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    France

    Démission du chef d'état-major: trois experts analysent la crise avec l'exécutif

    media Le président Emmanuel Macron et le désormais ex-chef d'état-major des armées Philippe de Villiers, lors du défilé du 14-Juillet. REUTERS

    La position du général Pierre de Villiers était devenue intenable. Le chef d'état-major de l'armée française a donc fini par remettre sa démission ce 19 juillet au président de la République française. Depuis la semaine dernière, le général était en conflit ouvert avec Emmanuel Macron concernant le coup de rabot de 850 millions d'euros demandé au ministère de la Défense cette année. Trois experts livrent à RFI leur vision de cette crise historique.

    Les 850 millions d’euros d’économie, un arbitrage qui tombe mal ?

    « On est face à la fois à une crise de confiance comme l’a indiqué le chef d’état-major des armées et à une crise budgétaire. Le coup de rabot de 850 millions d’euros aux armées pose un réel problème alors même que les armées françaises sont en suractivité et donc en surchauffe depuis maintenant plusieurs années. Même si certains pensent qu’il serait plus facile de faire des économies de personnel sur le programme Sentinelle, globalement il est très difficile d’évaluer quel est le plus contraignant des théâtres d’opération », explique Frédéric Coste, maître de recherche à la fondation pour la recherche stratégique.

    Le général Dominique Trinquand,  ancien chef de la mission française auprès de l'ONU, et qui a conseillé l'équipe d'Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, rappelle le contexte stratégique : « Le président a pour volonté de rapidement descendre en-dessous des 3% fatidiques imposés par l’Union européenne, de façon à relancer la machine France et, à moyen et long terme, d’augmenter le budget de la Défense. Donc sur le court terme, c’est vrai que c’est très dommageable. Maintenant nous sommes au mois de juillet, il faut rétablir les comptes avant le mois de décembre. Que fait-on ? Les budgets de fonctionnement sont évidemment très difficiles à modifier. Donc c’est le budget d’investissement et le plus gros budget d’investissement, c’est celui des armées. On en revient à la fameuse variable d’ajustement qui est absolument très dommageable et qui a été le choix du président ».

    ■Un «recadrage» vexatoire ?

    Pour Dominique Trinquand, les militaires sont habitués à ce genre de recadrage mais la méthode utilisée est regrettable. « Dans l’armée, il est fréquent de dire : maintenant on a assez discuté, c’est moi le chef et maintenant, on fait comme ça. Il y a deux points qui sont à prendre : le premier c’est qu’on avait peu l’habitude de ce langage de la part d’un chef politique, d’un responsable politique. Donc là, le président Macron, mais ça fait partie de toute la trajectoire sur laquelle il est depuis son élection, réinstalle le rôle régalien du chef de l’Etat. Ensuite, les méthodes sont un peu différentes : dans l’armée, lorsqu’on recadre un chef, on ne le recadre pas devant ses subordonnés. C’est ce qui a été fait, ce qui est un peu dommage. Maintenant, je voudrais rappeler que dimanche, le président Macron au cours d’une interview a rappelé que ce recadrage n’était pas destiné uniquement au chef des armées, mais à l’ensemble des intervenants sur le dossier défense. Ceci est à prendre en compte aussi, même si, et je le dis bien fermement : sur le plan de la méthode, c’est très dommageable surtout pour un chef comme le général Pierre de Villiers, qui est absolument apprécié de toutes ses troupes. Et c’est tout à fait dommage ».

    ■ Premier couac d'Emmanuel Macron ?

    Pour Frédéric Coste, maître de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), « le dernier élément qui explique cette crise, c’est aussi l’attitude du président Macron. On a un président qui investit énormément les symboles régaliens de chef des armées afférents à la fonction présidentielle. On a donc eu une distorsion entre la définition jupitérienne de la présidence, une contradiction entre cette utilisation des symboles de chef des armées, et l’arbitrage qui tombe et qui est extrêmement défavorable aux armées. Que les armées participent à la réduction de la dépense publique c’est normal, mais là c’est extrêmement défavorable et l’effort porte sur l’ensemble de la sécurité nationale, puisque ce sont des centaines de millions d’euros d’économie qui sont demandés également à la gendarmerie, la police et la justice ».

