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    France

    Emmanuel Macron chez les Canuts de Lyon

    media Place de la Croix Rousse, Lyon RFI/Stéphane Lagarde

    « Si la Croix Rousse est un village, c’est un village avec un très bon hôpital. » Le bon mot revient à Éric, le coiffeur aux lunettes rouges de la rue d’Austerlitz que nous avons croisé lors d’une matinée de reportage dans ce quartier historique des ouvriers soyeux perché sur les hauteurs de Lyon. Éric comme d’autres résidents du « village », rejoindra les marcheurs du grand Lyon ce dimanche 9 avril à partir de 14h pour un nouveau défilé en soutien à Emmanuel Macron. Ce blog « Carte d’électeurs », servant aussi de coulisses ou de making off - c’est plus chic -, à nos reportages, voici quelques portraits, citations et questions que nous n’avons pas eu la place de mettre dans la chronique diffusée sur nos antennes ce vendredi.

    Distribution de tracts sur la place de la Croix Rousse. Les grandes fenêtres des maisons Canuts, qui autrefois permettaient de faire entrer les métiers à tisser, clignent de l'œil devant un carrousel encore endormi. Badges du mouvement blanc, noir et bleu à la boutonnière, ils sont trois ce matin-là à distribuer le programme d’Emmanuel Macron. Difficile d’arrêter le pas pressé de la foule, en marche elle aussi, et aussitôt avalée par la bouche de métro. Grand sourire, Pierre Vaschalde ne se laisse pas décourager. C’est une nouvelle vie qui commence pour ce tout jeune retraité, âgé de 68 ans. Il y a un an quasi jour pour jour, cet ancien ingénieur et entrepreneur adhérait au mouvement lancé par Emmanuel Macron. Sept mois plus tard, en octobre 2016, il créait le comité « En Marche ! » de la Croix Rousse, dont il est aujourd’hui l'animateur. Cinq personnes à la première réunion, 8 à la deuxième, pour arriver aujourd’hui à 140 adhérents. Le comité de la Croix Rousse est le plus important des 180 comités « En Marche ! » du grand Lyon et du Rhône.

    Macron, le "social libéral"

    Pierre Vaschalde, animateur du comité "En Marche !" de la Croix Rousse à Lyon RFI/Stéphane Lagarde

     
    « Je n’avais jamais fait de politique avant, quand j’ai créé ce comité j’ai rencontré des gens divers et très sympathiques et on a partagé des bons moments, explique Pierre Vaschalde. "En Marche !" nous envoie des fiches de réflexion sur la santé, le travail etc. Mon rôle d’animateur c’est de faire remonter le fruit de nos réflexions. Il y a sans arrêt des mouvements entre le bas et le haut, c’est vraiment la base des militants qui a fait le programme d’"En Marche !" »

    Qui sont les électeurs d’Emmanuel Macron à Lyon ? « Il y a les électeurs qu’on attendait, les cadres et ceux qui ont fait des études supérieures par exemple. Mais il y a aussi des commerçants, et ils sont nombreux sur le plateau de la Croix Rousse a avoir des problèmes avec le RSI ou avec le chômage si leur entreprise périclite. Cela fait maintenant un mois qu’on distribue des tracts les samedis, dimanches et mardis, et on a senti une nette évolution depuis trois semaines en faveur de notre candidat. »

    Qu’est-ce qui vous a amené à vous lancer dans la politique alors que vous avez toute votre retraite devant vous ? « J’ai fait une école d’ingénieur à Lyon, ensuite j’ai travaillé pendant 20 ans dans une grande groupe informatique. J’ai travaillé dans plusieurs pays en France, aux Etats-Unis et en Suisse. Puis ensuite, j’ai complètement changé de métier. Je me suis lancé dans un domaine qui était nouveau à l’époque et qui est aujourd’hui totalement d’actualité puisqu’il s’agit du conseil en dématérialisation de processus administratif. En gros, c’est quand dans une entreprise ou une administration on supprime le papier, pour le remplacer par des flux électroniques. Je considère qu’Emmanuel Macron comprend très bien ce qui va se passer dans le monde qui nous attend. Ça ne sera pas facile, mais on peut transformer la société avec des gains pour les entreprises et pour les salariés, en limitant la casse. »

    Qu’est-ce qui vous a séduit dans le candidat ? « J’ai d’abord apprécié l’originalité de la démarche. Emmanuel Macron a lancé sa grande marche lorsqu’il a créé le mouvement, ce qui a permis de faire remonter les ressentis et les problèmes des Français. Et puis, il a eu la création des comités pour constituer une base au mouvement. En un an, nous sommes passés à 250 000 adhérents. J’apprécie aussi le fait qu’il soit passé par la société civile et qu’il ait travaillé. On peut lui reprocher d’avoir été banquier, mais pour moi ce n’est pas honteux. Enfin, c’est un candidat qui essaye de rassembler. Ca fait maintenant trente ans qu’on voit toujours les mêmes têtes. Au fil des alternances, chacun démonte ce que l’autre à construit, cela ne fait pas avancer la France. On a perdu une grande partie de notre industrie, on ne peut pas rester immobile dans un monde qui bouge énormément ; et vouloir s’exclure du monde, se refermer sur soi n’est pas une solution. »

