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    France

    Handicap: «L'école inclusive», une priorité

    media Dans une école de Cherbourg-Octeville (nord de la France), le 28 janvier 2016. CHARLY TRIBALLEAU / AFP

    A l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, le ministère de l’Education nationale en France a choisi le thème de « l’école inclusive » pour ouvrir le débat sur le handicap dans les établissements scolaires, un terme qui désigne une volonté d’inclure les élèves handicapés dans les salles de classe.  En novembre 2016, le Défenseur des droits Jacques Toubon qualifiait de « préoccupante » la situation de l'accès à l'école pour les enfants handicapés, bien que soulignant les progrès accomplis depuis 2005.

    « Des transformations durables pour une école inclusive ». Le thème retenu par le ministère français de l’Education à l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées se déclinera en différentes « actions de sensibilisation dans les établissements scolaires » lundi 4 décembre, détaille l’institution. Des outils et des ressources, notamment des courts-métrages, des films (« Intouchables », « Le Discours d’un roi »), une bibliographie et différents jeux pour animer une séance de sensibilisation au handicap seront mis à disposition des professeurs des écoles via le site Eduscol.

    Contacté par RFI, le ministère explique que l’objectif de cette journée est de « permettre à la communauté éducative d’échanger sur le handicap, le fait d’accepter les différences et de les vivre ensemble ». Selon les chiffres du ministère, en 2016-2017, 300 815 enfants en situation de handicap ont été scolarisés dans les écoles et établissements relevant du ministère de l’Éducation nationale (public et privé).

    Depuis le 11 février 2005, une loi existe pour garantir l’inclusion des enfants en situation de handicap à l’école. « Le remplacement du terme ‘intégration’ par celui ‘d’inclusion’ a son importance », souligne Marie-Hélène Jacques, enseignant-chercheur en Sciences de l’Education à l’ESPE [Ecole supérieure du professorat et de l’éducation] de l’Académie de Poitiers. « L’intégration pointe la différence des personnes, quand l’inclusion signifie que c’est à l’environnement d’accueil - l’école - de s’adapter pour accueillir la personne dans sa singularité et rendre les apprentissages accessibles », ajoute-t-elle.

    «L’école doit s’adapter aux enfants handicapées, et non l’inverse»

    Comment une école devient-elle « inclusive »? Selon Marie-Hélène Jacques, il s'agit d’abord de porter un soin tout particulier à la formation initiale des enseignants, et à l’apprentissage de la pédagogie différenciée. « Un enseignant de mathématiques doit par exemple pouvoir adapter son cours à un élève autiste, qui a besoin de rituels, d’une planification précise de son activité », explicite-t-elle. « Cet enseignant peut utiliser un planificateur avec des pictogrammes, qui signifie à l’enfant quand l’activité commence et quand elle se termine. Des tablettes numériques peuvent également lui permettre de visualiser les activités qui l’attendent de façon à être moins anxieux et d’aborder l’apprentissage en toute sérénité », ajoute Marie-Hélène Jacques.

    « L’école doit s’adapter aux enfants handicapées, et non l’inverse », confirme Jean-Louis Garcia, président de l’APAJH [Association pour adultes et jeunes handicapés]. Très liée à l’Education nationale depuis ses débuts en 1962, l’association défend l’idée que l’inclusion des enfants handicapés à l’école, en plus d’être bénéfique pour eux, permet aux autres élèves de « grandir et d’ouvrir leur esprit », témoigne M. Garcia.

    Dans cette optique, l’APAJH participe dans certains départements à la formation initiale et continue des enseignants. Mais bien que la formation aux handicaps soit inscrite dans la loi, « dans les faits, chaque ESPE choisit ou non de délivrer des formations sur le handicap à ses élèves », indique Jean-Louis Garcia. Théoriquement, tout enseignant qui débute doit être en mesure d’accueillir un enfant handicapé car il a appris la pédagogie de la différenciation, mais dans la réalité est bien différente : c’est « au petit bonheur la malchance, pour ceux qui ne reçoivent pas de formation », explique-t-il, avant de souligner l’existence d’institutions où « ça marche », où l’inclusion est même une priorité. « Il faut aussi s’appuyer sur les belles réalisations, garder son optimisme », conclut-il.

    [Infographie] L'école inclusive : une priorité nationale

    L’école inclusive : une «utopie» ?

    L’école inclusive n’est pas une « utopie », atteste Marion Aubry, vice-présidente de l’association TouPI [Tous pour l’inclusion], qui cite en exemple l’Italie, la Catalogne, la Suède, où les établissements spécialisées « n’existent pas ». Si la France n’est pas dernière au classement, la jeune femme regrette que le pays « ne mette pas vraiment les moyens en place pour mettre en œuvre l’école inclusive, que ce soit au niveau de la formation des profs, de l’accompagnement des AVS ».

    La vice-présidente de l’association estime que le chemin est encore long avant d’atteindre l’idéal d’une école inclusive. Selon elle, « il y a toujours autant d'élèves handicapées dans les institutions spécialisées, dans lesquelles ils reçoivent très peu d’enseignement. On a une culture en France qui est de « ghettoïser » les enfants handicapés ». La jeune femme, qui accompagne au quotidien des familles, a été témoin de situations critiques : « bien que bénéficiant d’une décision de la maison départementale des personnes handicapées, des enfants n’ont toujours pas d’AVS en novembre / décembre », raconte-t-elle.

    Dans ces situations, le manque d’accompagnement des élèves les force à rester chez, et oblige au moins l'un des parents à se rendre disponible. En cause : l'augmentation de la demande d'accompagnants. « En 2006, 26 000 élèves étaient accompagnés par une AVS. Il y en a 164 000 aujourd’hui. En conséquence, les Académies n’arrivent plus à suivre », déplore Marion Aubry. Et la « sanctuarisation » de 50 000 contrats aidés annoncés par la secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées ne satisfait pas non plus la vice-présidente de TouPI, qui plaide pour la création « de vrais postes, moins précaires rémunérés correctement ».

    L’enjeu majeur de la sensibilisation

    « On observe le plus souvent que les réticences à accueillir un enfant handicapé dans une classe ne viennent pas des jeunes enfants, mais de leurs parents, qui considèrent que l’enseignant va trop s’occuper de cet enfant « différent », détaille Marie-Hélène Jacques. Des campagnes de sensibilisation sont donc régulièrement organisées par les différentes associations. Si la Journée internationale des personnes handicapées contribue à mettre en lumière les enjeux budgétaires et politiques qui entourent l’école inclusive, elle éclaire également la réalité quotidienne des associations, pour qui « la Journée des personnes handicapées, c’est tous les jours », conclut Marion Aubry.

    →A écouter : 7 Milliards de VoisinsQuelle école pour les élèves en situation de handicap?

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