GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 16 Juin
Lundi 17 Juin
Mardi 18 Juin
Mercredi 19 Juin
Aujourd'hui
Vendredi 21 Juin
Samedi 22 Juin
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • Le Mexique ratifie le nouveau traité de libre-échange avec les États-Unis et le Canada (officiel)
    France

    [Portrait] Joseph Wresinski, humain parmi les Hommes

    media Joseph Wresinski aurait eu 100 ans en 2017, mais jusqu'à sa mort en 1988, il s'est battu contre la pauvreté et l'exclusion. ATD Quart Monde

    Parti de rien, Joseph Wresinski a construit l’un des plus vastes réseaux d’aide aux personnes démunies : ATD Quart Monde. Pauvre qui voulait aider les pauvres, homme d’Eglise et homme d’action, le père Joseph a collectionné les amitiés à mesure qu’il a multiplié les combats. Franc et fraternel, il a marqué à jamais toutes les formes de lutte contre l’exclusion.

    L’histoire de Joseph Wresinski finit mieux qu’elle ne commence. Il voit le jour en 1917, à la fin de la Première Guerre mondiale, dans la misère d’un camp d’internement pour étrangers, à Angers, dans l’ouest de la France. Son père est polonais, sa mère espagnole. Ses premières années sont douloureuses : il commence par servir auprès de la congrégation des Sœurs du Bon Pasteur, contre quelques sous.

    Le jeune Joseph Wresinski ne supporte pas que sa famille vive de la charité des autres : « Comme ses parents, ça a été un écorché, un humilié », raconte Bruno Tardieu, responsable d’ATD Quart Monde. Il s’est lié d’amitié avec Joseph Wresinski pendant la dernière partie de sa vie, et se souvient : « Il disait souvent que sa mère, qui l’a élevé, avait plus de bienfaiteurs que d’amis. » L’enfant s’en désole. Tout au long de sa vie, Joseph Wresinski raconte que seul le prêtre considérait sa mère avec respect. Chaque année, l’homme d’Eglise vient chez eux pour demander le denier du culte – alors que les autres rendaient visite pour donner, généralement par pitié.

    L’estime de l’Eglise pour les plus pauvres l’inspire. « Il répétait souvent que nous sommes tous les filles et les fils de Dieu », explique Bruno Tardieu. Que nous sommes tous égaux, et que c’est sur ce pied d’égalité qu’il faut regarder les plus démunis. « Il a toujours considéré que les pauvres avaient quelque chose à apporter à la société. Il croyait en leur optimisme, en leur sens du pardon. » Tout au long de sa vie, Joseph Wresinski prend le parti de se battre, non pas pour les pauvres, mais avec eux, contre la pauvreté et le mépris. 

    Cette approche, volontiers qualifiée de « radicale » par Bruno Tardieu, lui vaut parfois, après la fondation d’ATD Quart Monde, quelques différends avec d’autres associations, comme Emmaüs ou les Restos du Cœur. Même s’il collabore avec elles, il ne partage pas toutes leurs orientations : plus que des dons matériels, il cherche d’abord à apporter à ces populations les moyens de s’émanciper.

    Au Centre international d'ATD Quart Monde, à Méry-sur-Oise, le "mur du courage" est fait de carreaux d'argile réalisé par ceux que l'association a aidés RFI/Fabien Leboucq

    Prêtre et ouvriers

    S’il choisit de rejoindre le séminaire à 19 ans, et qu’il finit par être ordonné prêtre après la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi parce que le futur fondateur d’ATD Quart Monde est un homme de spiritualité. Amie de longue date du père Joseph – comme beaucoup l’appellent affectueusement – Huguette Redegeld raconte en souriant : « Il croyait en Dieu, mais il disait qu’il aurait aussi bien pu devenir musulman s’il était né ailleurs ». Dans la plupart des centres d’ATD Quart Monde, une même pièce sert de salle de prière à toutes religions – appelée « salles de silence », elle peut aussi être utilisée par les athées qui veulent se recueillir.

