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    France

    Mémona Hintermann: «On est en direct, pas en live!»

    media Memona Hintermann est entrée au CSA en 2013. © Manuelle Toussaint/CSA

    Ce lundi 20 mars marque la Journée de la langue française dans les médias audiovisuels, événement auquel s’est associé RFI. A cette occasion, nous avons interrogé Mémona Hintermann, membre du CSA depuis 2013. Cette ancienne grand reporter est d’autant plus attachée au bon usage du français que le créole est sa langue maternelle.

    Mémona Hintermann, à quoi sert-elle cette Journée de la langue française dans les médias audiovisuels ?
    La journée de la langue française, c’est comme le 14 juillet. Le 14 juillet a été proposé pour que l’on se souvienne que l’on est tous à égalité sous le drapeau de la République, quelles que soient nos couleurs, nos origines, etc. La langue française, c’est pareil ! Au moins une fois par an, on doit sonner le tocsin en disant : « Halte ! On est Français, on parle une langue ; cette langue elle doit nous servir à nous relier les uns aux autres ». Ce n’est pas plus ambitieux que ça. Vu les circonstances, si une fois par an les télés et les radios se disent « il faut être civiques et rappeler que la langue c’est le lien entre chaque personne qui compose notre pays », alors on aura au moins servi à s’en souvenir. Pas plus.

    Concrètement vous faites comment ?
    Concrètement, la loi du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) sur l’audiovisuel demande au CSA de faire respecter l’usage de la langue française et le bon usage de la langue française dans les médias. La difficulté, c’est que comme il n’y a pas de sanctions assorties à cette obligation, on en est réduit à faire de grands signes d’amitié en disant : « écoutez, soyez sympas, qu’on s’exprime à peu près correctement en français ». Il n’y a pas de sanctions, donc ça marche sur la bonne volonté, au fond. Moi, depuis que je suis au CSA, je n’ai jamais assisté à une décision qui pourrait faire justifier la réputation du CSA comme le gendarme de l’audiovisuel. Sur la langue française, c’est basé sur de l’incitation et sur un côté civique. Parce qu’on ne peut pas laisser tomber ce ciment qui nous relie, je le crois profondément.

    Le principal « envahisseur », c’est l’anglais évidemment …
    Oui, mais ce n‘est pas propre à la France d’ailleurs. Je le vois pour l’Allemagne par exemple. Lorsque je regarde la ZDF ou l’ARD [deux chaînes du service public allemand ; NDLR] je me rends compte qu’il y a énormément de mots anglo-saxons dans les programmes allemands. Moi-même, je suis une créole [Mémona Hintermann, née Afféjee, est native de La Réunion où elle a passé toute son enfance et son adolescence; NDLR]. J’ai appris le français à l’école, pas à la maison. Le verbe être et le verbe avoir, c’est à l’école que je les ai appris. Je sais combien c’est extrêmement précieux d’avoir le créole, la langue de mon cœur, et le français qui est ma langue de travail, la langue du rêve mais pas toujours. Le français pour moi est une obligation pour m’insérer dans la société. Et je me souviendrai toujours de mon instit en CM2 qui nous disait : « les enfants, si vous allez à Paris et que vous parlez en créole, personne ne va vous comprendre ». Moi, cela m’avait mis en alerte. Je me suis dit que si je voulais un jour quitter mon île, aller faire quelque chose de ma vie, j’étais obligée d’apprendre cette langue qui est la mienne. Donc, cette langue, c’est une langue de conquête pour moi. Ce n’est pas ma langue d’origine. Je sais que c’est difficile de parler français. C’est une langue redoutablement compliquée. Moi-même, très souvent, étant créole, ne rêvant qu’en créole et ne parlant que le créole correctement, je fais très attention. Je suis un peu comme dans des chaussures très serrées quand je m’exprime en français. Surtout si je suis dans un milieu avec des gens qui ont reçu le français en héritage, dans leur biberon et leur berceau, je fais très gaffe parce que je sais qu’ils vont rire si je fais une faute. On est tous, nous, surtout les enfants de 'l’humus français venant du grand large', on est tous en train de faire attention parce que l’on se dit tous « si on fait une faute, ils vont détecter qu’on n’est pas vraiment de chez eux ».

    Et pourtant, en ce qui concerne les anglicismes, il y a pratiquement toujours un mot français qui correspond. Mais, bizarrement, tous n’impriment pas de la même manière. Si « ordinateur » est bien resté face à « computer » (ce qui n‘est pas le cas dans beaucoup d’autres langues), peu de gens par exemple envoient des courriels. Ils envoient des e-mails, ou des mails ….
    Et c’est pareil pour smartphone (‘ordiphone’ ou ‘terminal de poche’ et non ‘téléphone intelligent’ selon la définition parue au Journal officiel le 27/12/2009 ; NDLR). Et cela vaut pour quantité d’autres mots !

