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    France

    [Reportage] Assassinat du père Hamel: Saint-Etienne-du-Rouvray panse ses plaies

    media Roseline Hamel, la soeur cadette du père Jacques, et Hubert Wulfranc, maire au moment de l'attentat, désormais député. Géraud Bosman/RFI

    Il y a un an tout juste, le père Jacques Hamel, curé de la paroisse de Saint-Etienne-du-Rouvray, tombe en pleine messe devant cinq paroissiens, la gorge tranchée par deux jihadistes, dont l’un habitait sa ville. Il menait une existence paisible, aimé de tous. Un an après, la ville, multiculturelle depuis plusieurs générations, se relève comme elle peut. Tiraillée entre le désir affiché de faire corps entre communautés et la marque indélébile de l’assassinat d’un vieux religieux.

    Lundi 24 juillet, à deux jours des commémorations, Hubert Wulfranc descend l’escalier de son ancienne mairie, accompagné de son successeur, Joachim Moyse. Ses mains et sa mâchoire tremblent quand, déjà, il doit répondre aux premières questions des journalistes. A Saint-Etienne-du-Rouvray, chacun se rappelle de ce qu’il faisait « au moment où ça a eu lieu ». L'élu, devenu député, va quant à lui passer sa journée à le raconter, la gorge nouée.

    « J’étais en congé, je revenais à la maison. J’ai vu tout de suite qu’un événement s’était produit. J’apprends que l’intervention de la police est en cours. Puis viennent les confirmations. De la prise d’otages d’abord, puis d’un attentat, et enfin de la mort de Jacques Hamel. La pression médiatique s’accroît, les premières prises de paroles présidentielles… ». La diction est ralentie par l’émotion, celle-là même qui l’avait submergé, le 26 juillet 2016 au soir, devant les caméras.

    Le père Jacques Hamel, prêtre auxiliaire de la paroisse, était âgé de 85 ans. AFP

    Ce matin-là, peu avant 10h, Jacques Hamel, 85 ans, prêtre auxiliaire de la paroisse Saint-Etienne, finit de célébrer la messe. Derniers jours de son sacerdoce, avant une retraite qu’il aurait pu faire valoir dix ans plus tôt. Devant lui, un couple et trois religieuses, tous âgés. Deux cousins, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, font irruption, avec armes à feu factices et armes blanches. Le curé de 85 ans est mis à genoux pour ne plus jamais se relever.

    « Sa présence a marqué la chair de notre ville », reprend Hubert Wulfranc, qui siège à l'Assemblée dans les rangs communistes. Suivi par les caméras, il tombe sur Roseline Hamel, la sœur cadette du prêtre assassiné. On s’étreint sous le grand parapluie noir, à l’abri du crachin. Elle aussi vit sous la pression montante qui n’arrange rien au chagrin et à la fatigue, à l’approche du premier anniversaire du « martyr de la foi » de son frère.

    Roseline Hamel s’exprime ouvertement depuis peu de temps. Son témoignage fleuve et poignant dans le magazine catholique La Vie, la semaine dernière, a marqué son envoi en « mission », selon ses propres mots. Depuis, elle enchaîne les interviews. « C’est comme ça que je fais face à cet anniversaire du martyr de Jacques qui réveille notre souffrance. Dans ses homélies, Jacques appelait beaucoup à se rassembler, à être des ouvriers de paix. Donc, je me fais une mission de relancer ce message. J'ai envie de marcher sur ses pas », nous confiera-t-elle un peu plus tard, blottie dans la dignité, sur le froid muret de pierre de Saint-Etienne.

    Plaies ouvertes

    A Saint-Etienne-du-Rouvray, on est loin du village de bocage, pittoresque et

    L'église Saint-Etienne. Géraud Bosman/RFI

    bucolique. C'est une vraie ville de 30 000 habitants, nichée dans un tourment de la Seine, dans la banlieue sud de Rouen. Un bout de Normandie qui s’est appauvri au fil des désindustrialisations et de la montée du chômage (22%). Il y a, en guise de vieux bourg, la longue rue Lazare Carnot qui sert de trait d’union entre la gare, la mairie, quelques commerces puis l’église. Ce centre longiligne est cerné de lotissements de maisonnettes mitoyennes de briques et de crépis gris. A la périphérie, les distances s’allongent, des barres de HLM surgissent ici et là.

