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    France

    L’inquiétant démantèlement des centrales nucléaires françaises

    media Le démantèlement du réacteur Superphénix (Isère), arrêté en 1996, pourraît coûter jusqu'à deux milliards d'euros selon les hypothèses les plus alarmistes Wikicommons/Yann Forget

    La France est le pays le plus dépendant de l’énergie nucléaire au monde : l’atome représente 75% de sa production électrique. Pourtant, aucun réacteur français n’a jamais été complètement démantelé, même ceux fermés depuis plus de trente ans. Un rapport d’une mission parlementaire paru le 1er février accable EDF (Electricité de France), qui aurait largement sous-estimé les coûts et la difficulté de la déconstruction de ses centrales nucléaires.

    « La mission d’information a abouti à un certain nombre de conclusions qui tempèrent fortement l’optimisme des responsables d’EDF qu’elle a pu rencontrer. » Voilà, en substance, le message lancé par les parlementaires qui ont rédigé le rapport d’information sur la « faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires ».

    En cause : la sous-évaluation des coûts et des difficultés techniques des opérations. Certains postes de dépenses ne sont même pas pris en compte dans les prévisions d’EDF, comme la remise en état des sols après le démantèlement des centrales, pourtant obligatoire selon la loi, ou encore le coût social du démantèlement (licenciements).

    L’entreprise a promis que les comptes qu’elle présenterait le 14 février ont été modifiés selon les recommandations de la Direction Générale de l’Energie et du Climat (DGEC) formulées l’année dernière. Mais le rapport du 1er février construit sur la base de six mois d’enquêtes demeure alarmant.

    Problèmes économiques

    Le rapport parlementaire reproche à EDF d’avoir calculé l’ensemble des coûts de démantèlement de ses réacteurs à eau pressurisée (REP) sur le modèle de la centrale de Dampierre. Or, la diversité des situations ne permet pas d’extrapoler un coût total à partir d’un seul cas particulier – même si l’électricien s’est défendu, affirmant que les comptes qu’il présentera le 14 février seront ajustés en fonction des spécificités propres à chaque réacteur.

    Le physicien nucléaire Bernard Laponche, qui a été interrogé par la Commission parlementaire, le rappelle : « en France, on n’a encore jamais fini de démanteler un réacteur ». La comparaison internationale apparaît donc comme le seul moyen d’anticiper le coût des démantèlements. Au niveau européen, les exploitants mettent généralement de côté entre 900 millions et 1,3 milliard d’euros par réacteur à démanteler. EDF, par contre, ne provisionne en moyenne que 350 millions d’euros par réacteur.

    Exemple marquant de la probable explosion à venir de la facture du nucléaire français : la centrale de Brennilis (Finistère). Ses réacteurs à eau lourde ont fonctionné pendant moins de deux décennies. Leur démantèlement, en cours depuis plus de 30 ans, a vu son coût multiplié par 20 par rapport aux prévisions initiales d’EDF comme le constatent les parlementaires.

    « Ils se sont rendu compte que ça coûtait beaucoup plus cher que prévu »

    La législation française prévoit d’appliquer aux réacteurs arrêtés le principe du « démantèlement dans un délai aussi court que possible ». Pourtant, EDF a pris ses libertés avec cette loi, notamment en ce qui concerne les réacteurs à l’uranium naturel graphite-gaz (UNGG), dont 6 sont actuellement en train d’être démantelés (sur un total de 9 réacteurs en cours de démantèlement).

    L’entreprise prévoyait de les démanteler « sous eau » (en immergeant certains éléments radioactifs pour faciliter les opérations). Mais début 2016, EDF prend le parti de recourir à une méthode « sous air » (sans immersion). « Il y a beaucoup de raisons financières derrière ce changement », explique Bernard Laponche. Le physicien explique l’abandon de la technique « sous eau » : « ils se sont rendu compte que ça coûtait beaucoup plus cher que prévu ».

