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    Asie-Pacifique

    Narendra Modi à Paris: les enjeux d’une visite éclair

    media Le Premier ministre indien Narendra Modi au cours de sa visite officielle en Europe, ici le 30 mai 2017 à Berlin. Tobias SCHWARZ / AFP

    Avant de regagner l’Inde au terme d’une tournée de trois grandes capitales européennes, le Premier ministre indien Narendra Modi fait une escale technique à Paris ce premier weekend de juin 2017 pour venir féliciter en personne Emmanuel Macron pour son élection à la présidence française. L’objet de cette visite organisée à la va-vite serait, selon les experts, de prendre date avec le nouveau locataire de l’Elysée et donner une nouvelle impulsion aux relations franco-indiennes.

    Ce sera une accolade ? Ou une simple poignée de main ? Telle est la question qui tourmente le milieu des spécialistes français de l’Inde, à la veille de la visite éclair du Premier ministre indien Narendra Modi au nouveau locataire de l’Elysée.

    Le leader indien profite de sa présence en Europe pour venir saluer le successeur de François Hollande qu’il verra longuement lors d’un déjeuner de travail à l’Elysée ce samedi. Connu lui aussi pour ses poignées de mains vigoureuses, Modi, 66 ans, sera peut-être tenté, tout comme le président américain, de mettre son jeune interlocuteur à l’épreuve. Il n’est toutefois pas du tout certain que le plus expérimenté des deux sorte vainqueur de ce rapport de force plus que métaphorique !

    Le président français Emmanuel Macron rencontre à Bruxelles, le 25 mai 2017, son homologue américain. La scène de la poignée de main. REUTERS

    On se souviendra que le leader indien a été l’un des premiers dignitaires étrangers à féliciter Emmanuel Macron pour sa victoire, et cela dès le matin du 8 mai, le lendemain du deuxième tour. Son coup de fil avait été suivi d’un message sur le compte Twitter de Modi déclarant sobrement : « Félicitations à @Emmanuel Macron pour sa victoire sans équivoque à l’élection présidentielle française. » L’expression anglaise « emphatic victory » utilisée par le Premier ministre indien, sous-entend aussi que la messe est dite et que les idées du camp Macron ont définitivement triomphé, ce qui n’est pas sans rappeler le tournant idéologique que fut pour l’Inde l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi à New Delhi, il y a tout juste trois ans.

    « Paris vaut bien un détour »

    L’histoire retiendra qu’au terme d’une longue et exténuante semaine de rencontres politiques au sommet, qui l’a conduit de Berlin à Moscou en passant par Madrid, l’homme fort de l'Inde est revenu sur ses pas pour faire la connaissance du successeur de François Hollande. Initialement, le rendez-vous ne figurait pas dans le programme du Premier ministre indien distribué à la presse avant son départ pour l’Europe le dimanche 28 mai. Il a été organisé à la dernière minute par les conseillers diplomatiques des deux hommes.

    « Ces derniers ont dû examiner en tous sens le calendrier de leurs patrons respectifs avant de pouvoir arracher une heure ou deux à leurs emplois du temps chargés », déclare Jean-Joseph Boillot, grand spécialiste de l’économie des pays émergents et en particulier de celle de l’Inde. Et l’expert d’ajouter : « Je ne sais pas si Narendra Modi connaît le bon mot de Henri IV, mais conscient des enjeux majeurs des coopérations en cours entre Paris et New Delhi, il a dû se dire, lui aussi, que Paris valait bien le détour ! »

    « Si, avec un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars en 2015, contre 20 milliards pour l’Allemagne, la France demeure loin derrière son voisin d’outre-Rhin en matière d’échanges commerciaux, elle est devenue un partenaire incontournable s’agissant de l’aéronautique militaire », rappelle pour sa part Olivier Da Lage, auteur de plusieurs livres sur l’Inde, dont le récent L’Inde, désir de puissance (Armand Collin, 2017). Une montée en gamme de la France que confirme pour sa part la journaliste indienne Vaiju Naravane, correspondante du quotidien de Delhi Hindustan Times en Europe. « L'empressement témoigné par Narendra Modi pour venir prendre le pouls du nouveau pouvoir qui s’installe à Paris, révèle l’importance qu’attache le Premier ministre indien à cette relation », analyse-t-elle.