    Le général Dominique Trinquand revient sur cette posture du président français qui se dit très proche des armées et attaché en tout cas à la sécurité extérieure et intérieure de la France et sur la déception des soldats : « Je pense que le parcours du président nouvellement élu a été remarquable jusqu’à maintenant vis-à-vis des armées. Il a montré l’intérêt qu’il leur portait. Dans ses discours, il montrait l’intérêt qu’il portait à la protection, à leur accompagnement. Il avait bien établi son image auprès des armées. Là, cet affrontement est dommage parce que ça gâche un départ qui était plutôt bon ».

    ■ Une «guéguerre» entre ministères ?

    « Le gouvernement, mis en place par le président Macron vient de changer. Il y en avait un premier et, au bout d’un mois, il a changé. Le ministère de la Défense s’est donc trouvé très pénalisé puisque Sylvie Goulard a quitté le gouvernement et donc c’est Florence Parly qui a pris la suite, et qui donc en fait, découvre ce dossier-là. Là, il y a une manœuvre d’opportunité, si je peux me permettre, de Bercy qui a profité de ce déséquilibre au sein du ministère des Armées, du changement de ministre, qui pourtant connaît très bien les aspects budgétaires, pour essayer de la prendre de vitesse avant qu’elle ne soit capable de vraiment étayer les dossiers dans un arbitrage avec le président. Là, effectivement, il y une opportunité de la part de Bercy qui est dommage. Et il faut absolument arrêter ce type de guéguerre parce que la sécurité de la France, c’est trop important pour être remis entre les mains d’arbitrages uniquement financiers », concède Dominique Trinquand.

    Élie Tenenbaum, chercheur au Centre des études de sécurité de l'Institut français des relations internationales (IFRI) revient sur le quinquennat précédent et le travail du ministre de la Défense. « Jean-Yves Le Drian a remporté tous les arbitrages politiques qu’il a cherché à défendre face à Bercy et face à l’Elysée. Aujourd’hui on reste sur des personnalités politiques qui doivent s’affirmer. Et on a donc un chef d’état-major des armées qui monte au créneau, là ou cela devrait être le rôle de la ministre. D’où une question qui se pose : quel est le poids politique lourd qui, face à un Elysée qui est là pour trancher, pourra jouer l’avocat de la Défense face aux fourches caudines de Bercy qui font là aussi leur travail, c’est-à-dire limiter la dépense publique ou la rendre en tous cas la plus efficace possible ? ».

    ■ Une crise «latente» depuis la fin de la Guerre froide

    Pour Élie Tenenbaum, cette crise entre l'exécutif et le CEMA (chef d'état-major des armées) était latente depuis de longs mois, voire de longues années. En effet la question des budgets de défense et de leur déflation depuis la fin de la Guerre froide est une préoccupation considérable des armées.

    « Elle a été mise en avant à plusieurs reprises au cours de la loi de programmation militaire sous Nicolas Sarkozy, puis sous François Hollande, des coupes successives –plus de 54 000 postes qui ont été réduits depuis 2008. Un coup d’arrêt avait finalement été donné en 2015 au moment des attentats avec des déflations qui avaient été annulées. Celles qui étaient prévues pour les années à venir du quinquennat Hollande sur 2016-2017-2018 avaient été progressivement annulées par l’exécutif à cause des attentats, à cause de la sur-implication des armées sur les théâtres extérieurs. On pense au Sahel, mais également au Levant [NDLR: Irak-Syrie], mais surtout sur le théâtre intérieur dans le cadre de l’opération Sentinelle. Donc on avait un rôle politique des armées finalement qui avait été revalorisé au moment de cette période de crise sécuritaire, qui avait poussé François Hollande finalement à mettre de l’eau dans son vin et à revoir à la hausse ces chiffres. Des engagements avaient ensuite été pris par tout un tas de candidats au cours de la campagne présidentielle 2016 et 2017, dont Emmanuel Macron en faveur d’une amélioration, d’une remontée en puissance, comme on dit, du budget de la Défense. Aujourd’hui, ces engagements se heurtent à une autre réalité qui est la réalité de la stabilité budgétaire et de la limitation des déficits publics ».

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