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    Etat d’urgence pour les prisons françaises

    media Plus de 350 surveillants bloquent la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis munis de pancartes «Au feu, la pénit' brûle», «Surpopulation, sous-effectifs, danger», le 10 avril 2017. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

    Le blocage du début de semaine à la prison de Fleury-Mérogis, la plus grande d’Europe, n’est que la partie émergée de l’iceberg : les prisons françaises vont mal. Trop de détenus, pas assez de personnels et de moyens… Les demandes des personnels de cette maison d'arrêt, située au sud de Paris, trouvent un écho dans la plupart des 186 établissements pénitentiaires français. Pour preuve, la contestation touche, depuis le jeudi 13 avril, la maison d’arrêt de Villepinte, au nord-est de la capitale, et la contagion pourrait se poursuivre.

    Alors que la France approche du seuil, inédit, de 70 000 personnes détenues dans ses prisons, le fonctionnement de son système pénitentiaire est sous le feu des projecteurs. Le lundi 10 avril, le personnel de Fleury-Mérogis a bloqué l’établissement. Le lendemain, les syndicats rencontraient la direction de la prison, pour une réunion de plusieurs heures. Et le mercredi 12 avril, en assemblée générale, les personnels choisissaient de maintenir la pression. Les syndicats ont annoncé qu'il n'y aurait pas de blocage, mais d'autres types d'action. Ils souhaitent une nouvelle rencontre avec les responsables de la prison d'ici au 21 avril. 

    Ce qui a mis le feu aux poudres à Fleury-Mérogis : l’agression, en marge d’une rixe entre détenus, de six gardiens. Par solidarité, 350 surveillants ont bloqué la prison. Chacun doit surveiller une centaine de détenus, deux fois plus que de raison, selon eux. 4 484 personnes sont incarcérées dans cette maison d'arrêt, selon les chiffres publiés mensuellement par le ministère de la Justice. Or, la prison a été construite pour en accueillir moins de 3 000. « Il y a des cellules de 9 m² qui devraient être pour une personne, qui sont systématiquement installées pour deux avec des lits superposés et où des matelas sont posés sur le sol pour une troisième personne. Ça, c’est très dur », témoigne l’aumônier de la prison auprès de RFI.

    Fleury, l’arbre qui ne cache pas la forêt

    Avec un taux d’occupation de 180%, le cas de Fleury-Mérogis est grave, mais pas isolé. Selon le ministère de la Justice, les établissements pénitentiaires accueillent en moyenne 118 détenus pour 100 places. « Le personnel en a ras-le-bol, et la seule façon d’alerter les pouvoirs publics et le ministère de la Justice [qui gère les prisons], c’est de protester, de bloquer les portes », se désespère Eric Fievez, secrétaire national du SNCP-CFDT. Le syndicat national des cadres pénitentiaires ne mène pas la fronde à Fleury-Mérogis, mais Eric Fievez estime que le risque de contagion à d’autres établissements est grand.

    Jeudi 13 avril, la décision des personnels de Villepinte de bloquer, à leur tour, leur établissement confirme ce pronostic. Dans cette maison d’arrêt, le taux d’occupation dépasse les 200% : il y a deux fois plus de détenus que de places disponibles. Fin mars, la directrice de Villepinte avait refusé publiquement d’accueillir de nouveaux détenus à cause de la surpopulation.

    En France, les maisons d’arrêt accueillent environ 20 000 prévenus (c’est-à-dire des personnes en attente de condamnation), et autant de personnes condamnées à des peines courtes (inférieures à un an). Ces deux catégories représentent plus de la moitié de la population carcérale française.