    Les experts des échanges indo-français s’accordent pour pointer du doigt la dimension politique, voire même sentimentale, des liens qui relient New Delhi à l’Hexagone. Les Indiens n’oublieront pas de sitôt que, lorsqu’à la fin des années 1990 leur pays était mis au ban de la communauté internationale pour avoir procédé à des essais nucléaires affirmant sa défiance des strictes règles de non-prolifération, la France de Jacques Chirac fut la seule grande puissance à ne pas tenir compte des sanctions imposées contre l’Inde et continua à faire des affaires avec la puissance montante de l’Asie du Sud. Le président Chirac avait su profiter du capital de sympathie généré par la solidarité française pour lancer en 1998 un partenariat stratégique avec l’Inde, qui a depuis permis de renforcer les liens entre les deux pays.

    Ce n’est sans doute pas accidentel que ce soit sous un gouvernement nationaliste

    Un avion de combat Rafale dans le ciel de l'Inde, pendant un salon de matériels d'aéronautique de défense. REUTERS/Abhishek N. Chinnappa/File Photo

    hindou, tout comme celui qui avait supervisé les essais nucléaires de 1998, que l’Inde a débloqué le dossier de la vente des avions de combat français Rafale en souffrance dans les couloirs de la bureaucratie de New Delhi depuis plus de 10 ans.

    Rappelons que la proposition initiale portait sur l’achat de 126 chasseurs dont 18 à livrer clés en main par le constructeur Dassault Aviation et le reste à monter sur place. Suite à des négociations « fastidieuses » à cause de la question insoluble de transfert de technologies, le projet dut être abandonné. Il fut remplacé sous l’égide du gouvernement Modi par la vente pure et simple de 36 appareils fabriqués en France.

    Dans la besace de Narendra Modi...

    « Le gouvernement indien n’a pas abandonné toutefois l’idée de faire fabriquer des Rafale en Inde, explique Jean-Joseph Boillot. D’autant que les besoins de l’armée de l’air indienne en matière d’avions de combat sont énormes. D’ailleurs le constructeur aéronautique français qui est en train de finaliser sa collaboration avec le premier groupe privé indien, les Reliance Industries, pour la création d’une usine d’assemblage sur place, est en négociation avec le ministère de la Défense pour la vente de 57 nouveaux avions de combat, mais fabriqués cette fois en Inde. » Ce dossier de la vente de nouveaux Rafale comportant une importante composante de transferts de technologies, sera sans doute dans la besace de Narendra Modi le samedi 3 juin lorsqu’il se rendra à l’Elysée pour rencontrer Emmanuel Macron.

    Dans la besace du Premier ministre indien, il y aura aussi un certain nombre d’autres dossiers, comme Narendra Modi l’a lui-même révélé sur sa page Facebook : « J'évoquerai avec le président français le sujet de la réforme du Conseil de Sécurité avec l’attribution d’un siège permanent à l’Inde, mais aussi celui de l’adhésion de l’Inde aux divers régimes de contrôle des exportations, la lutte antiterroriste, la collaboration autour du changement climatique et la question de l’Alliance solaire internationale. La France qui se situe au neuvième rang parmi les principaux investisseurs étrangers en Inde, est un partenaire clef pour nos projets de développement dans les secteurs divers qui vont de la défense au transport ferroviaire, en passant par l’exploration spatiale, le nucléaire, les énergies renouvelables et le développement urbain. J’ai pris l’engagement de renforcer et de faire avancer notre partenariat, un partenariat à multiples facettes. »