    C’est parce que l’anglais propose en général des mots plus courts, plus compacts, vous pensez ?
    Je crois que c’est surtout par paresse. Je vois combien dans les réunions de travail, l’usage de l’anglais est extrêmement fréquent. Et à quel point c’est compliqué de lutter contre cet envahissement. Parce qu’il y a aussi un phénomène de mimétisme, particulièrement dans le professions de l’audiovisuel où il y a un laisser-aller très constant. Moi, je ne pourrais pas faire ce que Patrice Gélinet [son prédécesseur chargé de la défense de la langue au CSA; NDLR] faisait à longueur de temps, c’est-à-dire faire la chasse aux anglicismes. Parce que vous n’êtes pas réellement pris au sérieux quand vous faites ça. On considère que c’est un peu exagéré. Pourtant, non, ce n’est pas exagéré de dire « attention exprimez-vous en français ! ». Tous les jours, je constate combien il y a d’abus de l’usage de l’anglais dans le monde de l’audiovisuel. Et pas seulement de la part des journalistes et des animateurs mais aussi des dirigeants. Moi, je ne suis pas l’instit’ qui va aller leur dire « attention, employez tel mot à la place de tel autre, hein ! » Mais je comprends que ce doit être compliqué pour eux parce que ces gens qui dirigent l’audiovisuel manient, pour beaucoup, un franglais très contant. Alors comment voulez-vous qu’ils donnent le la pour qu’on essaie de faire un usage plus évident, plus correct, plus naturel du français ? C’est un combat très compliqué. Ne croyez pas que je sois angélique. Je ne tombe pas dans le panneau. Je sais combien c’est compliqué dans l’audiovisuel de dire « attention on a une langue, il faut l’employer, il faut l’utiliser ! ». Si on continue, le français deviendra une sorte de coquetterie réservée à un petit groupe, un petit nombre de gens qui emploieront correctement la langue. C’est dramatique ! C’est dramatique parce que c’est quelque chose qui nous est très précieux à tous ! Si on laisse aller, seuls les gens qui auront eu la culture dans la famille ou à l’école continueront à parler une langue très châtiée, ou en tous cas une langue à peu près correctement établie.

    Quel est l’anglicisme qui vous agace le plus, dans l’audiovisuel ?
    Le live. Le live ! Moi j’ai toujours dit – j’ai été reporter pendant des années et des années – « j’ai un direct » ou « je fais un direct ». A un moment j’ai entendu parler du live. Maintenant tout le monde parle du live. Mais c’est un direct, point ! Je trouve ça ridicule !

    Et, cette année, le CSA veut mettre en particulier l’accent sur les mots du numérique. Or, beaucoup de monde, y compris dans les médias, emploie le mot « digital » à la place de « numérique » …
    Il y a des gens qui pourraient donner le bon exemple. On n’est pas à l’école, d’accord. Mais il faudrait qu’eux-mêmes se comportent correctement, pour que le public, plus vaste, se comporte correctement aussi dans l’usage de la langue. Or, je regarde et j’écoute le langage des dirigeants, notamment du monde économique et j’en déduis que, pour eux, cela doit visiblement faire plouc que de parler français.

    Le slogan, pour les Jeux olympiques Paris 2024 « made for sharing » qu’est-ce que vous en pensez ?
    Ah, ah ! (accablée) Je préférerais leur proposer quelque chose en créole.

    Et cela donnerait quoi ?
    Oté nou va partaz à lu !

    Pardon ?
    Je vais vous l'épeler : oté-nou-va-partaz-à-lu !

    Bien compris. Mais l’excuse, c’est que les membres du CIO qui votent pour l’attribution des Jeux sont plus anglophones que francophones ….
    Ce n’est pas une raison. Encore une fois, faisons attention parce que, finalement, si on continue comme ça, seuls ne pourront s’exprimer correctement en français que ceux qui auront les moyens économiques de le faire. Et tout le reste sera un vaste mouvement de laisser-aller. Et c’est une créole qui vous parle ! Et une créole qui a appris le français à l’école. Et qui se bat chaque jour encore pour apprendre ce français qui est si compliqué.

    La délégation de la langue française au ministère de la Culture a mis au point un excellent outil qui s’appelle France Terme, pourriez-vous nous en dire plus ?

    Oui, c’est un excellent outil en ligne puisque c’est une base de données qui recense tous les néologismes qui ont été avalisés par le Journal officiel. C’est donc un site de référence. Sans faire de publicité, personnellement je fais aussi souvent les tests du Figaro, Figaro quiz, sur la langue française et j’avoue que je me fais souvent piéger…

    Comme diraient les Anglais: personne n'est parfait...

    Absolument !

    Deux liens utiles
    • Trouvez l'équivalent en français correct au mot que vous cherchez en cliquant ici sur le site de France Terme
    • Proposez vous-même un équivalent français à un néologisme en cliquant ici sur le site d'enrichissement de la langue française wikiLF
    • Parcourez en cliquant ici le site de l'Office québecois de la langue française qui est une mine d'informations, particulièrement à propos de la traduction des mots usuels anglophones en bon français.
    Quelques anglicismes usuels dans les médias

    Digital : numérique
    Business : activité commerciale
    Scoop : exclusivité
    Sponsor : mécène
    Dealer : trafiquant de drogue
    En Live : en direct
    Vintage : rétro
    Challenge : défi
    Customiser : personnaliser
    Deadline : date-butoir
    Buzz : retentissement médiatique
    Pitch : présentation
    Booster : accélérer
    Burn-out : épuisement professionnel
    Best-seller : succès de librairie
    Prime-time : heure de grande écoute
    Briefing : réunion préparatoire
    Débriefing : réunion bilan
    Racket : extorsion de fonds
    Jet set : gratin mondain
    Check-list : pense-bête
    Lobby : groupe de pression
    Fact-checking : vérification des faits

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