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    France

    Sortir l’agriculture du salon… et de la crise

    media La manifestation consacrée à «l’exception agricole» s’est déroulée, pour la première fois, le 25 février au Carreau du Temple à Paris. Photo: RFI/Guélia Pevzner

    Pendant que se tient à Paris le 54e Salon international de l’Agriculture, une manifestation Sortons l’agriculture du Salon, s’est déroulée le 25 février à Paris. Organisée à l’initiative du magazine Alimentation générale, elle introduit le nouveau concept de « l’exception agricole ». François Collart-Dutilleul, professeur émérite de droit, et responsable scientifique du programme de recherche Lascaux sur la sécurité alimentaire, explique pourquoi il est indispensable de considérer le produit agricole comme un bien culturel.

    RFI : Nous connaissons l’exception culturelle qui concerne notamment le cinéma. Qu’est que « l’exception agricole » ?

    François Collart-Dutilleul : L’exception culturelle laisse sur nos écrans de la place au cinéma français ou autres cultures. Il était temps de faire en sorte pour que les différentes cultures agricoles coexistent et s’épanouissent également.

    L’agriculture a suivi une évolution qui inquiète tout le monde, les agriculteurs et les mangeurs. Il y a comme un abattement dans un monde agricole : de moins en moins d’agriculteurs et encore moins de satisfactions des mangeurs vis-à-vis de ce qu’ils mangent. L’agriculture est inquiétante, car elle est dans l’excès. Notamment dans l’excès d’intrants qui fait de notre nourriture un mélange de la nature et de chimie. Quand on va faire nos courses, on voit de moins en moins la nature derrière ce qu’on mange. L'agriculture est aussi inquiétante car il y a des pays où elle ne décolle pas, au point que parmi 800 000 000 personnes dans le monde qui sont en sous-alimentation, deux tiers sont des ruraux. N’est-ce pas un paradoxe ? Et quand on suit les statistiques de la FAO, il y a 4 milliards de personnes malades soit de malnutrition, soit de sous-nutrition, soit de l’obésité.

    Nous essayons de comprendre pourquoi, et surtout comprendre de manière positive, c’est-à-dire non pas revenir en arrière, mais aller vers l’agriculture qui soit en phase avec la nature d’un côté et la nourriture de l’autre.

    La photographe Alexa Brunet Herman a mis en scène les dérives de l'agriculture conventionnelle. Photo: RFI/Guélia Pevzner

    Y a-t-il déjà des pistes de solutions de ces problèmes ou Sortons l’agriculture du Salon est pour le moment un constat et un état des lieux ?

    François Collart-Dutilleul : On sait qu’on ne peut pas sortir du malaise dans lequel l’agriculture est plongée sans politiques publiques volontaires. Sauf que quand il y a l’intervention de l’Etat, c’est vite catalogué comme maladie mortelle qui s’appelle le protectionnisme, alors que le médicament, nous dit-on, ne peut être que le libre-échange. La solution, c’est de les assortir ensemble. Le marché seul, s’il est nécessaire, ne permet pas de surmonter ces multiples crises sanitaires, économiques ou environnementales. Ce n’est pas en soi l’unique cause de ces problèmes, mais ce n’est pas non plus la solution.

    Et il y a des pistes de réflexion. Pourquoi par exemple ne pas utiliser les capacités immenses des pouvoirs locaux ? Ce qu’on ne peut pas réussir à l’échelle du monde ou d’un pays, on peut le réussir à l’échelle de la communauté locale. Ne serait-ce que la restauration collective qui est un levier très puissant pour les politiques publiques qui vont transformer l’agriculture et que nous étudions dans le programme Lascaux. Il n’y a en France 3 milliards de repas par an et 17 milliards de budget. Supposons qu’une ville passe des contrats avec des agriculteurs locaux pour qu’ils utilisent moins d’intrants chimiques, pour qu’ils produisent de la qualité et pour que ces produits puissent alimenter la restauration collective. On aura la nature plus propre et les enfants mieux nourris.

    Comment les accords internationaux comme Tafta ou Ceta s’inscrivent dans cette démarche de recherche de cadre juridique pour l’exception agricole ?