    Adel Kermiche habitait dans le petit pavillon d’une famille dont les enfants ont réussi, rappelle ce chauffeur de bus. A côté de lui, un jeune lycéen. « Non, j’ai pas été choqué, dit-il les yeux fixés sur la route qui défile. Il avait dit qu’il allait le faire. Je le connaissais du quartier. Juste je pensais pas qu’il irait jusqu’au bout. » La conversation s’arrête là. « Désolé, je ne suis pas monté dans le bus pour me faire questionner », dit-il avec aplomb mais sans énervement. « Ils sont fermés, ils veulent tourner la page », reprend le chauffeur. « Ils sont aussi en colère contre la société. On le sait que ça va recommencer. Ca peut arriver n’importe où. Peut-être même dans le bus ». A-t-il peur ? « Je n’ai pas peur non. » Parce qu’il les connaît ? « Non, le p’tit curé aussi, ils le connaissaient, ça ne les a pas empêchés de… » joignant le geste à la parole. Cette année pourtant, il a préféré éviter le feu d’artifice du 14-Juillet.

    Choqué ou non, les plaies sont bien là, même si « la vie continue », comme dit cette jeune femme, sans vraiment s’arrêter. « Tout est normal. On n’en parle pas », dit simplement ce restaurateur, tout en astiquant son zinc avec conscience.

    Roseline Hamel. Géraud Bosman/RFI

    Pour Roseline Hamel en tout cas, tout n’est pas pardonné : « Nous sommes seulement quelque peu en colère par rapport aux membres du gouvernement. Aux choses mises en place, inefficaces. Si les choses avaient bien été mises en place, les drames, les massacres qui se sont passés n'auraient pas eu lieu. Et là-dessus, oui, nous avons beaucoup de choses à réclamer à ceux qui nous gouvernent sur des choses qui n'auraient pas dû se passer. »

    Les choses ? « La surveillance du bracelet électronique… Où étaient-ils ces gens qui devaient surveiller le bracelet électronique de ce jeune homme ? Que faisaient-ils pendant qu’il se déplaçait, en quête d'obéir à des ordres qui lui avaient été donnés, des ordres de folie meurtrière ? », interroge-t-elle avec la seule pointe de rancœur que l’on entendra d’elle. Avant de baisser le ton : « Là oui, nous avons des revendications… quand même ». Elle assure que le message sera transmis.

    Eduquer pour coexister

    Des marques de soutien ont jalonné ces douze derniers mois. Il y a d’abord eu ce portrait de Jacques Hamel, peint par lun artiste musulman de Tours, Moubine, et qui orne la nef de l’église ; puis cette mosaïque offerte récemment par le Normand Abdelkader Djabali ; ou encore ce livre sorti en juin dernier, signé, sous pseudonyme, d’un Algérien : Requiem pour le père, lettres d’un musulman, édité par la maison de presse assomptionniste Bayard. « J’ai été parmi les premiers à le recevoir et je suis allé le commenter et répondre aux questions du public dans un amphithéâtre, en présence de l’archevêque de Rouen », souligne Mohammed Karabila, président du Conseil régional du culte musulman qui nous reçoit avec son vice-président dans son bureau de la mosquée Yahya, qui jouxte l’autre église de la ville.

    Localement, le dialogue interreligieux existe bel et bien, et le père Hamel en était un ferment. « La fraternité et le vivre ensemble sont un peu dans nos gênes à Saint-Etienne-de-Rouvray, ose Mohammed Karabila. Ce lieu de culte musulman a été construit sur un terrain qui appartenait au diocèse de Rouen et qui nous a été cédé pour un franc symbolique », rappelle celui qui est aussi le président de l'association cultuelle musulmane stéphanaise, qui gère la mosquée. « On a toujours fait des actions entre nos deux communautés. Cette année par exemple, on a fait une marche blanche. On est parti de la mosquée de Rouen jusqu’à la synagogue, de la synagogue jusqu’au temple, du temple jusqu’à la cathédrale de Rouen, et de la cathédrale, nous avons rejoint la Halle aux Toiles, un lieu de la ville, de la République, où il y a eu des discours de l’amitié, de la fraternité. »

