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    France

    Guyane: les patrons entre solidarité et inquiétude pour l'activité

    media Stéphane Lambert, le président du Medef en Guyane, faisait partie des militants qui ont bloqué le centre spatial de Kourou. jody amiet / AFP

    La trentaine de militants qui occupaient « symboliquement » depuis mardi le Centre spatial de Kourou l'ont quitté mercredi 5 avril. Cependant, la mobilisation continue en Guyane. Le Medef, qui reste solidaire au mouvement, s'alarme pourtant de cette situation pour les entreprises locales et demande la reprise de l'activité économique.

    Avec notre envoyé spécial à Cayenne, Pierre Olivier

    Le mouvement social est-il en train de se morceler ? « Non, absolument pas », assure-t-on au Mouvement des entreprises de France, le Medef. Stéphane Lambert, son représentant local, affirme d’ailleurs qu’il n’a aucun moyen d’imposer quoi que ce soit, mais que la reprise de l’activité économique est simplement une suggestion.

    Cependant, en demandant à ce que les barrages routiers soient ouverts à certaines heures pour laisser passer les salariés, le Medef est le premier syndicat du mouvement à mettre en cause ce mode d’action, et par voie de conséquence, la poursuite de la mobilisation.

    Pour Stéphane Lambert, deux raisons expliquent ce choix. D’abord, la Guyane tourne au ralenti depuis deux semaines et de plus en plus d’entreprises voient leurs dettes exploser, sans aucune rentrée d’argent. Ensuite, il y a l’occupation du Centre spatial dans la nuit de mardi à mercredi 5 avril qui a fortement déplu au syndicat patronal. « Nous voulons que la mobilisation reste dans un cadre républicain. Si c’était à refaire, je ne serais pas resté toute la nuit dans cette salle », tempère le représentant du Medef.

    Conscient du tournant que cette demande d’assouplir les barrages routiers représente, le Medef assure qu’il reste solidaire des revendications malgré tout. Mais en filigrane il prévient : ce qui amènera la division, ce n’est pas notre syndicat, mais les milliers de salariés du privé qui ne seront pas payés à la fin du mois.

    Les chefs d’entreprise inquiets

    En effet, pour les chefs de petites et moyennes entreprises, la situation est de plus en plus difficile à gérer. En l'absence d'activité, certains ne savent pas comment ils vont payer leurs salariés.

    Depuis deux semaines, dans la zone industrielle de Cayenne, il règne d’ailleurs un silence inquiétant. Olivier Bernard, le patron d’Octopussy, une entreprise de BTP, déplore ce « calme désespérant ». Sa comptable, l’une des rares employés à travailler, est très inquiète. Octopussy perd en effet 15 000 euros par jour : « Là, actuellement, il n’y a pas de chiffre d’affaires du tout, donc on essaie de s’en sortir avec nos créances. On a réussi à payer les salaires du mois dernier, mais on a quand même des doutes pour la fin de ce mois-ci. »

    Si la grève s’éternise, le directeur Olivier Bernard sait que les jours de son entreprise seront comptés, mais en même temps, il veut encore rester solidaire du mouvement. « On essaie de discuter avec les gens qui sont dans les rues, parce qu’il faut bien voir qu’on est quand même tous très soudés, assure-t-il. On essaie de leur dire : "on est d’accord avec vous, mais ne faisons pas mourir les petites entreprises". Je pense que si on ne sort pas de la crise d’ici huit jours, on va avoir une cascade de faillites. »

    Reste à savoir si les collectifs prendront en compte cette situation, sans quoi l’unité de la mobilisation pourrait commencer à se morceler.

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