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    Attentat de Nice: «La Prom’, j’y passe, mais je ne m’y promène toujours pas»

    media Le 17 juillet des personnes marchent sur ​​la promenade des Anglais à côté de fleurs laissées en hommage aux victimes du 14 juillet 2016 à Nice. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

    Damien Allemand est journaliste à Nice-Matin, rédacteur en chef de la rédaction numérique. Le soir du 14 juillet 2016, comme 30 000 autres personnes, il est présent, sur la Promenade des Anglais, à Nice, pour couvrir le feu d’artifice. Il est témoin direct du massacre, qui fait 86 morts et plus de 450 blessés physiques et psychologiques. Un an après, il revient pour RFI sur cet événement qui l'a profondément marqué et qui a durablement traumatisé la ville.

    Ce 14 juillet 2016, vous avez vu le camion blanc passer devant vos yeux, et vous avez vu les corps « voler comme des quilles de bowling », comme vous l’écrivez dans un témoignage à chaud, après la scène. Comment allez-vous aujourd’hui ?

    Ça va… Ça va. C’est quelque chose qui est enfoui dans un coin de ma tête, mais qui remonte forcément de plus en plus, à mesure que l’on s’approche du 14-Juillet.

    Quels souvenirs gardez-vous de ce qui s’est passé ce soir-là, en tant que témoin du drame et comme journaliste ?

    En tant que témoin, je me rappelle de tout. Je me rappelle des bruits, des sensations, des émotions. Il n’y a pas un jour sans que je n’y pense pas. C’est assez clair, dans quasiment toutes les situations de la vie quotidienne. Et encore plus aujourd’hui parce que beaucoup de choses font remonter tout ça. Je pense notamment à la lumière. La lumière estivale est particulière à Nice. On arrive à cette période de l’année où l’on retrouve exactement la même lumière. Elle nous fait penser tout le temps à ce qui s’est passé.

    En tant que journaliste, c’est un peu différent. Je me rappelle surtout de la panique qu’il y avait dans notre rédaction, et d’un traitement très particulier de cet événement, où l’on a tous eu le sentiment d’être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’évènement. A l’extérieur parce qu’il faut le couvrir, avec le recul nécessaire pour en parler. A l’intérieur parce qu’au moment où l’on écrit, au moment où l’on fait son travail, on envoie des textos, beaucoup de textos, à ses amis, à sa famille pour leur demander si ça va, et on en reçoit aussi énormément. Donc, c’était hyper déstabilisant d’avoir la police, les autorités dans une oreille qui nous racontent les derniers évènements le soir du drame et dans l’autre oreille ses parents ou ses proches.

    A Nice-Matin, dans la foulée, vous avez créé un groupe de solidarité sur Facebook. En quoi est-ce qu’il a consisté, est-ce qu’il a fonctionné ?

    C’était surtout en groupe d’entraide pour les recherches. Il y avait énormément de gens qui cherchaient des proches, des amis, qui ne les retrouvaient pas, qui n’avaient aucune nouvelle. Donc, on avait créé ce groupe pour essayer de centraliser les recherches. Les gens postaient les photos de leurs amis, de leurs proches.

    Ça a fonctionné puisque rapidement 20 000 personnes se sont abonnées. Ça a permis à des personnes de se retrouver, donc des issues heureuses. Mais ça a aussi permis aux gens de dire : « Voilà. J’ai eu des nouvelles. C’est terminé, il fait partie des 86. »

    Au journal, comment avez-vous travaillé sur cet événement durant l’année qui vient de s’écouler ?

    Ça a été le fil rouge de l’année. Assez vite, on s’est positionné en essayant de faire le moins de sensationnalisme possible, et en essayant de rendre ce traitement le plus humain possible. C’était hyper important pour nous, média de PQR [presse quotidienne régionale], de le faire comme ça. Tout au long de l’année, on a suivi les blessés, en prenant régulièrement de leurs nouvelles. J’ai en mémoire le témoignage d’un homme italien qu’on a rencontré plusieurs fois. Il nous a raconté comment il se reconstruisait petit à petit.

    On a bien sûr aussi suivi l’enquête. Il n’y a pas eu tant de rebondissements que cela, mais toutes les interpellations qu’il y a eu, toutes les évolutions de l’enquête ont été relatées. Et après, sur les conséquences à Nice, sur la vie de tous les jours.

    Justement, l’attachement des Niçois à leur ville est extrêmement fort et, précisément, la Promenade des Anglais est un haut lieu populaire et symbolique. « Nissa la Bella » est-elle encore marquée ou bien a-t-elle finalement surmonté l’épreuve ?

    Esthétiquement, la Promenade des Anglais a complètement changé puisque, suite à l’attentat, ont été entamés de grands travaux d’embellissement et surtout de sécurisation. La Prom’ est toujours la Prom’. Mais aujourd’hui, quand on y passe, il y a des filets anti-intrusion tout du long, la chaussée a été refaite, le trottoir aussi. Donc, elle ne ressemble plus à la Prom’ avant le 14 juillet 2016.

