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    Calais: un an après la jungle

    media Dans un parking à Calais, des médecins bénévoles accueillent les migrants, le 12 octobre 2017. THOMSON REUTERS FOUNDATION/Lin Taylor

    Il y a un an jour pour jour, des centaines de migrants de la jungle de Calais embarquaient à bord de bus pour rejoindre des centres d’accueil et d’orientation (CAO) en régions. Aujourd’hui, les associations qui leur viennent en aide dénoncent une situation qui s’est profondément dégradée.

    Ce lundi 24 octobre à l’aube, des centaines de migrants se pressent devant l’immense hangar loué pour l’occasion. A l’intérieur, ils sont répartis en quatre files : les hommes seuls majeurs, les mineurs, les familles et les personnes vulnérables. Les adultes sont envoyés vers des centres d’accueil et d’orientation (CAO) éparpillés en régions. Tous les quarts d’heure, un bus quitte Calais.

    L’évacuation de la jungle a commencé. Elle se poursuivra trois jours durant. Dans une chorégraphie bien huilée, le ballet des autocars laisse place à celui des pelleteuses qui rasent cette ville dans la ville, ses cabanes, ses restaurants et ses lieux de prière faits de bric et de broc.

    « C’est vraiment aujourd’hui la fin de la jungle », proclame la préfète d’alors, Fabienne Buccio, le mercredi. Le gigantesque camp, devenu au fil des mois un symbole de l’échec européen en matière d’accueil des migrants, est officiellement vidé de ses occupants. Selon la préfecture, près de 6 000 personnes ont été « mises à l’abri », soit presque autant que ceux qu’elle avait recensés avant l’évacuation. Mais bien moins que les 8 300 dénombrés par des associations à la mi-octobre, relève à l’époque La Voix du Nord.

    Dix fois moins de migrants

    Un an plus tard, 42% de ceux qui avaient demandé l’asile l’ont obtenu, indique l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). 46% attendent encore une réponse définitive. La promesse de ne pas renvoyer les « dublinés » qui, en vertu des accords de Dublin, ne peuvent faire leur demande que dans le pays où ils ont laissé leurs empreintes, a été respectée. A Calais, le nouveau préfet Fabien Sudry se réjouit d’une baisse de la pression migratoire. « Les moyens permanents ont permis ce résultat de zéro intrusion au tunnel sous la Manche, de trois fois moins de tentatives au port », salue-t-il dans les colonnes de La Voix du Nord.

    La préfecture évalue ainsi à 500 le nombre de migrants présents à Calais. La maire (LR) Natacha Bouchart évoque 800 à 1 000 personnes. Une bataille de chiffres censés démontrer, pour l’un, la réussite de la politique gouvernementale ; pour l’autre, l’impérieuse nécessité de donner plus de moyens à sa ville. Les associations s’accordent quant à elles sur le chiffre de 700, dont une centaine de mineurs. « Mais il y a du mouvement », précise François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants.

    Entre ceux qui arrivent d’Italie, ceux qui ont vu leur demande d’asile rejetée en Allemagne, les Soudanais partis de Belgique par peur d’être renvoyés dans le pays qu’ils ont fui, ceux qui repartent, ceux placés en centres de rétention, et les rares qui arrivent à traverser la Manche, les migrants de Calais ne sont jamais les mêmes.

    «On est traités comme des bêtes»

    « Il y a moins de monde, mais plus de tension », prévient Franck Esnée, coordinateur de Médecins du Monde. Dans la zone portuaire transformée en forteresse barbelée, ils errent par petits groupes, trompant leur ennui autour d’une bière ou d’un ballon de foot, guettant l’occasion qui leur permettra de gagner l’Angleterre.

    Les journées sont rythmées par les distributions de nourriture et de vêtements assurées par les associations. Les nuits, par les raids des forces de l’ordre qui les délogent de la lande, des bois, des ponts ou des conduits d’égouts où ils tentent de trouver refuge. Les tentes, les bâches qui servent de toit, les duvets, les couvertures et les vêtements, tout est confisqué ou aspergé de gaz lacrymogène. « On est traités comme des bêtes », répondent-ils lorsqu’on les interroge sur leurs conditions de vie. Chacun y va de son témoignage. L’un, brandissant une plaie à la main, raconte avoir été matraqué. Un autre, les yeux encore rougis, affirme avoir été gazé.

    « Les migrants disent que ceux qu’ils préfèrent, ce sont les gendarmes mobiles. Parce qu’ils ne frappent qu’une fois », rapporte François Guennoc, de l’Auberge des migrants. En juillet, l’ONG Human Rights Watch a publié un rapport accablant sur les violences policières à Calais. Suite à ces accusations, une « mission d'évaluation » a été commandée par le ministère de l'Intérieur. Elle reconnaît de « plausibles » abus des forces de l'ordre.

    Les associations poursuivent donc leurs rondes, équipées de caméras. Elles ont constaté que les violences étaient moins nombreuses en présence de témoins. De mars à août, elles ont elles-mêmes fait les frais du zèle de la police. « Les contrôles d’identité étaient systématiques, les amendes pleuvaient », se souvient François Guennoc. Jusqu’à ce que le tribunal administratif décrète que le travail des associations ne pouvait pas être entravé.

    Une situation sanitaire alarmante

    « Pas de point de fixation à Calais », a martelé Gérard Collomb en juin lors d’une visite sur place. Pas question pour le ministre de l’Intérieur de revivre l’époque de la jungle. Répondant à cette injonction, tout est fait pour décourager les migrants de s’établir ici. Ce n’est ainsi qu’au terme d’un interminable bras de fer judiciaire conclu par une décision du Conseil d’Etat qu’un accès à des douches et des sanitaires leur a été accordé. Un accès que l’ONU juge trop limité. « Il est préoccupant qu’environ 700 migrants à Calais et ses environs comptent temporairement sur 10 toilettes portatives et 10 robinets seulement », a récemment estimé le Haut Commissariat aux droits de l’homme (HCDH).

    La situation sanitaire reste alarmante. Médecins du Monde alerte sur la gale « omniprésente », des cas de varicelle et de tuberculose, et déplore un suivi médical rendu impossible par le harcèlement policier. « Je ne suis pas nostalgique de la jungle. C’était un truc dégueulasse, de la souffrance sous la toile. Mais c’était un espace où l’on accédait aux personnes. On pouvait les soigner, s’inscrire dans la temporalité. Aujourd’hui, il n’y a que de l’errance. Les gens se cachent, ils ne se soignent pas », soupire Franck Esnée, le coordinateur de l’ONG dans la région.

    Aussi effroyable soit-elle, la situation ne décourage pas les migrants, accrochés à leur désir de rejoindre l’Angleterre comme à une bouée. Selon une enquête menée par l’Auberge des migrants, ils sont plus de 92% à vouloir demander l’asile outre-Manche, principalement parce qu’ils y ont des proches. Mais l’arrivée de l’hiver fait craindre une aggravation des conditions de vie. Bien que le préfet leur ait promis la mise à l’abri des femmes et des enfants, et l’ouverture d’un bâtiment en cas de plan grand froid, les associations redoutent des morts. « Ce risque n’existait pas à l’époque du camp, note François Guennoc, parce que tout le monde avait de quoi se réchauffer. »

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