    Deux problèmes se posent alors : d’une part, EDF a entériné ce changement de méthode dans sa comptabilité, alors que sa demande n’a pas été acceptée par l’Autorité de sécurité du nucléaire (ASN) qui étudie la question. D’autre part, selon l’ASN, citée dans le rapport parlementaire, ce changement de méthode suppose que le démantèlement du dernier des réacteurs UNGG se termine « au début du XXIIe siècle », soit 120 ans après l’arrêt de leur activité. Dans un communiqué de presse en réaction au rapport du 1er février, EDF confirme pourtant « son objectif de démanteler ses installations nucléaires dans des délais aussi courts que possible ».

    L’argument financier pourrait justifier ces reports : plus le démantèlement est lointain dans le temps, moins il est nécessaire de provisionner de l’argent pour procéder à l’opération. Les provisions d’EDF sont en effet placées pour générer un intérêt, et plus on récupère la mise tard, plus l’argent a le temps de fructifier. « Mais cela se fait aux dépens des citoyens, objecte Florence de Bonnafos, chargée de campagne Finances énergies auprès de Greenpeace. Si on arrête les sites c’est qu’ils sont obsolètes, voire dangereux, alors pendant combien de temps peut-on assurer leur sécurité ? »

    De la même façon, EDF a pris en compte dans son budget le prolongement de la durée de vie de certains réacteurs de 40 à 50 ans. Alors même que sur ce point, l’ASN a prévenu qu’elle ne rendrait sa décision, au cas par cas pour chaque réacteur, qu’à partir de 2019.

    Enquête en cours pour « délit boursier »

    Les écarts entre prévisions et réalisations ne tiennent au fait qu’EDF dispose d’une certaine marge de manœuvre pour évaluer le prix des démantèlements. D’un côté, l’ASN est mandatée pour garantir la sécurisation des centrales et le bon déroulement des chantiers. De l’autre, la Cour des comptes reconnaît elle-même, dans un rapport de 2012, que « si l’ensemble de la démarche et les articulations des calculs semblent cohérents et justifiés, le montant des charges [calculé par EDF] ne peut être validé par la Cour des comptes qui n’a pas les compétences pour le faire ».

    Ni l’ASN ni la Cour des comptes ne peuvent donc produire un avis fondé et indépendant sur la réalité des coûts des opérations de démantèlement – d’où le recours discutable à des comparaisons internationales. Sur ce point, Florence de Bonnafos concède qu’il y a beaucoup d’incertitudes concernant le coût réel des démantèlements, même si globalement, celui-ci est en hausse dans tous les pays par rapport aux prévisions initiales. Et pour la responsable de Greenpeace, en matière de nucléaire, « il vaut mieux pécher par excès que par défaut ».

    Le sous-provisionnement supposé des coûts de démantèlement et de traitement des déchets des centrales nucléaires a déjà poussé Greenpeace à déposer une plainte en novembre dernier, contre EDF et son PDG, pour avoir diffusé des « informations trompeuses », et un « bilan inexact ». L’ONG environnementale a obtenu du parquet national financier l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « délit boursier » contre l’entreprise.

    Le rapport parlementaire ne fait pas l’unanimité, y compris au sein de la commission qui l’a produit. Le document s’ouvre sur un avertissement du député Julien Aubert (Les Républicains). Le président de la commission, « s’il partage globalement les vues et analyses présentées dans ce rapport, quelques points de divergence subsistent avec le rapporteur, Mme Barbara Romagnan [Parti socialiste] ». En ligne de mire de cette note liminaire : la consommation électrique française, la réutilisation des sites après le démantèlement des centrales, ou encore les coûts de ces démantèlements envisagés par EDF. Autant de points sur lesquels Julien Aubert est plus proche des positions de l’entreprise que les autres rédacteurs du rapport.

    La conclusion de ce document d’une centaine de pages est toutefois sans appel : « La mission d’information s’interroge sur le rôle de l’Etat actionnaire qui détient 85,6% du capital de l’électricien (…) c’est la République qui est censée définir la politique de l’entreprise par le biais de sa participation largement majoritaire ». Reste à savoir si, en ces temps de campagne présidentielle, l'appel du pied sera entendu par le ou la futur(e) occupant(e) de l'Elysée.

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