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    France

    Emmanuel Macron et Marine Le Pen: dix points qui les opposent

    media Affiches de campagne des deux finalistes de l'élection présidentielle française, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. REUTERS/Eric Gaillard

    Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. L’affiche du second tour de la présidentielle française incarne un fossé entre deux visions du monde et de la France. Quelles sont les principales différences entre les programmes des deux finalistes ? Résumé en dix points.

    Travail

    Sur la durée légale du temps de travail, les deux candidats souhaitent maintenir les 35 heures. En revanche, Emmanuel Macron souhaite flexibiliser le travail, en poursuivant la réforme du Code du travail initiée pendant le quinquennat de François Hollande. Le candidat d’En Marche! envisage par exemple de suspendre les allocations chômage pour les demandeurs d’emploi qui refuseraient une deuxième offre.

    Marine Le Pen, elle, veut revenir sur la Loi travail et cible surtout les étrangers. La candidate du Front national souhaite réduire les aides sociales qui leur sont allouées pour privilégier les Français. En revanche, elle ne fait pas de proposition concrète sur la question du chômage.

    Retraites

    Les deux candidats s’accordent sur les problèmes, mais pas sur les solutions. Tous deux veulent réformer le système des retraites. Marine Le Pen veut abaisser l’âge légal de départ à 60 ans et augmenter le minimum vieillesse, en le conditionnant à la nationalité française ou 20 ans de résidence dans l'Hexagone.

    Emmanuel Macron souhaite quant à lui réformer en profondeur le calcul des retraites, en unifiant les régimes à travers un système « par point », prévoyant un même droit à pension « pour chaque euro cotisé ».

    Fonction publique

    Le centriste souhaite réduire les dépenses, en supprimant 120 000 postes de fonctionnaires, sans toucher à l’hôpital. Il envisage en revanche de créer 10 000 emplois supplémentaires dans la police et 4 000 à 5 000 dans l’enseignement.

    La frontiste souhaite, elle, embaucher 21 000 fonctionnaires dans la police et la douane, et également dans les hôpitaux. Une hausse de dépense compensée par une baisse des budgets des collectivités locales.

    Société

    C’est un point de rupture entre deux idéologies. D’un côté, le conservatisme historiquement défendu par l’extrême droite. Moins d’avortements et opposition au mariage pour tous sont toujours au programme du Front national, même si Marine Le Pen n’en fait pas ses principaux sujets de préoccupation.

    D’obédience libérale, Emmanuel Macron est de son côté plus ouvert sur les questions sociétales, notamment sur les droits des femmes et souhaite faire de l’égalité femmes/hommes « une cause nationale ». Comme sa concurrente, il souhaite lutter contre l’inégalité salariale. En revanche, il est le seul à afficher sa volonté de parité en politique, à commencer par ses candidats aux législatives. Le leader d’En Marche! se prononce aussi en faveur de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, contrairement à Marine Le Pen.

    Economie

    Même si les candidats proposent quelques mesures proches pour relancer l’économie, c’est sur le fond qu’ils s’opposent. Marine Le Pen est profondément nationaliste, prônant un protectionnisme et la « préférence nationale », qu'elle veut d'ailleurs inscrire dans la Constitution. Pour faire des économies, elle souhaite couper les contributions françaises à l’Union européenne et les dépenses liées à l’immigration, lutter contre la fraude fiscale et sociale, taxer à hauteur de 35% les produits fabriqués par des entreprises délocalisant leur production, ou encore taxer l’embauche des salariés étrangers.

    Emmanuel Macron veut au contraire faciliter les échanges, tout en respectant les règles européennes. En France, il prône plus de liberté pour les entreprises en allégeant les réglementations, privilégiant les accords d’entreprise sur le Code du travail et les accords de branche, dans la lignée de la Loi travail.

    Mais les deux candidats ont aussi des points communs. Tous deux proposent de réduire l’impôt sur les sociétés et changer le régime des indépendants, en supprimant le RSI, côté Emmanuel Macron, et en le réformant côté Marine Le Pen. La candidate du Front national souhaite aussi baisser de 10% l'impôt sur le revenu et geler la taxe d’habitation, quand le candidat centriste demande sa suppression. Enfin, pas question pour les deux candidats d’augmenter la TVA et le Smic.

    Environnement

    C’est le thème quelque peu oublié de la campagne des deux candidats, contrairement à leurs adversaires du premier tour Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Emmanuel Macron a tout de même pris quelques engagements à la marge : fermeture des centrales à charbon, maintien de l’interdiction des gaz de schiste, doublement de l’éolien et du photovoltaïque, alignement de la fiscalité du Diesel sur celle de l’essence, prime de 1 000 euros pour les véhicules moins polluants, mesures contre l’obsolescence programmée, etc.

    Marine Le Pen propose elle aussi un développement « massif » des énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois…), à l’exception de l’éolien pour lequel elle veut décréter un moratoire. La candidate frontiste est également opposée au gaz de schiste et veut développer la filière hydrogène via des subventions pour la recherche. Elle se distingue par ses propositions pour la condition animale en en faisant une « priorité nationale », avec notamment l'interdiction de l’abattage sans étourdissement et l'arrêt des projets de fermes-usines comme les « 1000 vaches ».

