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    Prix Bayeux-Calvados 2017: «Le journalisme peut survivre, et va survivre»

    media Le grand reporter gallois Jeremy Bowen, photographié le 6 octobre 2017 à Bayeux, à l'occasion du prix des correspondants de guerre dont il préside le jury cette année. RFI / Igor Gauquelin

    La 24e édition du festival Bayeux-Calvados des correspondants de guerre entre ce samedi 7 octobre dans le vif du sujet. Dix prix seront remis dans la soirée à des journalistes pour leur travail de terrain, dont sept seront attribués par un jury international. Le président de ce jury, le Gallois Jeremy Bowen, a répondu aux questions de RFI. Journaliste à la BBC depuis 1984, il a couvert quasiment tous les continents.

    De notre envoyé spécial à Bayeux,

    Vous avez commencé votre carrière dans les années 1980. Qu'est-ce qui a changé depuis cette époque, à part bien sûr la technologie ?

    Je pense que l'essence du journalisme ne change pas. Je pense qu'il reste important d'être précis, d'être rapide, d'être équitable, de dénicher ce qu'il se passe, de manière honnête. Tout cela n'a pas changé.

    Bien sûr, la technologie a été complètement bouleversée. Mais ce qui a changé également, c'est qu'en raison de ces technologies, il y a plus de sources d'information, et certaines se révèlent vraiment fiables. A mon avis, les médias sociaux ont modifié beaucoup de choses.

    Je pense que les journalistes doivent travailler plus dur, ils doivent produire plus. Selon moi, ils manquent parfois de temps pour se demander de quelle manière penser les choses, s'arrêter sur ce qu'ils font. Ils sont sous pression.

    Que répondez-vous aux jeunes journalistes qui vous expliquent qu'ils veulent suivre votre exemple et votre mode de vie ?

    Je leur dis que c'est possible. Les choses ont un peu changé, il est peut-être plus difficile de passer toute sa carrière à travailler pour un seul employeur, comme ce fut mon cas puisque je travaille pour la BBC depuis plus de trois décennies. Je pense aussi qu'il faut probablement être plus familier que je ne le suis avec les nouvelles technologies. Il faut sans doute aussi penser à se filmer soit-même de nos jours.

    Mais regardez le monde : il est plein de confusion, plein de désolation, plein de mauvaises choses. Pour un journaliste, il est vraiment important de témoigner de toutes ces situations. Je pense qu'il y aura toujours une soif d'information.

    Construire une carrière est plus difficile aujourd'hui, je le crois, mais il n'était pas simple non plus d'entrer dans le métier quand j'ai commencé. Par exemple, à la BBC de mes débuts, pour la télévision, il n'y avait que cinq ou six correspondants basés à l'étranger. Maintenant, nous en avons probablement 20 ou 30. Ce sont autant d'emplois.

    Après quoi courriez-vous lorsque vous vous êtes lancé ?

    Je crois que je voulais voyager. Je voulais voir le monde et je voulais vivre des aventures. Puis, quand je suis devenu journaliste et que j'ai mieux compris de quoi il s'agissait, j'ai voulu être celui qui apporte la lumière dans les recoins sombres de ce monde. Voilà ce que je voulais faire.

    Essentiellement, quand j'ai commencé à la BBC, je crois que je voulais produire des films-documentaires. Je ne voulais pas être reporter. Mais j'étais bon et j'ai changé d'avis. Non, rétrospectivement, je crois que je ne voulais pas nécessairement être un reporter quand j'ai commencé...

    En revanche, l'aventure, ça c'était une grosse partie du projet. Voir le monde, voir des choses, me rendre dans des endroits incroyables. C'est finalement ce que j'ai fait. Et c'est ce que je continue de faire.

    Qu'est-ce qu'il en coûte ?

    Je crois que quiconque veut entrer là-dedans doit se fixer une cible. Ne pas laisser les choses lui arriver ; essayer plutôt de faire en sorte que des choses arrivent. Je veux dire : définissez-vous un objectif. Si vous voulez devenir correspondant à l'étranger, vous devez le décider, vous concentrer là-dessus.

    En premier lieu, il faut être un bon journaliste, et ensuite il faut pousser encore et encore dans la bonne direction. Un jour ou l'autre, ça paie. Parfois, certains se découragent, mais il reste tant d'opportunités.

    Encore une fois, quand j'ai commencé, il était vraiment difficile d'entrer à la BBC et dans les autres médias. Rien n'était simple non plus, il y a 30 ans. C'est juste difficile d'une manière différente de nos jours. Je crois que ça reste possible.

    Vous semblez plutôt optimiste quant à l'avenir de notre profession.

    Oui, je suis raisonnablement optimiste. Je vais vous dire : il y a environ 15 ou 20 ans, quand Internet démarrait encore tout juste, puis quand les médias sociaux sont apparus, des gens disaient qu'on n'aurait bientôt plus besoin des journalistes, parce que chaque citoyen pourrait faire office de journaliste.

