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    France

    Il y a un an, les régions françaises changeaient d’identité

    media La braderie de Lille a désormais lieu dans les Hauts-de-France, plus dans le Nord-Pas-de-Calais. PHILIPPE HUGUEN / AFP

    Rendu obligatoire par la réforme territoriale qui a fait passer la France métropolitaine de 22 à 13 régions le 1er janvier 2016, le changement de nom de ces nouveaux territoires est effectif depuis le 29 septembre de l’année dernière. Pour nombre d’entre eux, trouver un nouveau nom ne fut pas simple.

    C’était la dernière étape de la réforme territoriale : nommer les nouvelles régions de la France métropolitaine, passées de vingt-deux à treize le 1er janvier 2016, des choix publiés au Journal officiel il y a tout juste un an, le 29 septembre 2016. Ce redécoupage a en réalité consisté à en faire fusionner seize en sept nouveaux territoires car cinq régions – Bretagne, Corse, Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur et Pays de la Loire – ont conservé leur identité et leur tracé de 1970, ceux issus du fameux référendum d‘avril 1969 qui conduisit à la démission du général de Gaulle. Une sixième région a conservé ses limites anciennes mais a quand même changé de nom : le Centre, devenu Centre-Val de Loire avec pour capitale Orléans, à ne pas confondre donc avec les Pays de la Loire dont la capitale est restée Nantes.

    Ce premier changement n’a pas suscité d’émotion dans la mesure où il était appelé de leurs vœux depuis plusieurs années par de nombreux élus qui avançaient que le nom de leur région – le Centre – était trop vague. « Cela fait des années que je le dis : le nom de notre région lui porte préjudice ; il ne la définit pas ; il ne la désigne pas ; il ne l’identifie pas ! Beaucoup de Français ne savent pas où est la région Centre. Et nombre d’étrangers le savent encore moins » s’agaçait par exemple le sénateur du Loiret, Jean-Pierre Sueur, auteur d’un amendement au projet de loi déposé dès octobre 2014. Et tant pis si cela peut prêter à confusion, surtout à l’international, avec la région Pays de la Loire. Avant le découpage, de nombreux édiles locaux, à commencer par l’ancien Premier ministre et ex-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault, n’ont pas compris que leur région des Pays de la Loire ne soit pas rattachée à la région Bretagne, une solution à laquelle François Hollande n’a pas cependant pas voulu souscrire.

    Haut-le-cœur dans les Hauts-de-France

    Le nouveau découpage régional de la France. interieur.gouv.fr

    Mais cette incompréhension n’est rien en regard des débats qui ont agité d’autres coins de France. Assez logique d’un point de vue culturel, le nom de la nouvelle région Occitanie – qui regroupe Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon avec Toulouse pour capitale – a quand même posé problème car les Catalans, dont l’identité est forte, se sont sentis dépossédés, oubliés et dévalués par ce choix. D'autres options qu’Occitanie furent tentées – Languedoc, Languedoc-Pyrénées, Occitanie-Pays catalan, Pyrénées-Méditerranée – mais aucune ne trouva grâce auprès des élus régionaux. Un vote citoyen fut même organisé (204 000 votants pour une région comptant 5,7 millions d’habitants) pour la ‘modique’ somme de 500 000 euros, mais c’est finalement le Conseil régional qui trancha en faveur d’Occitanie avec 85 voix « pour » sur 158 conseillers.

    Dans l’Est aussi, la population fut consultée pour nommer le nouveau territoire qui allait regrouper la Champagne-Ardenne, la Lorraine et l’Alsace. Plusieurs propositions originales apparurent : l’exotique « Acalie » (acronyme d’Acal pour Ardennes-Champagne-Alsace-Lorraine), le très vinicole « Rhin-Champagne » ou encore le médiéval « Nouvelle Austrasie » (l’Austrasie fut le royaume des Francs jusqu’en 751). Et comme aucun ne faisait l’unanimité, loin de là, un très basique Grand-Est (capitale : Strasbourg), fut choisi, ce qui au final ne satisfait pas grand monde non plus mais a le mérite de situer la région sur une carte.

    Le nom choisi pour identifier le regroupement du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie fut en revanche moins consensuel : Hauts-de-France, un nom qui souleva des haut-le-cœur dans ces contrées. Cette toponymie offre en effet le triple désavantage de ne pas réellement identifier cette région dont le point culminant est l’émetteur télé de Bouvigny-Boyeffles (487 m) ce qui n'est pas très « haut »; de priver Nordistes et Picards de leur identité ; et aussi d’être un peu trop proche d’Île-de-France aux oreilles étrangères. Malgré un déluge de moqueries sur les réseaux sociaux, ajoutées à un sketch désopilant de l'humoriste Dany Boon sur le sujet, la région resta ferme surs ses positions : Lille est bien désormais la capitale des Hauts-de-France, plutôt que du Nord-de-France ou des Terres-du-Nord, les autres noms envisagés.