    Pendant sa première décennie de prêtrise, à partir de 1946, Joseph Wresinski rend l’office dans les paroisses ouvrières et rurales. A Tergnier, dans l’Aisne, au nord-est de Paris, il se lie d’amitié pour des cheminots. Dans le petit village de Dhuizel (Aisne), où il est ensuite nommé curé, il fait rénover l’église. Quand il le peut, il récolte les betteraves avec des travailleurs saisonniers venus d’autres pays européens. Il se veut proche des milieux les moins favorisés : « A la messe, il demandait aux ouvriers de s’asseoir aux premiers rangs. Ils n’en avaient pas l’habitude, et les bourgeois s’agaçaient d’être relégués derrière », s’amuse Bruno Tardieu. 

    « Joseph Wresinski avait remarqué que dans l’Histoire, les pauvres disparaissaient, qu’on n’attendait rien d’eux », poursuit le responsable d’ATD Quart Monde. Si dans sa prime jeunesse, le fondateur du mouvement s’est rapproché des Jeunesses communistes, il leur a rapidement préféré les Jeunesses ouvrières catholiques (JOC). « Il a toujours respecté la lutte des classes et les idées marxistes, mais il reprochait aux intellectuels communistes d’avoir confisqué la lutte, d’avoir toujours préféré les travailleurs et d’avoir exclu les plus démunis de leur combat », explique Bruno Tardieu.

    Les années à Noisy

    En 1956, Joseph Wresinski a l’opportunité d’aller officier dans le camp des sans-logis de Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne. Dans Les Pauvres sont l’Eglise (1983), Joseph Wresinski raconte son arrivée au camp de Noisy, où vivent 2000 personnes :

    « Devant ce vide, je me suis dit : " autrefois les sources d’eau, les croisements de routes, un clocher, une industrie réunissaient les Hommes. Ici, les familles sont rassemblées par la misère " (…) J’avais affaire à une misère collective. D’emblée j’ai senti que je me trouvais devant mon peuple. Cela ne s’explique pas, ce fut ainsi. Dès cet instant ma propre vie a pris un tournant. Car, ce jour-là, je me suis promis que si je restais, je ferais en sorte que ces familles puissent gravir les marches du Vatican, de l’Elysée, de l’ONU (…) J’ai été hanté par l’idée que jamais ces familles ne sortiraient de la misère aussi longtemps qu’elles ne seraient pas accueillies dans leur ensemble, en tant que peuple, là où débattaient les autres Hommes. »

    La maquette du camp de Noisy-le-Grand, au Centre international d'ATD Quart Monde, là où le père Joseph a créé le mouvement RFI/Fabien Leboucq

    Joseph Wresinski s’installe pour plusieurs années avec les 250 familles de Noisy-le-Grand. A son arrivée, les routes sont de terre battue, il n’y a que deux points d’eau dans le camp, et pas d’électricité. Avec l’aide des habitants et de volontaires venus de France et d’ailleurs, le père Joseph fait construire un jardin d’enfants, une bibliothèque, une chapelle, un atelier, une laverie. Un salon d’esthétique et de coiffure voit aussi le jour, pour rendre aux démunis leur dignité.

    En 1957, un an après son arrivée, il lance avec quelques amis et bénévoles « Aide à toute détresse ». Petit à petit, Joseph Wresinski attire l’attention sur la situation déplorable de Noisy. Soutien de poids, Geneviève Antonioz-de Gaulle, la nièce du général, alors président de la République, se joint à lui, et accepte la présidence d’ATD. « C’était l’une des forces du père Joseph, remarque Bruno Tardieu. Il savait parler aux gens qui n’étaient pas du même milieu que lui, et les convaincre d’aider les plus démunis. »

    Un combat politique

    En 1979, Joseph Wresinski intègre le Conseil économique et social français (CES), où siègent les représentants des syndicats, des patrons, de la société civile. « Il croyait dans les institutions, il pensait qu’elles devaient bénéficier à tous, et que les plus pauvres y avaient leur place », observe Bruno Tardieu. « Joseph Wresinski bousculait les gouvernements, il bousculait les Parlements, et à partir du moment où il se mettait dans la partie, la partie changeait de nature », a aussi écrit à son propos Jacques Chaban-Delmas, ancien Premier ministre français, en 1998.

