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    Affaire Grégory: retour sur 32 ans de mystères et de rebondissements

    media Grégory Villemin avait 4 ans lorsqu'il a été assassiné en octobre 1984. (Photo : AFP)

    Plus de 32 ans après la découverte du corps du petit Grégory retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne, l’interpellation et la mise en garde à vue de trois proches de la famille Villemin relance pour la énième fois une enquête, qui en trois décennies est allée d’espoirs en déceptions sur fond de drame familial jamais élucidé.

    Il est 21h15 le 16 octobre 1984 lorsque le corps du petit Grégory est retrouvé pieds et poings liés dans les eaux glacées de Vologne à Docelles, à 6 km du domicile familial de Lépanges-sur-Vologne. Quatre heures plus tôt, le petit garçon de quatre ans jouait sur un tas de sable devant la maison familiale où sa mère l’avait laissé s’amuser.

    Très vite, l’affaire s’emballe et devient hors-norme lorsque dès le lendemain les parents de Grégory, Christine et Jean-Marie Villemin reçoivent une lettre anonyme : « J’espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n’est pas ton argent qui pourra te rendre ton fils. Voilà ma vengeance pauvre con ! ». La missive a été envoyée à la poste à 17h15 le 16 octobre, l’heure précise de la disparition du petit garçon.

    Le rôle central du « corbeau »

    Dès lors, cette lettre anonyme devient la pièce à conviction numéro un de l’enquête qui va s’évertuer à essayer de lever le voile sur l’identité du « corbeau » que tout désigne comme étant l’auteur du crime, ou tout du moins l’un des protagonistes central de l’affaire. Depuis le début des années 1980, les Villemin reçoivent des centaines d’appels anonymes faisant état d’insultes et de menaces. Ces appels téléphoniques étayent le fait que le « corbeau » semble très bien connaître la famille Villemin, et parfois même qu’il l'observe. En 1982, une plainte est déposée et la ligne est mise sur écoute. Le « corbeau » change alors de stratégie et commence à envoyer des lettres, jusqu’au courrier macabre du 17 octobre 1985. Au total, il en écrira cinq, dont deux après la mort de Grégory. La dernière lettre a été postée le 24 juillet 1985.

    Reproduction d'une des lettres de menaces adressées par le « corbeau » à la famille Villemin. AFP

    L’enquête est tout d’abord confiée à la gendarmerie qui va privilégier la piste de la jalousie familiale. Les Villemin gagnent bien leur vie et Jean-Marie est contremaître dans une usine de la région. Son poste de « chef », un surnom que lui attribue régulièrement le « corbeau », est perçu comme un marqueur de réussite sociale dans la famille, et cela ne manque pas d’attiser les convoitises.

    Deux suspects, aucun coupable

    Deux semaines après le meurtre du petit Grégory, l’enquête s’accélère. Murielle Bolle, la belle-sœur de Bernard Laroche, le cousin germain de Jean-Marie Villemin, affirme devant les enquêteurs s’être trouvée en voiture avec son beau-frère le jour du crime. Elle explique que Bernard Laroche serait venu la chercher à l’école avant d’aller chez les Villemin enlever Grégory. Après ce témoignage déterminant que la jeune fille de 15 ans réitérera devant le juge d’instruction, Bernard Laroche sera inculpé, puis incarcéré. Peu de temps après, Murielle Bolle reviendra sur ses déclarations et Bernard Laroche est remis en liberté après trois mois de détention faute de preuves.

    L’enquête piétine et elle est finalement transmise à la police judiciaire qui, sous la direction du juge d’instruction Jean-Michel Lambert, va décider d’explorer une nouvelle piste. Les enquêteurs se penchent sur la mère de Grégory, Christine Villemin. A l'époque, plusieurs éléments les mènent à elle : elle est la dernière à avoir vu son fils vivant, certains de ses collègues de travail affirment l’avoir vue poster une lettre le jour du crime aux alentours de 17h, des experts en écritures affirment qu’elle pourrait être l’auteur des lettres du « corbeau » et des cordelettes retrouvées dans le garage des Villemin correspondent à celles qui entravaient les mains et pieds du petit Grégory. Elle sera incarcérée le 5 juillet 1985 avant d’être relâchée 11 jours plus tard dans l’attente de son procès lors duquel sera prononcé un non-lieu pour « absence totale de charges » en 1993, après trois instructions menées par trois juges différents.