    Parmi ces différents secteurs, celui de l’énergie nucléaire est « certainement la grande priorité pour l’Inde », confirme Vaiju Naravane. Et la journaliste d’ajouter : « L’Inde qui nourrit l’ambition de devenir à la fois "l’usine et le laboratoire"  du monde ne peut réaliser ses objectifs avec des coupures de courant à tout bout de champ. Pour contrer cette difficulté, New Delhi a fait le choix de l’énergie solaire, et surtout du nucléaire pour lequel elle négocie avec notamment les Etats-Unis, la Russie et la France. » Selon la presse indienne, le projet de construction par l’Electricité de France (EDF) et ses sous-traitants serait bien avancé, mais sa réalisation nécessite un coup de pouce élyséen pour résoudre les problèmes du coût et du partage des responsabilités en cas d’accident, qui font encore hésiter la partie indienne.

    Accolade ou poignée de main ?

    Narendra Modi mise sur l’aide des alliés occidentaux pour moderniser et accroître les outils de production dans son pays. Pour convaincre les entreprises étrangères d’investir en Inde, son gouvernement a lancé dès 2014 le programme « Make In India » qui simplifie les démarches pour la création des entreprises, rendant l’environnement des affaires plus attractif. L’objectif est de porter la part de l’industrie dans le produit intérieur brut (PIB) indien de 16% actuellement à 24% d’ici à 2022.

    Le bilan de la campagne « Make in India », deux ans après son lancement, semble plutôt positif, comme l’atteste la croissance ininterrompue des investissements directs étrangers(IDE) passés de 55,5 milliards de dollars pendant l’exercice budgétaire 2015-16 contre 36 milliards deux ans auparavant.

    Le Premier ministre indien Narendra Modi (G) et la chancelière allemande Angela Merkel (D) à Berlin, le 30 mai 2017. REUTERS/Hannibal Hanschke

    En plus d’être le premier partenaire commercial de l’Inde, c’est l’Union européenne qui est la principale source des investissements étrangers dans ce pays, avec sa part représentant le quart du total des IDE. Et cela malgré les relations plus qu’ambiguës que l’Inde entretient avec les institutions européennes. Particulièrement jalouse de sa souveraineté, ce pays a toujours considéré avec suspicion les organisations supranationales et préfère « traiter directement de façon bilatérale avec les capitales européennes, notamment Paris, Londres et Berlin », écrit Olivier Da Lage dans son ouvrage.

    Or compte tenu de la position prééminente que l’UE occupe dans les relations économiques extérieures de l’Inde, celle-ci peut-elle faire autrement que de renforcer ses liens avec l’Europe ? Ce rapprochement est d’autant plus urgent que ce pays est aujourd’hui confronté à des choix stratégiques majeurs suite aux mesures protectionnistes imposées par l’administration Trump restreignant les visas pour les ingénieurs informatiques indiens, ce qui met en péril le secteur clef de l’économie indienne qu’est la sous-traitance informatique.

    Quant aux Russes, les relations de l’Inde avec cet allié traditionnel ne sont plus au beau fixe, les décideurs indiens ayant fait le choix de se rapprocher des Etats-Unis au sortir de la Guerre froide. Nombre d’analystes indiens estiment que l’Inde se retrouve à un nouveau tournant géopolitique de son existence et sa quête de puissance passe désormais par Paris et Berlin, les deux gardiens du temple bruxellois. L'Inde aura besoin de toute leur sollicitude et leur soutien pour la signature de l'accord de libre-échange et d'investissement en négociation entre l'UE et l'Inde depuis bientôt 10 ans.

    Alors poignée de main ou accolade ? « Je parie que ce sera une accolade, même si le jeune président français n’est pas très bien au fait des us et coutumes de l’Inde, riche en symbolique », soutient mordicus l’économiste Jean-Joseph Boillot.

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