    Cependant, je crois que les gens réalisent désormais que ce n'est pas toujours pertinent. Parfois, on ne sait même pas si certains s'expriment de là où on le suppose. Il peut simplement s'agir de quelqu'un dans sa maison en train de pianoter sur son portable.

    Je crois qu'en raison de cette prolifération, il est important de nos jours de pouvoir compter sur des journalistes professionnels, formés correctement et dignes de confiance aux yeux du public.

    La défiance grandit dans la population vis-à-vis des journalistes...

    Oui, on observe un manque de confiance. De manière générale, cela concerne d'ailleurs toutes les formes d'autorités morales entre guillemets. Les gens se questionnent beaucoup de nos jours. Je crois qu'il faut simplement tenter de gagner leur confiance, en faisant ce qu'on sait faire.

    Je crois que certains ont perdu confiance, beaucoup même, simplement parce que des journalistes n'ont pas agi de manière honnête, ou ont trop soutenu des lignes politiques par exemple. Ils ne peuvent pas être crus, parce qu'ils représentent quelque chose ou quelqu'un.

    Si l'on s'efforce d'être indépendant, et si l'on essaie de convaincre le public que l'on est indépendant dans ce que l'on fait, alors il est possible de gagner cette confiance.

    L'essence du journalisme, et rien de plus ?

    L'essence, c'est la confiance. Si les gens commencent à croire que vous n'êtes pas digne de confiance, alors vous avez tout perdu. Il faut s'efforcer d'être fiable. Je crois que je le suis. Je l'espère !

    La technologie va continuer de changer. Cela concerne la pratique du journalisme, mais cela concerne aussi la guerre. On voit par exemple arriver des robots tueurs sur le terrain. Tout ceci n'est-il pas inquiétant ?

    Le monde est en effet très inquiétant. Je dirais qu'à mes débuts, on avait de plus grandes chances d'être considérés sur le terrain comme des forces non combattantes, des gens qui étaient là simplement pour savoir et dire ce qu'il se passait. De nos jours, c'est plus inhabituel.

    Les gens ont pris conscience de la puissance des médias ; toutes les forces militaires, qu'il s'agisse des jihadistes, de l'armée française, britannique ou américaine, veulent gagner la guerre médiatique. Une manière d'y parvenir, c'est de pressuriser les journalistes, parfois de les tuer dans le cas des jihadistes.

    Je crois qu'il s'agit aussi d'une conséquence du cycle du 24 heures sur 24, sept jours sur sept dans les médias. Ça n'existait pas quand j'ai commencé. Maintenant, c'est le cas, et des gens veulent influer sur ce système. C'est une nouvelle forme de pression que l'on ne subissait pas il y a 30 ans.

    → À relire : Jeremy Bowen de la BBC remporte le prix radio 2016 à Bayeux pour un reportage à Sanaa

    Votre vie sur le terrain n'a jamais été un long fleuve tranquille.

    Non, en effet.

    Vous avez souffert du syndrome post-traumatique, comme une multitude de soldats dans le monde, n'est-ce pas ? Guérit-on d'un tel mal ?

    Je n'ai pas eu le gros syndrome, j'ai eu des symptômes après qu'un ami a été tué juste en face de moi au Liban en 2000. Mais j'ai souffert et je souffre toujours de dépression. Je pense que je le dois pour beaucoup à toutes ces années pendant lesquelles j'ai vu des choses difficiles.

    J'ai travaillé dur en tant que journaliste, et j'ai eu de la chance, j'ai atteint la reconnaissance. J'ai rencontré le succès, je suis sur la cime de l'arbre. Mais tout a un coût. Dans mon cas, une bonne part de ce coût est d'ordre psychologique. Vous savez, les relations, ce genre de choses, sont difficiles. Tout est difficile. Tout ce qui, dans la vie, importe le plus, demande des sacrifices.

    Je suis plus conscient aujourd'hui que jamais des sacrifices que j'ai fait pour être journaliste. Quand je faisais ces sacrifices, je ne le ressentais pas comme ça. Maintenant que je suis plus âgé, c'est différent. Quand on est loin la moitié de l'année, ou plus, qu'on va dans des endroits dangereux, cela a des conséquences sur la famille, sur les enfants...

    Est-ce que j'ai des regrets ? Si c'était à refaire, je ferais certaines choses différemment, sans aucun doute. Je ferais certaines choses différemment...

    Le nombre de journalistes disparus dans l'exercice de leur métier tend à décroître ces cinq dernières années, selon le décompte de RSF. Néanmoins, nous ne savons pas vraiment comment interpréter ces chiffres, qui pourraient tout aussi bien traduire nos hésitations de journalistes à se rendre désormais dans certains endroits. Mais il y a une constante : les reporters assassinés n'obtiennent que très rarement justice. Notre métier a-t-il un avenir sur les terrains difficiles ?