    Selon vous, il est de droite ou de gauche, Emmanuel Macron ? « C’est quelqu’un qui a une sensibilité de gauche, quelqu’un de très accessible et très humain, mais qui prône un réalisme économique de droite. En fait, ce qu’il veut c’est rassembler la droite et la gauche pour faire avancer des projets. L’objectif est d’encourager le travail, l’entreprise, de débloquer les situations aussi de manière à ce que les chômeurs retrouvent du travail grâce à un énorme effort de formation. Pour moi, Emmanuel Macron est un libéral social ou un social libéral au vrai sens du terme. »

    Lyon, capitale centriste

    Métier à tisser, Maison des Canuts, Lyon. RFI/Stéphane Lagarde

    Edouard Herriot, Louis Pradel, Francisque Collomb, Raymond Barre ou aujourd’hui le socialiste Gérard Collomb qui a été parmi les premiers à rejoindre Emmanuel Macron, Lyon a longtemps été dirigée par des centristes. Le terrain serait donc à priori plutôt favorable au candidat d' « En Marche ! » Ce n’est pas le PS de Lyon qui rejoint Emmanuel Macron, mais l’inverse, plaisante Christelle : « On l’avait déjà cet esprit d’ouverture à Lyon lance celle qui se définit à la fois comme une militante du Parti Socialiste et d’"En marche !" Le maire Gérard Collomb a réalisé cette ouverture depuis des années avec les personnes du Centre, avec les Radicaux et avec les Verts. Le mouvement "En Marche !" date d’hier, mais nous cela fait longtemps qu’on le met en place à Lyon. »

    Lyon en marche depuis belle lurette, tout le monde n’est pas de cet avis et la présence d’un maire PS d’arrondissement pour la première fois au tractage du matin fait murmurer les terrasses. L’élu a annoncé sa candidature au législative sous l’étiquette « En Marche ! ». Connu pour sa passion de la corrida, Alain prend le taureau par les cornes et profites de notre micro pour dire ce qu’ils pensent de celles et ceux qui prennent le train « d’En marche ! » à… la dernière minute : « En ce moment, c’est pousse toi d’là que j’m’y mette. Ca créé une mauvaise ambiance, parce qu’il y a des gens qui veulent s’imposer maugrée ce retraité de 66 ans. On ne parle plus d’idées politiques, on parle de placement dans le futur gouvernement d’Emmanuel Macron. Je reste macroniste, mais s’il continue à faire une mauvaise campagne, s’il accepte tout le monde, il va baisser dans les sondages. Aujourd’hui, 50 % des Français ne savent pas encore pour qui ils vont voter. »

    Un doute partagé par « Nono », lui aussi figure du quartier et habitué du Café de la Soirie : « Les candidats s’écoutent parler et nous font plutôt rire qu’autre chose affirme cet ancien joueur de l’OL et ancien commerçant du plateau. C’est du grand n’importe quoi ! Même avec des gens nouveaux comme Emmanuel Macron, certains risquent d’avoir des désillusions. » L’avertissement est adressé à son ami Pierre Vaschalde. « Je n’attends rien personnellement, lui répond l’animateur du comité « En marche ! » de la Croix Rousse, persuadé qu’Emmanuel Macron respectera ses engagements et qu’il y aura une « révolution démocratique » s’il est élu avec 50 % de têtes nouvelles à l’Assemblée nationale et 50 % de femmes députées. Et d’ajouter : « Dans mon comité, il y a déjà cinq candidats à la candidature pour les législatives, dont trois femmes. Le problème en France, ce sont les professionnels de la politique. On cherche le prochain mandat électif et souvent il y a des gens qui changent de Parti uniquement pour cela. Il y a beaucoup d’opportunisme là-dedans. »

    La colline qui travaille… en marche ?

    Métier à tisser, Maison des canuts, Lyon RFI/Stéphane Lagarde

    Des fûts de bières entreposés devant les pubs, des terrasses bondées d’étudiants le soir, voilà longtemps que la colline qui travaille est devenue la colline de la fête à Lyon. Les maisons Canuts accueillent des ateliers d’artistes. Le prix du m2 est loin d'être réservé à tout le monde et le quartier de la révolte des soieries s’est largement boboïsé. Ce qui ne fait pas pour autant perdre la mémoire. La Maison des Canuts, rue d’Ivry, reçoit ainsi près de 40 000 visiteurs par an. Outre son aspect musée, elle est aussi le témoignage d’un esprit d’innovation et d’entreprise toujours bien vivant à Lyon.