    « Plus de moyens », promet le ministère

    Le syndicaliste Eric Fievez dresse un portrait glaçant du mode carcéral français : « On n’en entend pas parler, mais tous les jours, dans toutes les prisons de France, des membres du personnel se font agresser. » L’administration pénitentiaire manque de moyens économiques et humains, selon le représentant des cadres. « On a récupéré des missions qui incombaient auparavant à la police, mais on ne nous a pas donné les moyens nécessaires pour les mener à bien », s’énerve Eric Fievez, prenant l’exemple des extractions, c’est-à-dire le transfert ou le déplacement des prévenus ou des prisonniers.

    Au début du mois d’avril, une commission a rendu au ministère de la Justice un livre blanc pénitentiaire, pour proposer des solutions à la politique française en la matière. Le document, rédigé en partenariat avec les syndicats, annonce notamment la création de 17 000 nouvelles places de prison.

    Une piste intéressante, selon Eric Fievez, mais qui s’inscrit dans le (trop) long terme. « Ça nous mène à 2025, mais on a besoin de solutions dès aujourd’hui. » En premier lieu, l’embauche de nouveaux personnels. Ensuite, on pourra repenser les prisons françaises : « Nous défendons l’idée de prisons à taille humaine, plus petites que ce qu’il se fait actuellement. Plus nombreuses aussi, mais mieux réparties sur le territoire, pour que les détenus soient plus proches de chez eux. », détaille Eric Fievez. C’est dans cette optique que le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, a annoncé, en février, la construction de 24 nouvelles prisons.

    « Moins de prisons », répondent les associations

    « Ces 17 000 nouvelles places vont coûter plus de 3,7 milliards d’euros, c’est colossal ! » Coordinateur à l’Observatoire international des prisons (OIP), Amid Khallouf explique que le gouvernement « ne va pas du tout dans le bon sens » avec ces propositions. Les surveillants qui protestent parce qu’ils se considèrent en sous-effectif ? A l’OIP, « on préfère prendre le problème à l’envers : si on résout la question de la surpopulation, on règle aussi celle des effectifs de surveillants. »

    A coup de pétition, l’Observatoire international des prisons milite pour que des peines alternatives à l’enfermement soient prononcées à la place des peines de prison courtes. C’est légalement possible, mais c’est encore rare, selon Amid Khallouf, qui estime qu’il faudrait « changer les mentalités des magistrats et du législateur » pour aller plus avant dans cette direction.

    « Une étude a montré que 61% des personnes sortant de prison vont récidiver dans les cinq ans. A côté de ça, on est à 34% après une condamnation à des travaux d’intérêt général », affirme Amid Khallouf. La statistique corrobore l’analyse du sociologue des prisons Philippe Combessie : « Le fait d’exclure de la société, et de réunir ensemble des gens dont les comportements sont considérés comme troublants, permet mal leur intégration à la sortie. »

    Surtout, les peines alternatives coûtent moins cher que l’enfermement, selon l’OIP, qui s’appuie sur un rapport sénatorial de 2014 : « La journée d’encellulement coûte 100 euros à la société, alors qu’un placement en extérieur coûte environ 40 euros par jour », détaille Amid Khallouf.

    « Tout est bon pour alléger la prison », abonde Eric Fievez. Mais le secrétaire national du syndicat des cadres du pénitentiaire prévient : « Oui, il vaut mieux orienter les petites peines à l’extérieur, avec le bracelet électronique par exemple. Mais il faut pouvoir les suivre correctement. Si c’est pour les lâcher dans la nature et qu’ils refassent les bêtises qui les ont menés en prison, ça ne sert pas à grand-chose. »

    L'un des objectifs de l’Observatoire international des prisons est que les condamnés effectuent, autant que possible, leur peine hors des murs, en étant accompagnés par des personnes qui les aident à se réinsérer. Amid Khallouf développe : « Ce qui coûte cher, c’est le béton, les caméras, les portiques, les hélicoptères. L’humain c’est moins cher, et c’est plus efficace. » Encore faut-il que les humains, qu'ils travaillent ou qu'ils soient enfermés dans les prisons de France, soient entendus par les pouvoirs publics.

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