    Le géographe Roger Brunet trouve cette réfome absurde. DR

    L’Île-de-France y songe aussi

    Le regroupement Bourgogne-Franche Comté (capitale : Dijon), se fit en revanche sans trop de bruit, tout comme pour Auvergne-Rhône-Alpes (capitale : Lyon), région dont le regroupement n’allait pourtant pas de soi à de nombreux points de vue, mais dont la nouvelle appellation, calquée sur le modèle PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur), n’a pas gêné grand monde. Reste à savoir si on l’appellera un jour l’ARA, cela reste à prouver. Encore plus vaste – c’est la plus grande région en superficie avec les 84 000 km2 que forme le regroupement des anciennes régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes – la Nouvelle Aquitaine  (capitale : Bordeaux), s’est dotée d’un joli nom. Pour les historiens, il s’agit même d’une sorte de renaissance puisque la nouvelle région épouse peu ou prou les mêmes contours que le duché d’Aquitaine au Moyen-Âge.

    L’histoire dira si tous ces noms deviendront des références mondialement connues, ce qui est un peu le but au départ et qui n'est pas gagné. Et l’on se demandera, pour conclure, si l’idée de Claude Bartolone, candidat socialiste malheureux à la présidence de région Île-de-France, fera son chemin : changer le nom de la région française la plus visitée pour que le nom de Paris y figure. La balle est désormais dans le camp de son adversaire, la nouvelle présidente de région Valérie Pécresse. « Ce n'est pas l'urgence immédiate, car la priorité est au choc de simplification et aux économies, mais le sujet viendra » déclarait-elle l’an dernier à la radio France Info. L’attribution récente des Jeux olympiques 2024 à Paris pourrait peut-être contribuer à accélérer le processus. Si Paris est une fête, sa région n'a jamais été une île, jusqu'à preuve du contraire.

    Une réforme très critiquée

    Si nommer les nouvelles régions a suscité des controverses, ce n’est rien à côté de celles qu’a provoqué le redécoupage des régions, une hérésie que dénoncent de nombreux géographes, à commencer par Roger Brunet, directeur de recherche au CNRS, le Centre national de recherche scientifique que nous avons interrogé. Verbatim.

    Ce découpage, j’ai toujours pensé qu’il était totalement dépourvu d’intérêt. Parce que ça ne change rien. Ça met un peu de désordre dans les attributions des villes qui étaient capitales ou préfectures de région. Mais surtout, je ne vois pas l’intérêt de regrouper des régions qui ont les mêmes attributions qu’avant. C’était aller dans le sens du vent qui demandait des choses plus grandes et plus puissantes. En réalité, c’est une utopie. Les pouvoirs et les moyens financiers de ces régions n’ont pas du tout changé. Ou bien l’État se défausse complètement et, dans ce cas, cela peut avoir un certain sens mais c’est une mauvaise appréciation de l’intérêt du modèle allemand, pour être clair. En Allemagne les régions sont autonomes, elles sont plus de moyens, plus de responsabilité mais elles sont aussi très inégales, ce qui n’est pas un modèle non plus. Mais c’est un phénomène plus général. Je pense que les réformes territoriales de ces derniers temps ne sont ni pensées, ni faites, ni à faire. On est dans le désordre le plus complet. On a des régions qui sont très inégales dans la dimension et la population, qui font comme avant en réalité, mais simplement avec des trajets plus longs quand il s’agit de se réunir dans les chefs-lieux. Vraiment je ne vois pas où est le progrès. Et je ne vois pas comment on fait des économies avec ce redécoupage. . Les Hauts-de-France, ça n’a aucun sens. C’est purement artificiel. Le nord n’existe plus parce que « le nord » c’est péjoratif. Les gens n’aiment pas le nord.  On avait déjà fait les Côtes d’Armor, ce qui veut dire littéralement les Côtes de la Côte, cela n’était déjà pas très astucieux. Mais les Hauts-de-France c’est tout simplement parce que c’est en haut sur la carte. Dans l’Est ils n’ont pas été beaucoup plus créatifs, ils ont mis « Grand Est ». En Aquitaine, ils n’ont pas fait beaucoup mieux avec Nouvelle Aquitaine. Ça frise le ridicule ! L’administration de l’État est en train de disparaitre. C’est une forme d’abandon de l’État qui n’est pas la seule, voyez ce qui est en train de se faire avec la suppression de la taxe d’habitation. Rien de tout cela n’est pensé. Les énarques qui nous gouvernent manquent de sens du territoire et de sens de la géographie du pays. Mais c’est un point de vue de géographe.

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