2015, il y a eu les attentats d’Orlando, de Nice. Cette année, j’ai essayé de mettre un peu de sens dans tout ce qui est arrivé. Le 13 novembre, ma famille et moi-même, nous avons été confrontés à quelque chose qui est totalement vide de sens. A partir de ce chaos, il a fallu recréer, remettre un peu de sens. En fin d’année 2015, mon psychologue et la cellule de soutien m’ont aidé à prendre conscience que j’allais devoir gérer une situation très particulière : gérer à la fois un deuil personnel, et un deuil national.

    « Survivre, c’est bâtir »

    Est-ce une force ou une faiblesse ?
    Cette dualité du deuil, je n’ai pas très bien compris ce que ça voulait dire au début, puis j’ai compris quand Noël est arrivé. C’est un moment où on s’est retrouvé ma famille et moi tous ensemble. Et là je me suis rendu compte qu’à chaque fois que j’ouvrais un journal, que j’allumais la radio, la télévision, il y avait en permanence des éléments qui rappelaient ce qu’il s’était passé sur les terrasses, au Bataclan… Et là je me suis rendu compte que je ne pourrais pas y échapper. Donc il a fallu apprendre à gérer ces deux dimensions : la douleur de perdre un enfant, quelles que soient les circonstances, mais aussi le fait que l’actualité, les médias, et même les gens que l’on rencontre, me remettent en permanence en visibilité de ce qui est arrivé.

    C’est donc au départ une faiblesse, puisqu’on est en permanence rappelé à cette tragédie, c’est quelque chose qui est compliqué à vivre. Le fait d’être amené à vivre ça oblige aussi à avoir une attitude positive et constructive. Pour moi, survivre, c’est bâtir. La meilleure façon pour moi de pouvoir avancer en 2016 était donc de créer, soit à titre personnel ou collectif, d’avoir des projets, des éléments structurants.

    Quoi par exemple ?
    Très rapidement est venue l’idée de créer, avec la fondation ParisTech, une bourse universitaire en mémoire d’Hugo, la « bourse Jiyuu-Hugo Sarrade ». « Jiyuu » en japonais, ça veut dire « liberté ». La dernière fois que j’ai vu Hugo, quinze jours avant sa mort, il arrivait du Japon, il a passé la nuit chez moi ici à Paris, avant de rentrer à Montpellier. Il s’était fait tatouer sur la poitrine les deux kanjii, les caractères japonais, qui forment ce mot. C’était un élément fort puisque c’était un projet qu’il avait depuis longtemps. A l’époque où il n’allait pas très bien, où il se cherchait un peu, il m’avait dit « Tu sais papa, le jour où j’irai bien dans ma tête, je me ferai tatouer le mot « liberté » au Japon ». Le dernier cadeau qu’il m’a fait, c’est lorsque 15 jours avant sa mort, il m’a montré son tatouage en me disant « Tu vois, je suis allé au bout du truc ».

    Logo de la bourse Jiyuu-Hugo Sarrade. Archives personnelles de Stéphane Sarrade

    En avril 2016, on a donc décerné la première bourse Jiyuu à une jeune femme qui est partie faire ses études pendant cinq mois au Japon. C’est une bourse de 5 000 euros, financée par des dons privés, destinée à un étudiant qui a un projet. Il s’agit de donner un coup de pouce à un étudiant qui a envie de se confronter à une autre culture, à une autre façon de penser. Pour moi, la meilleure façon de combattre l’obscurantisme, c’est de s’ouvrir aux autres. Cette bourse a la vocation d’offrir la possibilité à un étudiant d’aller voir ailleurs. Hugo n’est plus là mais ses rêves et ses espoirs sont toujours là. Et puisque lui ne peut plus les porter, j’avais envie que d’autres personnes, d’autres jeunes, puissent le faire. Cette bourse a été un énorme cadeau que m’a fait la vie et que m’ont fait mes amis.

    Quels autres projets avez-vous mené ?
    Mon beau-frère a vers Arcachon, dans le sud-ouest de la France, une société qui loue des Méharis [voiture de plein air à deux places]. A Noël dernier, lorsque nous n’allions pas bien du tout, j’ai racheté une vieille Méhari que j’ai réparée et repeinte. Je l’ai appelée « Hugo Spirit ». Elle est rouge, avec une bâche bleu-blanc-rouge. Cet été, sa location nous a ramené 1 400 euros, qu’on a reversés à la fondation ParisTech.