    Le père Joseph est chargé par le CES de rédiger un rapport sur la pauvreté qui fera date : en 1987 paraît Grande pauvreté et précarité économique et sociale. A des degrés divers, ce document inspire en France de nombreux dispositifs d’aide : Revenu minimum d’insertion (RMI), Couverture maladie universelle (CMU), ou plus récemment la législation concernant le Droit au logement (Dalo).

    Mais le Rapport Wresinski trouve un écho bien au-delà des frontières françaises. Huguette Redegeld, a rejoint Joseph Wresinski à Noisy-le-Grand comme volontaire. Elle est ensuite devenue son assistante et son amie. Elle l’a suivi à New-York ou à Genève, quand il allait rencontrer des responsables de l’Organisation des Nations unies (ONU), ou de son Fonds pour l’enfance (Unicef). C’est là, dans les plus hautes instances internationales que Joseph Wresinski a su installer l’idée que la pauvreté et l’exclusion sont des atteintes aux droits humains fondamentaux.

    « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Cette déclaration du fondateur d’ATD Quart Monde est gravée dans le marbre du Trocadéro, en face de la tour Eiffel, à Paris. C’est sur cette esplanade que le 17 octobre 1987, la même année que la publication du rapport Wresinski, 100 000 personnes se réunissent à l’appel du père Joseph. Depuis, le 17 octobre est devenu la journée internationale de refus de la misère. Cette même misère dont Joseph Wresinski disait qu’elle est « l’oeuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire ».

    Au Centre international d'ATD Quart Monde, à Méry-sur-Oise, le bureau de Joseph Wresinski n'a presque pas changé depuis sa disparition RFI/Fabien Leboucq

    Voyageur engagé

    Avec ses proches, Joseph Wresinski ne mâche pas ses mots : « Parfois il s’emportait, il était très attaché à ce que nous respections les gens que nous aidions », se rappelle Huguette Redegeld. Selon Bruno Tardieu, « il était très exigeant, mais en même temps sincèrement fraternel ».

    Et son travail au sein d’ATD ? « Il disait souvent en riant qu’il avait une fonction de " bouche-trou ", et c’était un peu vrai », confie celle qui l'a suivi pendant des années. Quand il est à Méry-sur-Oise, où l’association a rapidement pris ses quartiers, et où elle possède depuis son Centre international, qui accueille de nombreux volontaires, Joseph Wresinski passe beaucoup de temps à répondre aux courriers. « Il faisait le lien entre toutes les équipes », détaille Huguette Redegeld. Cela suppose aussi de voyager énormément : il visite les volontaires d’ATD aux quatre coins du globe.

    Dans le bureau du père Joseph, à Méry-sur-Oise, une carte du monde est parsemée d’une vingtaine de punaises multicolores entre lesquelles des fils sont tendus. « Ce sont tous les endroits où ATD Quart Monde possède des équipes, mais elle n’a pas été mise à jour depuis longtemps», précise l'ancienne assistante de Joseph Wresinski. La pièce est demeurée plus ou moins intacte depuis la disparition du fondateur d’ATD Quart Monde. Son bureau, les étagères, et même les rebords de fenêtre débordent de souvenirs, ramenés de ses pérégrinations humanitaires. Entre les pièces de musée et les gris-gris, impossible de faire la différence, «  mais toutes ont une histoire  », assure Huguette Redegeld.

    Le père Joseph s’est rendu à l’ONU, il a fait rencontrer le pape Jean-Paul II à des personnes qu’aidait ATD Quart Monde, il a foulé les cinq continents et est passé sous les ors de nombreux palais présidentiels ou parlementaires. Malgré ses voyages, il ne parlait que français. «  Il a essayé d’apprendre à parler anglais, mais il a commencé tardivement, et n’a jamais réussi, ça le désolait », se souvient son amie. Et de s’aventurer : « Mais peut-être qu’au fond ça ne le gênait pas de dépendre des interprètes ». C’est d’ailleurs l’une des grandes leçons de vie que Joseph Wresinski a données à ceux qui l’entouraient : si on pouvait compter sur lui, lui aussi, comme tout un chacun, avait besoin des autres pour mener à bien ses combats.

    → A lire aussi : ATD Quart Monde: 2017, une année pour commémorer, mais surtout pour agir

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.