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    France

    France: «la prison ne peut plus effectuer son rôle de réinsertion»

    media La prison de Fresnes, près de Paris, l'une des plus surpeuplées de France. PATRICK KOVARIK / AFP

    Les avocats de détenus de la prison de Fresnes, près de Paris, ont annoncé jeudi 30 novembre vouloir saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Ils dénoncent la surpopulation et les conditions de détention dans cet établissement, qui a déjà été l’objet d’une alerte de la part du Contrôleur général des lieux de privation de liberté, fin 2016. Un exemple parmi d’autres de l’état des prisons françaises, qui préoccupe tous les observateurs.

    Près de 200 % d’occupation, des détenus très souvent à trois par cellule, des conditions d’hygiène que le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) qualifie de « désastreuses » - rats et punaises de lit y prolifèrent – et un manque criant de personnel. A la maison d’arrêt pour hommes de Fresnes, les problèmes accumulés mettent en lumière des maux qui affectent plus généralement les prisons françaises.

    A commencer par leur surpopulation : près de 80 000 personnes sont incarcérées en France – précisément 79 999 au 1er novembre 2017 – pour moins de 60 000 places disponibles. Un problème que la construction de nouvelles prisons ne résout pas, puisque le nombre de détenus augmente systématiquement plus vite que le nombre de cellules. « Il y a toujours plus de peines, plus de mandats de dépôt, les peines sont plus longues, plus de mineurs sont incarcérés », résume Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté.

    Des maisons d’arrêt bondées

    La situation est particulièrement critique en maison d’arrêt, là où sont retenus les prévenus pas encore jugés et ceux condamnés à des peines courtes, inférieures à deux ans. Ce sont elles qui sont surpeuplées, avec en moyenne 141 % d’occupation et des pics à plus de 200 % dans certains établissements.

    Non seulement cela signifie que les détenus y sont très majoritairement plusieurs par cellule, mais également que leurs conditions d’incarcération sont fortement dégradées. « Pas mal de prisonniers dorment par terre, sur des matelas », dénonce François Bès, responsable du pôle enquêtes à l’Observatoire international des prisons.

    Surtout, ce nombre trop élevé de détenus « entraîne une atteinte à la plupart des droits fondamentaux », dont notamment « le droit à la dignité, ou les droits familiaux » renchérit Adeline Hazan. La surpopulation carcérale n’est pas qu’un problème isolé : elle exacerbe tous les dysfonctionnements des prisons françaises.

    Manquements à l’hygiène...

    Lors de ses visites, la Contrôleure générale des prisons constate ainsi « assez souvent des problèmes d’hygiène et d’humidité ». Les nuisibles, à Fresnes comme ailleurs, constituent « un problème sanitaire qui met en danger non seulement les détenus, mais aussi les personnels présents sur place », abonde François Bès.

    Rester propre devient également une gageure : « quand des douches sont prévues pour cent personnes qui se lavent trois fois par semaine et qu’elles en accueillent trois cents, elles se dégradent plus rapidement », souligne le militant. Dans une lettre envoyée à la Contrôleure, un détenu raconte par exemple sa détresse face à des douches communes « dans un état dangereux pour la santé, car il s’y trouve des champignons visibles, de la moisissure, un système de ventilation inexistant, une intimité inexistante, car absence de portes aux douches, aucune fenêtre pour ventiler ou aérer ».

    ...Et accès aux soins difficile

    Dans ces circonstances, les problèmes de santé s’aggravent, alors même que « comme il y a beaucoup plus de demandes que de moyens », les délais de prise en charge sanitaire sont très longs, se désole François Bès. Les détenus peuvent attendre plusieurs mois pour consulter un spécialiste, voire plusieurs années dans certaines maisons d’arrêt en zone rurale, plus difficiles d’accès pour les médecins.

    S’ensuit une souffrance physique, mais aussi psychologique, renforcée par la promiscuité – génératrice de violences – et le désœuvrement des prisonniers. Leur nombre diminue en effet leur accès au parloir, donc le contact avec leurs proches. Par manque de moyens, ils perdent aussi fréquemment leurs possibilités de se former, de travailler ou même de faire du sport.

    Autant de problèmes complexes à chiffrer et donc à mettre en valeur, mais dont les effets sont dramatiques, explique sans langue de bois Adeline Hazan. « Globalement, la prison en France ne peut plus effectuer son rôle de réinsertion. La réalité, c’est que souvent les détenus sortent encore plus dé-insérés, y compris pour les courtes peines. »

    Surveillants sous pression

    Confronté à cette conjoncture, le personnel des prisons en subit également le contrecoup. François Bès remarque une explosion du nombre de demandes de mutations chez les surveillants. Dans les centres surpeuplés, « tout retard a des conséquences sur les autres tâches à effectuer, donc le personnel vit une pression extrême ». Ce qui fait qu’ils « n’ont pas le temps d’individualiser les rapports avec les détenus, de régler les problèmes, de désamorcer les tensions ». Impossible ou presque pour eux d’effectuer toute la partie humaine de leur travail. Un véritable cercle vicieux, puisque ce manque de communication favorise l’apparition des tensions.

    D’autant plus que les surveillants sont en sous-effectif constant et « travaillent dans des conditions indignes », s’alarme Adeline Hazan. Plus il y a de prisonniers, moins il semble y avoir de personnel pour les encadrer : « à Fresnes ou à Nanterre par exemple, il y a souvent un surveillant pour une centaine de prévenus ». Pire, « 70 % des surveillants de Fresnes sont des stagiaires, très jeunes », qui ne sont habitués ni à une telle charge de travail, ni à la pression quotidienne qu’ils vivent.

    Prisons vétustes et sales ou neuves et déshumanisées

    Une cellule de la prison des Baumettes, à Marseille, dans le sud de la France, le 6 novembre 2017. BORIS HORVAT / AFP

    Toujours plus graves, ces problèmes ne sont pourtant pas nouveaux et l’apparition de maisons d’arrêt modernes n’y change rien, au contraire. Les constructions nouvelles se font « très souvent au détriment de la maintenance » de l’existant, constate la Contrôleure, qui s’inquiète notamment de la baisse d’un tiers de la part allouée à la maintenance et à la rénovation dans le budget 2018 de l’administration pénitentiaire, alors que cette part est déjà « insuffisante ». Résultat : les maisons d’arrêt sont « souvent en mauvais état, très sales ».

    Quant aux bâtiments neufs, autonomes et équipés de nombreuses caméras, ils se révèlent anxiogènes tant pour les prisonniers que pour leurs encadrants. « Personne ne pense que c’est une bonne solution, ni les détenus ni les surveillants ! Ils y ont encore moins de contacts et nous disent qu’ils préfèrent une vieille prison dégradée » s’exclame Adeline Hazan. En écho, François Bès rapporte que les maisons d’arrêt neuves observées par l’OIP « présentent toutes des taux de suicide plus élevés que les vieilles ».

    Peines alternatives et « courage politique »

    Pour changer véritablement les choses, la Contrôleure des prisons comme l’OIP souhaitent un recours beaucoup plus massif aux peines alternatives (travaux d’intérêt général, bracelet électronique, etc.) qui ne sont aujourd’hui « pas assez requises par les parquets, pas assez prononcées par les magistrats ». Des solutions déjà préconisées par la loi, mais sans que des moyens suffisants y soient consacrés. Il manque pour cela le « courage politique » d’imposer ces mesures qui ne vont « pas vraiment dans le sens de l’opinion publique ».

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