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    France

    «De nombreuses victimes des attentats peinent à retrouver un emploi»

    media Arthur Dénouveaux est le président de l’association Life for Paris 13 novembre 2015. RFI / Stéphane Lagarde

    A chaque veille de 13 novembre, les journées s’allongent pour Arthur Dénouveaux. Ce rescapé de la fosse du Bataclan il y a deux ans nous a donné rendez-vous non loin de son travail, dans un passage près de la place Vendôme à Paris.

    Depuis quelques jours, le téléphone d'Arthur Dénouveaux n’arrête pas de sonner. En plus de son travail dans la finance, il doit assurer son rôle de représentant des victimes en tant que nouveau président de l’association Life for Paris 13 novembre 2015. Le téléphone sonne : « C’est l’Elysée en vue des commémorations de ce lundi ! ».

    RFI : Comment allez-vous deux ans après les attentats ?

    Arthur Dénouveaux : Cela dépend des jours. Il y a à la fois l’incrédulité du fait que deux ans se soient écoulés. Il y a la tristesse de voir que malheureusement en deux ans, il y a certes une amélioration de l’état de santé de certains, mais pas de tous. Voilà, il reste encore beaucoup de questions.

    Qu’est-ce qui fait que la douleur reste ?

    Alors il y a d’abord ceux qui sont blessés. Huit victimes sont encore hospitalisées de jour. Ensuite, il y a les blessures psychiques, le choc post-traumatique qui peut être extrêmement long. C’est quelque chose qui disparaît peut-être avec le temps, des études sont en cours, mais ce qui est sûr, c’est que ça dure.

    De votre côté, ça a l’air d’aller…

    Je pense faire partie de ceux qui vont le mieux, effectivement. Savoir pourquoi en revanche, mystère ! C’est bien quelque chose qu’il est difficile d’expliquer. J’ai eu la chance d’être bien entouré par ma famille et de trouver une aide médicale bien adaptée à mon cas. Et le fait de faire partie d’une association m’a aussi aidé à reprendre pied. Par ailleurs, je travaille à plein temps dans une banque. L’association se rajoute à mon travail, à part cette dernière semaine où je ne fais plus que cela.

    De nombreuses victimes du 13-Novembre se font tatouer. Avez-vous une explication ?

    Il y a un certain nombre de personnes qui se sont fait tatouer après les attaques. Un livre de photos va d’ailleurs bientôt être publié à ce sujet. Il a été codirigé par l’un des membres de l’association. Pour les sociologues spécialistes des tatouages, se tatouer, c’est opérer une métamorphose ou, du moins, marquer une certaine métamorphose volontairement. Or subir un attentat, c’est aussi subir une métamorphose, mais complètement contre son gré. On peut donc voir ce geste comme une réappropriation de son destin.

    Le tatouage est entré dans les mœurs. On a le Tatoorialist qui fait des photos de tatouages depuis bien avant les attentats, et qui en refera après. Il a remarqué que beaucoup de monde voulait marquer sur sa peau ce qui s’est passé.

    Parmi les difficultés post-attentat, la difficulté de trouver un emploi...

    Cela fait partie de nos grands axes de travail du moment et on a des tables rondes avec l’Etat pour aider les victimes au retour à l’emploi des gens qui ont subi des actes terroristes.

    Combien de personnes sont concernées ?

    Il est aujourd’hui difficile d’avoir des chiffres précis. On sait que pour les attentats du 13 novembre, cela concerne plusieurs centaines de personnes qui vont bénéficier d’aide et de formation, même si les modalités ne sont pas encore définies.

    Pourquoi est-il difficile de retrouver un emploi après un tel traumatisme ?

    D’abord, il est difficile de garder son poste. On voit beaucoup de gens perdre leur emploi et en changer. Outre les blessures physiques, il y a les blessures psychologiques qui vous font vous poser beaucoup de questions et qui vous transforment profondément. C’est difficile de continuer à faire ce que l’on faisait avant par exemple.

    Le stress post-traumatique, ce sont des pics et des vallées. Il y a des hauts, mais il y a aussi des bas. Avoir un emploi quand on est en bas, c’est difficile. Reprendre un nouvel emploi quand on a des bas, c’est difficile aussi. Se réinsérer dans la société, marcher dans les rues, prendre le métro, c’est très difficile aussi. Je connais beaucoup de gens qui ont abandonné leur emploi ou qui sont encore en arrêt de travail et qui se demandent s'ils sont encore aptes à travailler et à reprendre un job à plein temps.

    Quel importance revêt le souvenir aujourd’hui ?

    On a la fois la peur d’être oublié et la crainte que le souvenir ne soit pas le bon. On commence ainsi à entendre parler des « attentats du Bataclan ». Les attaques du 13-Novembre se sont déroulées dans de nombreux lieux : des terrasses, le bataclan, le Stade de France. Ce deuxième anniversaire est un moment où les mémoires individuelles et la mémoire collective commencent à diverger. Il sera donc très important d’avoir dans la mémoire collective un ancrage fidèle à ce qui s’est passé.

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