    « Le 13 novembre est un événement vide de sens, un chaos absolu »

    Comment trouver des explications à un événement comme le 13 novembre ?
    Etant chercheur, j’ai été formé à trouver du sens aux choses. Or, quand arrive le 13 novembre, c’est un néant, un chaos absolu, il n’y a strictement aucun sens. Ce sont des Français, des gens qui sont nés en France, qui ont assassiné mon fils. Donc des Français qui tuent des Français, c’est inimaginable pour moi. Ces choses sont vraiment arrivées, et si c’est arrivé, c’est qu’il y a des raisons. Pourquoi la radicalisation ? Pourquoi on arrive à convaincre de jeunes français que leur projet de vie c’est de se tuer à 20 ans et de tuer des innocents ? Il faut donc poser ces questions-là.

    Cette année, vous avez fait la rencontre d’un père qui a lui aussi perdu son fils, tué en Syrie, où il avait rejoint l’organisation Etat islamique. Comment s’est déroulée cette rencontre ?
    C’est un projet qui a été monté par le proviseur du lycée de Lunel, vers Montpellier, dans le sud de la France. Dans ce lycée, il y a 20 anciens lycéens qui sont partis en Syrie. Huit y sont morts. Le proviseur de l’établissement m’a donc proposé d’intervenir devant les lycéens de Lunel avec le père d’un ancien élève, Raphaël, qui lui est mort en Syrie, à 23 ans, au même âge que mon fils Hugo. Avec le père de Raphaël, nous avons fait cette intervention devant 400 lycéens. On a parlé de nos fils, de nos histoires, on a échangé avec les élèves. J’ai été frappé par le fait que rapidement, nous sommes arrivés dans une dimension « éducation civique », avec des discussions sur la citoyenneté, sur la laïcité.

    La toute première question qui m’a été posée – et elle m’a été posée un nombre incalculable de fois cette année – c’est : « Est-ce que vous avez de la haine pour les musulmans ? ». A chaque fois, ma réponse est la même : « Non, je n’ai pas de haine. Ce n’est pas une énergie positive, on ne bâtit rien sur la haine. » Et surtout, je me garde bien de tomber dans un amalgame. Si on rentre dans une approche communautariste, ça veut dire que Daech a gagné, puisqu’au final, c’est ça que les terroristes recherchent : nous diviser et que la guerre civile arrive sur le sol français.

    Que vous a appris cet échange ?
    Ce qui m’a le plus choqué, c’est la similitude colossale qu’il y avait entre Raphaël et Hugo. Ils avaient 23 ans tous les deux, le père de Raphaël et moi-même avons fait la même école d’ingénieurs, on a le même profil. Raphaël et Hugo étaient guitaristes. Ils avaient chacun leur propre groupe de musique.

    Je me suis rendu compte aussi de ce qui pouvait se passer en France. Quand on est adolescent, quand on est jeune adulte, il y a des moments où on ne sait pas trop où on en est, et là malheureusement si votre route croise celle de prédateurs, ils peuvent vous emmener vers la drogue, des sectes, mais aussi la manipulation et la radicalisation. J’ai découvert que beaucoup de radicalisés, 30 %, sont des convertis. Et beaucoup de lycéens en face de moi étaient potentiellement des cibles. Notre travail, avec le père de Raphaël, a été de leur faire comprendre que c’est leur libre-arbitre, leur capacité à raisonner, à avoir un avis constructif, qui pouvait les aider. Cet échange a été extrêmement important, et le lien que j’ai créé avec le père de Raphaël a fait que nous sommes devenus amis et que nous sommes aujourd’hui toujours en contact. A Paris, ensuite, j’ai rencontré d’autres parents qui ont vu leur enfant partir en Syrie.

    J’ai appris surtout que personne n’est à l’abri, que ça peut toucher tout le monde. Et que la radicalisation est beaucoup plus large et insidieuse qu’on pourrait imaginer. Les écoles, les prisons sont des lieux de radicalisation potentiels, et ce n’est pas circonscrit à un certain type de population qui vit dans des banlieues défavorisées. J’ai compris que cette vision-là était caricaturale.

    « Pourquoi tombons-nous Monsieur ? C’est pour mieux apprendre à nous relever. » Avec votre fils, vous utilisiez beaucoup cette citation extraite du film Batman. Aujourd’hui, comment se relever, comment résister ?
    Résister, c’est d’abord survivre. C’est se lever le matin en se disant « On ne va pas rester à genoux », même si la souffrance elle est là tous les matins quand je me réveille. Se relever, c’est se dire « Il y a une vie après ». Cette vie, il faut la construire et avoir une vision positive de ce qu’on va créer derrière. Il y a des fois où on ne peut pas se relever, parce que le coup est trop dur. Heureusement on n’est pas seul, il y a des gens qui vous aident à vous relever. Le fait d’être debout, c’est la meilleure façon pour moi de dire à Daech qu’ils ne gagneront pas, et qu’ils ne gagneront jamais.

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