    « S’il y a bien une chose qu’il faut garder à l’esprit en nous quittant, c’est qu’on n’est pas tous morts », lance Philibert Varenne dans un éclat de rire ! Le directeur de la Maison des Canuts ne cache pas sa fierté d’être Lyonnais : « Auvergne Rhône-Alpes est la première région textile de France et on a ici conservé tous les savoirs faire. Au total, c’est quand même 20 000 emplois, avec toute la filière de formation. Et surtout c’est un secteur qui embauche, puisqu’il est prévu de recruter 2 000 personnes par an sur les dix ans à venir. » Tout le monde ne travaille plus aujourd’hui dans les soieries. Deux ateliers lyonnais continuent d’utiliser des métiers à tisser jacquard, et leurs système d’encodage en carton, précurseur de l’informatique moderne. Pour le reste, la région est numéro un pour les textiles à usage technique (TUT) tels que les airbags de voiture, les éléments en carbone tissés des ailes d’airbus, ou encore le géotextile sur lequel on coule le macadam des routes.

    Et le candidat Macron dans tout ça ? « Essayez de dire aux descendants de Canuts que le travail n’a pas de sens ! Ca a du sens le travail, donc le revenu universel c’est non », poursuit Philibert Varenne. Une pique à l’encontre du programme de Benoit Hamon, avant de reprendre sur la tradition sociale de la ville : « Lyon n’a jamais été une ville des extrêmes. Lyon a toujours été une ville dirigée par des maires centre gauche ou centre droit. Lyon a d’ailleurs toujours été une ville socialement avancée. On peut citer Frédéric Ozanam, l’apôtre du catholicisme social, le père Antoine Chevrier… Je suis tombé sur un texte du 16ème siècle qui rappelait une loi fixée par les édiles de la ville, obligeant chaque famille à accueillir un pauvre. Ceux qui ne le faisaient pas, étaient taxés ! Voilà pourquoi, le clivage droite-gauche n’a pas de sens. Il y a de bonnes idées de chaque côté, ce qui compte c’est la bienveillance. On peut ne pas être d’accord, mais il faut éviter de se lancer des noms d’oiseaux. »

    « Nous sommes les Canuts, nous allons nus… »

    Après Jean-Luc Mélenchon et son hologramme qui a fait chanter les Canuts lors de son meeting à Lyon, ce sont les Macronistes qui reprennent le chant des soyeux, mais pas forcément dans la version d’Aristide Bruant (voir ci-dessus). Le slogan des ouvriers de la soie date de 1831. Il figure encore sur des copies des affiches de l’époque aux murs de certains cafés du plateau : « Vivre en travaillant, mourir en combattant. » Une tradition ouvrière encore présente et qui s’affirme à mesure que l’on descend. Les pentes de la Croix Rousses, sont le territoire du candidat de « la France insoumise », mais pas seulement... La crainte d’un second tour entre François Fillon et Marine Lepen a fait basculer Yasmine dans le camp « d’En Marche ! »

    Yasmine, habitante de la Croix Rousse depuis 30 ans. RFI/Stéphane Lagarde

    Ancienne ouvrière des usines de chaussures de Roman dans l’Isère, Yasmine est venue à Lyon pour étudier, tout en multipliant les petits boulots : vente de fruits, distribution de prospectus au feu rouge etc, etc. A 66 ans et après avoir mûrement réfléchi, c’est la première fois qu’elle ne votera pas socialiste : « J’ai ma carte du PS, je suis née dans une famille d’ouvriers et j’ai voté à gauche toute ma vie. Toute petite j’adorerai aller aux meetings politiques avec mon père, mais là c’est plus fort que moi ! Autant j’ai pu voter pour Jacques Chirac par le passé, cette fois je ne pourrai pas voter pour François Fillon, si le candidat de la droite arrivait au second tour avec Marine Le Pen. Je ferai honte à ma famille, honte à ce que je pense, donc je n’ai pas d’autres choix que de voter pour Emmanuel Macron. Evidemment, il y a des propositions plus à gauche qui me plairaient. Mais bon, je me dis aussi qu’on en a un petit peu marre de ces clivages droite / gauche. Rassembler les gens pour qu’on avance, c’est pas mal. Même si dans le même temps, il y a des choses qui me gênent chez Macron. Par exemple, j’aurais bien voulu que l’on propose d’augmenter d’avantage le minimum vieillesse. Cent euros de plus pour arriver à 900 euros, c’est un peu juste. Je trouve aussi le smic beaucoup trop bas. L’impôt sur des entreprises qui licencient tout en faisant des bénéfices devrait aussi être augmenté. »


    RFI, au travers de ces « Cartes d’Electeurs » part à la rencontre de celles et ceux qui agissent sur le terrain pendant la campagne. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et de vos interrogations sur ce blog. En attendant, vous pouvez réécouter la chronique diffusée ce vendredi 7 avril 2017 en cliquant ICI.

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