    Les deux candidats partagent néanmoins une position commune sur le nucléaire : pas de suppression. Emmanuel Macron propose une réduction à 50% de la part de l’atome dans le mix énergétique d’ici à 2025 et la fermeture de la centrale de Fessenheim. Dernière mesure à laquelle s’oppose Marine Le Pen qui souhaite simplement moderniser et sécuriser la filière nucléaire, tout en maintenant un contrôle de l’Etat sur EDF.

    Institutions

    Les deux finalistes veulent limiter le cumul des mandats. Marine Le Pen veut passer à un septennat non renouvelable pour la présidentielle. La candidate du Front national veut aussi diminuer d’un tiers le nombre de parlementaires, créer un référendum d’initiative populaire proposé par au moins 500 000 électeurs et introduire la proportionnelle à toutes les élections.

    Emmanuel Macron veut limiter à trois mandats identiques successifs, interdire toute élection aux détenteurs de casier judiciaire, interdire les activités de conseil pour les parlementaires et l’emploi de membres de leur famille pour tous les élus. Comme son adversaire, il souhaite réduire d’un tiers le nombre de députés et de sénateurs, mais aussi renforcer le contrôle du gouvernement par le Parlement.

    Immigration

    C’est le cheval de bataille de Marine Le Pen, qui entend réduire l’immigration à un solde annuel de 10 000 personnes. Elle veut restreindre les conditions d’asile, limiter le regroupement familial, empêcher la régularisation des étrangers en situation illégale, expulser automatiquement les délinquants étrangers, supprimer le droit du sol pour acquérir la nationalité française, ou encore supprimer l’aide médicale d’Etat.

    Emmanuel Macron prône au contraire l’ouverture. Il se positionne en faveur de l’accueil des réfugiés et souhaite entre autres réduire la durée d’examen des demandes d’asile. Le candidat d’En Marche! veut travailler essentiellement sur l’intégration des immigrés et renforcer la coopération européenne. Il veut aussi faciliter l’obtention de visas pour les « talents » étrangers et simplifier l’accès au travail pour les étudiants étrangers titulaires d’un master.

    Europe

    C’est sans conteste le point de clivage le plus important entre les deux finalistes du 1er tour de la présidentielle. Emmanuel Macron se positionne clairement en faveur de l’Union européenne. Il propose dès la fin des élections allemandes à l'automne le lancement de conventions démocratiques, visant à adopter un projet commun avec les pays qui le souhaitent. Il propose un budget propre et un ministre des Finances pour la zone euro. Enfin, il défend le traité commercial Ceta signé entre Bruxelles et le Canada.

    A l’inverse, Marine Le Pen souhaite sortir de l’euro et de l’espace Schengen, avec à l’issue des négociations, un référendum sur la sortie de l’Union européenne. Elle s’oppose à tous les accords de libre-échange comme le Ceta et réclame la suppression de la directive européenne sur les travailleurs détachés – 280 000 en France soit l'équivalent de 40 000 emplois à temps plein, sur 18 millions de salariés – estimant qu'elle crée « une priorité étrangère à l'emploi ». Marine Le Pen estime que ces salariés étrangers font une concurrence déloyale aux français.

    A ce sujet, Emmanuel Macron reconnaît certains abus et se prononce pour une limitation à un an de la durée du détachement. Les salariés détachés restent en moyenne 4 mois et demi en France. Et le candidat d’En Marche! ne se prive pas de rappeler que près de 300 000 Français sont aussi travailleurs détachés à l’étranger.

    Les deux candidats se distinguent enfin sur leur position vis-à-vis de la Russie. Marine Le Pen est favorable à un rapprochement avec Moscou, alors qu’Emmanuel Macron a été l’un des seuls candidats de l’élection avec Benoît Hamon à s’y opposer.

    Défense

    Traditionnellement, le Front national a toujours pris la défense de la police et de l'armée, mais le camp Macron, bien décidé à adopter une posture régalienne, a très tôt fait des sujets militaires l'une de ses préoccupations de campagne, bénéficiant du soutien de l'actuel ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

    Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont d'accord pour rétablir le service militaire, mais là ou le candidat d'En Marche! veut un service national universel d'un mois seulement, la candidate d'extrême droite souhaite que les appelés restent trois mois sous les drapeaux, indique notre journaliste spécialisé sur les questions de défense Olivier Fourt. Mais son coût – plusieurs milliards d'euros par an – pourrait dissuader la candidate en cas d'élection. Et d'une manière générale, les militaires n'y sont pas favorables, près de 20 ans après la suppression de la conscription.

    Marine Le Pen réclame également un deuxième porte-avions, pour 4,5 milliards d'euros. Emmanuel Macron lui souhaite lancer une nouvelle réflexion stratégique ou sera posée entre autres cette question. L'unique porte-avions français est aujourd'hui en travaux et ne repartira pas en mission avant 2019. Les deux candidats au second tour de la présidentielle sont d'accord sur le fait d'augmenter les effectifs : 10 000 policiers et gendarmes en plus d'ici 2022, dit Emmanuel Macron, 15 000 pour Marine Le Pen, qui souhaite aussi faire remonter les effectifs de l'armée de terre, en recrutant 24 000 personnes.

    Concernant le budget de la Défense, le candidat du centre propose de le fixer à 2% du produit intérieur brut en 2025. Un chiffre que Marine Le Pen souhaite atteindre dès son élection, pour atteindre 60 milliards d'euros en 2022, contre 40,8 milliards d'euros (pensions comprises) cette année.

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