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    Guyane: malgré des signes de lassitude, les collectifs restent déterminés

    media Le port de Cayenne désert, le 3 avril 2017. jody amiet / AFP

    En Guyane, presque trois semaines après le début de la contestation, les premiers signes de lassitude face aux barrages routiers et aux pénuries alimentaires apparaissent. En revanche, la détermination reste intacte du côté des responsables des collectifs et des élus à l'origine du mouvement. Une nouvelle manifestation est d’ailleurs prévue ce vendredi devant la préfecture de Cayenne.

    Avec notre envoyé spécial à Cayenne, Pierre Olivier

    Devant les rayons vides d’un supermarché de Montjoly, les clients se montrent moins compréhensifs qu’il y a quelques jours : « Ici, c’est le rayon frais où il y avait toutes les charcuteries, beaucoup de choses comme ça. Maintenant c’est vide. Au niveau des produits frais, crème fraîche, yaourts, c’est vide aussi », regrette une Guyanaise. « On a des enfants, il faut bien qu’ils mangent. Déjà qu’ils ne vont pas à l’école. C’est déjà assez pénalisant. Maintenant il faut qu’ils puissent se nourrir. Les gens vont commencer à poser des questions », ajoute un autre client.

    A quelques kilomètres de là, au port de Cayenne, où transitent 95 % de l'import-export du département, les conteneurs s’entassent : 3 000 tonnes de nourriture sont bloquées. Philippe Lemoine, le directeur du port, est dépassé par la situation. « Ici, sur le port aujourd’hui, il y a juste les gens qui assurent la sécurité de la plateforme. C’est impossible de sortir les conteneurs du port parce que les axes routiers sont bloqués et les importateurs savent bien que, même s’ils m’appelaient 20 fois par jour, je ne pourrais pas sortir le conteneur tout seul avec mes petits bras. La marchandise est là sur le port, et les magasins sont vides », admet-il.

    Parmi les conteneurs, cinquante d’entre eux sont remplis de produits frais qui arrivent à la date limite de consommation, de quoi inquiéter un peu plus les Guyanais. « On a à peu près un millier de conteneurs qui se baladent entre Paramaribo [Suriname], Port of Spain [Trinité-et-Tobago], et quelques-uns aux Antilles, qui n’ont pas pu être acheminés jusqu’en Guyane. Ce qu’on peut dire, c’est qu’avec un conteneur qu’on décharge, qu’on recharge et puis finalement qu’on retourne parce qu’on n’a pas pu le livrer à son point de destination, on peut avancer des surcoûts de l’ordre de 500 à 1 000 euros par conteneur. Et au final, c’est effectivement le consommateur qui paie », explique Philippe Lemoine.

    Les collectifs ne veulent pas fléchir

    Si les responsables des collectifs et les élus ressentent un début de lassitude d’une partie de la population, les collectifs entendent toujours poursuivre le mouvement. « Des voix discordantes, vous en aurez toujours. Et c’est normal parce que les gens voient que leur gagne-pain, que leur chiffre d’affaires baisse. Ils n’ont plus de clients, c’est compliqué, admet Davy Rimane, un des leaders de la contestation. On ne peut que comprendre cela, mais en face, on leur dit quoi ? Il y a déjà des chefs d’entreprise qui se suicident. Ça n’existait pas en Guyane ça avant. Aujourd’hui, ça existe. »

    Pour le moment, les collectifs n’entendent donc pas fléchir. Ils promettent même de nouvelles actions coup de poing dans les jours qui viennent. Ce vendredi après-midi, une nouvelle manifestation est prévue devant la préfecture. Reste à savoir si les Guyanais seront au rendez-vous, car pour ces collectifs qui se définissent comme les représentants du peuple, être lâchés par une partie de la base serait un premier signe de faiblesse.

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