    Et dans les esprits, est-ce que l’âme de la ville a changé?

    Dans les esprits, je ne suis pas en mesure de répondre. Je ne suis pas retourné me balader sur la Prom’. J’y passe, mais je ne m’y promène pas à pied. C’est quelque chose que je n’ai pas encore réussi à faire. Mais c’est un lieu de passage obligé dans la ville : quand on veut la traverser, il y a deux solutions, la Prom’ ou la voie rapide.

    Mais même en y passant, on y pense. Forcément. Et on se refait le film. Quelques jours après l’attentat, je me demandais comment on allait pouvoir à nouveau rouler ici. La question ne se pose plus. Et en passant sur la Prom’, on a vu que la vie, petit à petit, avait quand même recommencé. Des gens font leur jogging, se baladent, font du sport. Il y a des militaires qui patrouillent, depuis un an. Par contre, elle n’est pas encore redevenue vraiment la Prom’ puisqu’il n’y a eu aucune animation durant l’année écoulée, alors que c’est un lieu où il y a toujours pas mal d’événements, des courses, des concerts, des soirées quand elle est rendue piétonne.

    Est-ce que cela a modifié la façon dont vous exercez votre métier de journaliste ?

    Oui, parce qu’on place, encore plus qu’avant, la vérification au centre de ce que l’on publie. On a tous compris l’impact qu’on pouvait avoir sur les gens et notamment de ne pas rajouter de la panique à la panique. On a beaucoup parlé de fake news cette année. On a pris vraiment conscience de ça l’année dernière, où dans la panique, il y avait un lot de rumeurs assez important, et on s’était fait fort, le soir du drame, de vérifier toutes ces rumeurs. Et surtout, ce qui n’était pas le cas chez nous, de les démentir. Avant, on avait tendance à dire « ce n’est qu’une rumeur, on ne va pas lui donner de l’importance en la relayant, même en la démentissant. Ce soir-là, on disait « non il n’y a pas de prise d’otage dans tel restaurant, il n’y a pas de fusillade dans tel quartier de la ville, il n’y a pas de deuxième équipe [de terroristes] ».

    Y a-t-il une relation qui s’est tissée entre votre journal et vos lecteurs, peut-être eux-mêmes victimes ou proches de victimes ?

    Nous avons reçu beaucoup de messages de Niçois disant qu’ils avaient été très fiers de notre couverture du 14-Juillet. Ce message est encore revenu la semaine dernière lorsque nous avons lancé un supplément et un site dédiés au 14-Juillet : on a fait parler les gens, on a été les voir, on a passé du temps avec eux, en essayant notamment de comprendre comment tout s’est reconstruit après. On essaie de se rapprocher un maximum de nos lecteurs. Après il y a un lien très fort qui est né avec les victimes et les familles. Nos journalistes qui sont rentrés en contact avec elles ont aujourd’hui un lien affectif très fort, très personnel et quasiment amical. Hier encore, le papa d’une victime est venu nous voir à Nice-Matin pour nous dire bonjour. Là, on se sent utile.

    Le magazine Paris-Match publie cette semaine des photos de l’attentat, extraites des caméras de vidéos-surveillance. La justice a examiné le retrait du magazine de la vente en kiosques*. Selon vous, est-ce du voyeurisme ou de la liberté d’informer ?

    Le choix de la date, c’est du voyeurisme. Les photos, on les avait déjà vues, elles avaient été publiées dans Libération à l’automne. Nous, on ne comprend pas l’intérêt de les ressortir aujourd’hui, un an après. Et je pense que les Niçois sont de cet avis-là. On a parlé du 14-Juillet toute l’année. On a vu aussi à la télé des reportages repassant la fameuse vidéo du camion, filmé par la caméra qui se tourne. Aujourd’hui, ils ont envie de passer à autre chose. Je pense, mais c’est mon avis personnel, que les gens n’ont pas besoin de revoir ces images-là. Ce n’est pas utile aujourd’hui.

    Ce vendredi, plusieurs événements commémoratifs sont prévus dans la ville toute la journée ce vendredi, et parmi eux, la rédaction d’un message géant. De quoi s’agit-il ?

    La Ville de Nice a souhaité faire un hommage participatif. On n’a pas encore le détail du message qui sera écrit, mais on sait que des plaques de couleurs vont être distribuées aux Niçois. Ils vont devoir se positionner d’une certaine manière sur la Prom’, et le message qu’ils vont écrire tous ensemble sera filmé par un drone et sera dévoilé à ce moment-là. Il y a à peu près 12 000 personnes annoncées pour cet hommage.

     

    *Peu après cette interview, le tribunal de grande instance de Paris a jugé qu’il n’ordonnait pas le retrait de l’hebdomadaire, car cette mesure ne serait pas « efficiente », le magazine étant déjà en kiosque. Mais la justice a interdit « toute nouvelle publication » de deux des photos de l’attentat sur lesquelles les victimes sont reconnaissables, estimant qu’elles « portent atteinte à la dignité humaine ».

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