    Les désirs de coexistence entre communautés sont attestés, et les symboles se sont multipliés dès le lendemain de l’attentat, notamment lors de messes œucuméniques. « Le but derrière ça, c’est comment se connaître. Il ne faut pas que chacun reste dans son coin, mais plutôt travailler en commun. »

    On retrouve les mêmes mots dans la bouche de Pierre Belhache, prêtre du diocèse, délégué pour les relations avec les musulmans. L’évènement a-t-il mis en péril le lien interculturel ? Au contraire, veut croire l’homme d’Eglise, il prouve justement que « tous les efforts que l’on faisait naturellement sans même y penser portent du fruit. L’un des fruits, c’est justement qu’il n’y ait pas de rupture entre les communautés. Il n’y a pas eu ce phénomène chez les gens avec lesquels on agit, ni entre nous acteurs du dialogue. On est bien dans la bonne direction. Il y a eu beaucoup de choses de faites. »

    Pierre Belhache (g), prêtre de Rouen, impliqué dans le dialogue interreligieux avec Mohammed Karabila (d), président du CRCM, et son vice-président, ici à la paroisse Sainte-Thérèse. Derrière le mur, la mosquée Yahya. Géraud Bosman/RFI

    Toutefois, la « vigilance » reste de mise, insiste Pierre Belhache, qui se veut « pragmatique » et ne se fait « pas d’illusion » : « Il n’y aura pas de grand soir, où tout le monde s’entendra bien, et tout sera merveilleux, prévient-il. Et il y aura toujours des gens pour prôner la violence et la séparation des gens. Mais en même temps, je ne perds pas espoir. Comme je sais que cette difficulté existera tout au long de la vie, ça m’encourage à persévérer, à travailler dans ce domaine. »

    La municipalité aussi veut jouer son rôle dans le renforcement de la cohésion sociale. « Il faut avoir au cœur et dans l’action la référence majeure à la paix et à la fraternité. Et cette stèle est dans l’action : elle se dresse et va instruire, éduquer », positive Hubert Wulfranc, qui promet que sa commune de coeur est ressortie « plus forte » de l'épreuve.

    Sur le monument élevé derrière l’église - un disque en inox de 2,50 m² - est gravée la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Des bancs ont été installés autour pour recevoir des élèves. « La transmission est centrale. La faculté de vivre ensemble se joue dès le plus jeune âge pour que les enfants deviennent de citoyens éclairés dans le respect de la diversité », estime l’actuel édile, Joachim Moyse. « Vivre ensemble », un terme répété à l’envi et par toutes les bouches, trahissant presque, en filigrane, la fragilité qui le sous-tend.

    Joachim Moyse, maire de Saint-Etienne-du-Rouvray, et Hubert Wulfranc, son prédécesseur, devant la stèle. Géraud Bosman/RFI

    « Je plains les parents de tout mon cœur »

    Ce mercredi matin, une messe est donnée dans l’église Saint-Etienne, à laquelle participeront à nouveau les représentants de la communauté musulmane, qui déposeront également une gerbe de fleurs sur la tombe du père Hamel, le soir.

    Bientôt, le prêtre martyrisé devrait passer à la postérité. Le pape François a personnellement autorisé l’ouverture anticipée de son procès en béatification, qui requiert, selon le droit canon, un délai de cinq ans. Rien de très étonnant : Jacques Hamel était un prêtre de banlieue, cette « périphérie » chère au souverain pontife. Au moins 69 personnes seront entendues comme témoins.

    Une fois la tempête passée, Roseline Hamel, entourée de sa famille, devrait quant à elle poursuivre son deuil. Elle ne nourrit aucune colère à l’égard des bourreaux juvéniles. « Quand je pense à eux, je n’ai pas de haine. La haine n’est pas un mot chrétien. Mais, en tant que maman, je pense à la souffrance de leurs parents qui ont été impuissants, sans aide quelconque, devant la tournure que prenait leur enfant, bien éduqué, voir leur mental changer, dans l'impuissance de les raisonner. Je ne voudrais pas être à leur place. Je plains leurs parents de tout mon coeur. »

    Le père Auguste Moanda-Phuati est le prêtre de Saint-Etienne depuis cinq ans. Originaire de RDC, il a été bouleversé par la mort de son frère spirituel. Géraud Bosman/RFI

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