    Le fait est qu'il existe d'importantes situations que les journalistes sont en incapacité de couvrir. Ces dernières années, il est devenu impossible de se rendre à Raqqa ou dans d'autres parties de la Syrie et de l'Irak, où se trouve l'Etat islamique.

    Dans un temps plus ancien, il était possible d'avoir accès au terrain. Pendant les guerres en ex-Yougoslavie, c'était difficile, mais il était possible de voyager à peu près partout en observant les règles élémentaires. C'était dangereux, oui, mais c'était possible.

    Maintenant, dans certains endroits, les gens n'y vont simplement plus. Parce que si l'on se fait capturer, on se fait tuer. Ou alors on reste longtemps en prison et on finit par se faire couper la tête... Mon Dieu, à quoi bon ?

    Mais pour répondre à votre question, le journalisme peut survivre et va survivre, je le crois. Tout dans notre monde est désormais connecté, tout reste sauvage, et la soif de savoir des gens pour ce qu'il se passe est immense.

    Par exemple, je crois que les gens en Europe de l'Ouest sont désormais bien conscients de ce qu'il se passe au Moyen-Orient. A cause du terrorisme. Parce que certaines tueries survenues à Paris ou Londres s'inspiraient des évènements du Moyen-Orient.

    Les gens ne veulent pas mettre la tête dans le sable, je ne le pense pas. Ils veulent comprendre ce qu'il se passe. Il y a donc une demande, un besoin de journalisme.

    Les travaux présentés cette année à Bayeux concernent pour beaucoup le Moyen-Orient et l'Afrique. On trouve bien peu de choses sur l'Asie, par exemple. N'est-ce pas un problème, à l'heure où elle devient le centre du monde ?

    Vous savez, c'est ainsi de tout temps dans la presse. Il y a toujours beaucoup de nouvelles sur le Moyen-Orient. Je crois qu'en France, on reste traditionnellement très portés sur ce qu'il se passe en Afrique, et au Moyen-Orient d'ailleurs aussi.

    Mais c'est vrai ; par exemple, il y a peu de choses sur l'Amérique latine. Ça dépend des époques, cela dit. J'ai croisé, cette année à Bayeux, Jon Swain. Quand il était au Vietnam et au Cambodge, dans les années 1960-1970, on parlait d'Asie du Sud-Est dans les festivals comme celui-là.

    Les enjeux là-bas, à l'heure actuelle, relèvent plus de l'économie, ou sont souvent relatifs à l'émergence de la Chine. Mais il y a beaucoup à dire à ce sujet aussi, c'est vrai, et ça ne ferait probablement de mal à personne s'il y avait plus de choses sur l'Amérique latine et l'Asie.

    Ce n'est clairement pas votre première fois à Bayeux, n'est-ce pas ?

    Non, j'ai été très chanceux ici, j'ai gagné trois fois le prix ! Et à vrai dire, j'étais venu ici il y a de nombreuses années en tant que touriste. Je voulais voir les tapisseries. Nous avions traversé la Normandie en voiture, une fois, avec ma petite-amie de l'époque. J'avais 25 ou 26 ans, je crois.

    Pour quelqu'un qui a passé des décennies à la BBC, cet endroit doit avoir une saveur particulière !

    Oui, c'est un endroit rempli d'histoire. Et s'il y a un évènement dans l'histoire que j'aurais rêvé de couvrir en tant que journaliste, c'est bien le débarquement de 1944. Ça aurait été incroyable. Ces gens qui étaient là, qui ont débarqué...

    En fouillant dans les archives pour un anniversaire de la BBC, il y a des années de cela, j'avais trouvé un dossier au sujet des correspondants qui se préparaient à suivre l'invasion de l'Europe en 1944. On avait entraîné des gens pendant des mois, ils devaient emporter le moins de choses possible, certains avaient atterri en parachute ! Ça a dû être une expérience extraordinaire.

    S'il vous fallait mettre l'accent sur une œuvre en particulier présentée cette année à Bayeux, laquelle conseilleriez-vous ?

    Je ne veux pas trop influencer le public avec mes propres goûts, mais le film qui a été présenté jeudi soir, Mosul, d'Olivier Sarbil, est remarquablement bien fait. Cela parlait d'une ligne de front, mais dans le même temps, c'était une histoire de personnages présents sur ce front.

    Ce n'était pas juste du « bang bang ! », des échanges de tirs, c'était aussi une série de portraits sur ces hommes, donnant à voir leur manière de penser. Olivier suit très bien tous ces personnages, au point qu'on peut tous les voir soudain comme des individualités. Ça, je crois que c'est important. Surtout quand c'est très bien filmé. C'était brillamment filmé, à vrai dire.

    Ci-dessous, un reportage de Français Olivier Sarbil réalisé lors de ses allers-retours dans la ville irakienne de Mossoul. Certaines de ces images se retrouvent dans son film-documentaire présenté en avant-première à Bayeux jeudi 5 octobre.

    Le site internet du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre

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