    Un battage médiatique jamais vu

    Depuis son commencement, la médiatisation de l’affaire est hors-norme, souvent pour le pire. Pendant plusieurs mois, la vallée de Vologne grouille de journalistes et la presse est divisée entre les accusateurs de Bernard Laroche et ceux de Christine Villemin. Tous deux ne seront pas épargnés par les articles à charge faits de spéculations et piétinant allégrement la présomption d’innocence. L’un des plus polémiques restera sans aucun doute celui de Marguerite Duras. L’écrivaine envoyée à Lépanges-sur-Vologne par le journal Libération n’a pas pu s’entretenir avec Christine Villemin qui a refusé de la recevoir, ce qui ne l’empêchera pas de publier une tribune en forme de justification, voire d’excuse, de l’infanticide, dans laquelle elle affirmera sa conviction de la culpabilité de la mère de Grégory.

    Les dégâts médiatiques ne se sont cependant pas arrêtés là. Trois semaines après la libération très médiatisée de Bernard Laroche, un journaliste de Paris Match fait écouter aux Villemin la cassette audio du témoignage de Murielle Bolle. Les parents de Grégory voient rouge et, peu de temps après le départ du journaliste, ils décident de tuer Laroche. C’est finalement ce même journaliste qui les dissuadera in extremis de commettre l’irréparable.

    Jean-Marie Villemin le 20 juin 1985 lors de la reconstitution du meurtre de son cousin Bernard laroche qu'il pensait être l'assassin de son fils Grégory. AFP

    Il ne s’agit pourtant que d’une question de temps, car lorsque Jean-Marie Villemin apprend par la radio en mars 1985 que sa femme est désormais soupçonnée par les enquêteurs, il se rend chez son cousin pour l’abattre d’un coup de chevrotine le 29 mars 1985. Ce drame dans le drame vaudra à Jean-Marie Villemin une condamnation à 5 ans de prison, dont un avec sursis. En 1994, lors d’une audition au Sénat, Christine Villemin a regretté que la presse ait « imaginé un grand feuilleton en réécrivant [s]on histoire, [s]a jeunesse, [leur] vie de couple et même celle de [leur] enfant que l'on disait, entre autres, mal aimé ».

    Réouverture de l’enquête

    Le feuilleton ne s’arrête pour autant pas là. En 1999 puis en 2008, l’enquête est rouverte pour permettre des tests ADN sur une lettre du « corbeau » et sur les vêtements du petit Grégory. Plus de 400 tests ont été réalisés sur les protagonistes plus ou moins proches de l’affaire sans aucun résultat probant.

    Si l’ADN n’a pas livré les secrets de l’affaire, c’est bien une autre avancée technologique qui pourrait la faire progresser aujourd’hui. L’oncle de Jean-Marie Villemin, Marcel Jacob, et sa femme Jacqueline, ainsi que Ginette Villemin, la femme du frère de Jean-Marie, Michel aujourd’hui décédé, ont été arrêtés et placé en garde à vue le 14 juin à Dijon. Les parents de Jean-Marie Villemin ont également été entendus en audition libre en raison de leur âge avancé.

    Nouvelles interpellations

    Ces interpellations ont eu lieu suite à l’utilisation d’un logiciel policier baptisé AnaCrim. « Sur le fond, il n’y a pas d’éléments nouveaux », précise une source proche de l’enquête à l’AFP. Mais le logiciel d’analyse criminel aurait permis d’avoir « un regard neuf sur la procédure ». Cet outil a permis de reconstituer très précisément la chronologie des jours précédents et suivant le crime, de positionner dans l'espace et le temps l'ensemble des témoins et des éléments apparus dans la procédure.

    Grâce à ce travail méticuleux des éléments, dont certains avaient déjà attiré l'attention des enquêteurs, ont été confirmés. L'implication des trois membres de la famille Villemin placés en garde à vue avait ainsi déjà été envisagée sans jamais avoir pu être prouvée. Lors d'un point presse ce jeudi 15 juin, le procureur de la République de Dijon, Jean-Jacques Bosc, a également affirmé que de nouvelles expertises en écriture étaient « confondantes » pour Jacqueline Jacob et Monique Villemin. Durant plus de 30 ans, les enquêteurs sont restés convaincus que le ou les auteurs du crime étaient des proches de la famille Villemin. Jean-Jacques Bosc a par ailleurs déclaré que les enquêteurs avaient aujourd'hui la conviction que « plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime ».

    Reçu par le juge d’instruction de Dijon ce jeudi avec ses clients, l’avocat de Jean-Marie et Christine Villemin, Thierry Moser, a affirmé qu’il s’agissait « d’un pas de géant vers la vérité », se disant « très confiant du succès des investigations ». Après 32 ans d’espoirs déçus, la justice est peut-être enfin sur le point de lever le voile sur l’un des plus grands mystères judiciaires français du XXe siècle.

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