    François Collart-Dutilleul : C’est une fuite en avant. On a d’un côté, tous les Etats du monde qui signent, la main sur le cœur, les textes sur les droits de l’homme ou encore sur le changement climatique. Et de l’autre côté, les mêmes Etats qui concluent les traités commerciaux et les accords de libre-échange qui ne vont pas dans le sens des règlements de ces difficultés ni vers le développement de l’agriculture humaniste. Nous sommes à un carrefour et nous devons choisir entre deux voies. Pour sortir de la difficulté, est-ce qu’on doit accentuer la libéralisation du secteur économique agricole ou aller vers l’interventionnisme des Etats et des organismes internationaux ?

    La direction que le monde du pouvoir choisit pour le moment, c’est le libéralisme accentué. Pour sortir, il faut plus de commerce et donc plus de libre-échange, il faut libérer les finances, alimenter les investissements, baisser les normes sanitaires et sociales pour réduire les coûts et être plus compétitifs, telle est la logique d’aujourd’hui. On conduit la voiture depuis la Seconde Guerre mondiale, et on pense que pour aller plus loin, il faut aller plus vite. Sauf que quand on va trop vite, on risque d’avoir un accident. Ne faut-il pas commencer par revoir le Code de la route ? Bien sûr c’est des contraintes, des normes, des règles, c’est du droit, c’est pesant. Mais, avec le Code de la route, quand je prends la voiture, j’ai toujours le moyen d’aller ou je veux, mais avec un sentiment de sécurité.

    Le salon organise des tables rondes avec des acteurs de la démocratie alimentaire, qu’ils soient paysans, cuisiniers, artisans, intellectuels, scientifiques, artistes ou, plus simplement, citoyens-mangeurs. Photo: RFI/Guélia Pevzner

    En octobre 2016, vous étiez un des observateurs officiels du tribunal Monsanto qui s’est tenu à La Haye. Cette initiative, a-t-elle permis d’avancer vers ce modèle de l’agriculture humaniste et de condamner ce que les organismes citoyens considèrent comme crime de Monsanto ?

    François Collart-Dutilleul : L’important ce n’était pas Monsanto, cela pouvait être une autre compagnie. D’ailleurs, on ne sait pas aujourd’hui si l’entreprise continuera d’exister ou sera absorbée par Bayer. Mais ce n’est pas un hasard si une entreprise chimique absorbe une entreprise semencière. Actuellement certaines multinationales qui travaillent en amont de l’agriculture, avec des semences et des entrants, sont plus puissantes que certains Etats, ils dominent le marché. Soit on accentue ce système agrochimique, soit on cherche des voies alternatives.

    Lors du tribunal Monsanto on a pesé les pour et les contre. Pour une fois, on a dit quels sont les inconvénients de ce système. On connaît bien les avantages de Monsanto et de la révolution agricole des années 1990 avec l’augmentation de la productivité et de la masse de l’alimentation. Le tribunal Monsanto était l’occasion de réfléchir aux aspects négatifs, aussi bien pour la santé humaine, que pour l’environnement ou la santé du secteur économique d’agriculture.

    L’essentiel était de faire défiler les victimes et les experts qui faisaient l’état de ces dommages. Pour la première fois, on a vu les mères de famille de France, Argentine ou des pays d’Asie qui se retrouvaient pour constater que leurs enfants qui avaient des malformations avaient les mêmes. On a démontré que ces enfants, élevés dans différents pays du monde, ont grandi dans les mêmes environnements caractérisés par l’utilisation de la chimie lourde. Et on a réussi à établir la causalité avec des dommages sanitaires. Pour la première fois, les victimes de tous les coins du monde se sont retrouvées. Il y avait aussi des agriculteurs d’Afrique, d’Asie ou d’Europe qui racontaient des dommages environnementaux ou sociaux liés à la même cause. Tout d’un coup, il y a eu une prise de conscience. Cela ne condamne pas les multinationales, il ne faut pas les diaboliser, mais on ne peut pas laisser gouverner le monde par des compagnies qui n’auront pas la même responsabilité de l’intérêt général que les politiques publiques. Le tribunal Monsanto était l’occasion de le montrer au monde.

    Existe-t-il des textes qui transcrivent la décision des juges  ?

    François Collart-Dutilleul : Les recommandations sortiront vers la mi-avril. On les attend avec impatience.

    → A (re) écouter :Première participation du Togo au Salon international de l’Agriculture de Paris (Afrique Economie)

    → A (re) voir : [Webdoc] A la recherche des semences perdues

    La manifestation a réuni plusieurs producteurs qui cherchent des nouvelles voies vers l'agriculture humaniste. Photo: RFI/Guélia Pevzner

     

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