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    Les propos d’Emmanuel Macron sur la colonisation en trois questions

    media Emmanuel Macron à Alger, le 13 février 2017. REUTERS/Ramzi Boudina

    En déclarant dans une interview à une télévision privée algérienne que «la colonisation est un crime contre l’humanité», Emmanuel Macron a provoqué des réactions indignées en France. «C’est indigne d’un candidat à la présidence», a répliqué François Fillon. «Le crime, c’est Emmanuel Macron qui vient de le commettre», a déclaré de son côté Marine Le Pen.

    ■ Pourquoi les propos d’Emmanuel Macron ont-ils provoqué une telle levée de boucliers ?

    Jamais un homme politique français n’avait utilisé un terme aussi fort au sujet du passé colonial de la France. En 2007, à Constantine, Nicolas Sarkozy avait parlé d’un « système injuste par nature ». En 2012 à Alger, François Hollande avait dénoncé un « système profondément injuste et brutal ». Mais en qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité », Emmanuel Macron va beaucoup plus loin.

    Dans l’opinion publique, le terme « crime contre l’humanité » renvoie aux crimes de masse commis par les Allemands et les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, ou plus récemment au génocide rwandais et aux massacres dans le Darfour. Et le chef de l’Etat soudanais, Omar el-Béchir, est poursuivi actuellement par la CPI pour « crime contre l’humanité ».

    L’accusation est lourde. Est-elle fondée sur le plan du droit ? Beaucoup en doutent. La ministre écologiste Emmanuelle Cosse, par exemple, déclare : « Je n’utiliserais pas ce terme, parce que c’est une notion juridique très particulière et parce qu’il faut utiliser les bons mots au bon endroit. » L’accusation est–elle fondée sur le plan moral ? Ça, c’est un débat politique.

    ■ Est-ce nouveau de dire que la France doit présenter des excuses pour la colonisation ?

    En déclarant dans cette même interview que la France doit présenter des excuses aux victimes de la colonisation, Emmanuel Macron adopte également une position inédite. En 2012 à Alger, François Hollande avait reconnu « les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien », mais a refusé de présenter des excuses. Depuis cinq ans, la ligne Hollande, inspirée par l’un de ses proches, l’historien Benjamin Stora, est : « reconnaissance, oui, repentance, non. »

    Et cette ligne s’applique aux massacres commis par la France coloniale, à Thiaroye au Sénégal en 1944, à Madagascar en 1947 et au Cameroun dans les années 1950 et 1960. Lors de visites dans ces trois pays, François Hollande a rendu hommage aux victimes, mais n’a pas présenté d’excuses. Pour l’historien Thomas Deltombe (1), le chef de l’Etat français est même dans « une logique de minimisation, d’euphémisation, voire de maquillage ».

    Si demain Emmanuel Macron est élu président, beaucoup de Maghrébins et de Sub-Sahariens vont certainement demander à la France comment elle entend rendre justice aux victimes de ces massacres, qui, aux yeux du candidat d’En Marche!, sont a fortiori des « crimes contre l’humanité ».

    Faut-il voir dans les propos d’Emmanuel Macron et dans les réactions qu’ils ont suscitées des stratégies électoralistes ?

    Les déclarations du candidat à la présidentielle ont entraîné à droite et à l’extrême droite des réactions parfois violentes. Emmanuel Macron « méprise la souffrance du million de déracinés d’Algérie qui ont fait le choix de la France en 1962 », a ainsi déclaré l’ancien ministre de la Défense Gérard Longuet, en faisant allusion aux « pieds noirs » et aux harkis. Une tentative d’emmener Emmanuel Macron sur un terrain idéologique très conflictuel, celui de la concurrence des victimes.

    Evidemment, on peut y voir des arrière-pensées électoralistes. En dénonçant fortement la colonisation depuis Alger, le candidat Macron peut viser, comme l’avait fait le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande il y a onze ans dans la même vile d’Alger, l’électorat franco-algérien, qui pèse dans une présidentielle française. Et en réagissant de façon si déterminée, le candidat Fillon peut viser l’électorat des rapatriés d’Algérie et de leurs enfants.

    D’une certaine façon, sur ce terrain, Macron et Fillon rejouent le match Hollande-Sarkozy de 2012. Mais au-delà, on voit chez Fillon et Macron deux visions de la France. En mai 2009 à Yaoundé, le Premier ministre François Fillon avait déclaré que les crimes reprochés à l’armée française au Cameroun étaient « une pure invention ». En août dernier, le même Fillon a lancé : « La France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique. » Dans son approche de l’histoire, le candidat des Républicains veut donc privilégier le « roman national ».

    Emmanuel Macron, lui, semble aux antipodes de cette vision. Il veut s’imposer un devoir de vérité douloureuse. Comme son ex-mentor François Hollande, il prétend regarder l’histoire en face et pourrait reprendre ce mot de l’actuel chef de l’Etat, lors d’une visite au Sénégal en octobre 2012 : « Comme toute nation, la France se grandit lorsqu’elle regarde lucidement son passé. » Dans son approche, le candidat Macron veut donc regarder le passé de la France avec « lucidité » et n’hésite pas à s’engager sur le terrain miné de la repentance. De ce point de vue, il rejoint certains courants de la gauche française qui ont une forte sensibilité anticolonialiste. Et tout à coup, la campagne du candidat « ni gauche ni droite » prend un virage à gauche toute.

    (1) La guerre du Cameroun. L’invention de la Françafrique, Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, Editions la Découverte, novembre 2016

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