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    France

    Les trois vies de... Marguerite Yourcenar

    media La romancière française Marguerite Yourcenar (au centre), prononce son discours à «La Chambre des 40» à l'Académie française, le 23 janvier 1981. AFP

    Trente ans après sa disparition le 17 décembre 1987, les amateurs de la chose littéraire se souviennent encore aujourd'hui de la beauté et la force intellectuelle de l'œuvre de Marguerite Yourcenar, entrée du vivant de l’auteur dans le canon des lettres mondiales. On se souvient aussi des polémiques suscitées par son accueil à l’Académie française fermée aux femmes pendant trois siècles et demi.

    Il y a trente ans disparaissait Marguerite Yourcenar, première femme écrivain à être élue à l’Académie française. Cette élection survenue en 1980, soit près de trois siècles et demi après la création en 1635 de l’auguste institution par le cardinal Richelieu, fut un véritable événement dans l’univers littéraire français, longtemps misogyne. Relayé à travers le monde par les médias, l’événement relança les traductions de l’œuvre protéiforme de l’écrivain devenue une classique des lettres françaises contemporaines, mais dont on ne connaissait jusque-là que le volet fictionnel, notamment les deux romans qui avaient fait la réputation de l’auteur: Mémoires d’Hadrien (1951) et L’Ouvre au noir (1968).

    « Marguerite Yourcenar était en pleine gloire au moment de sa mort », écrit la journaliste Josyane Savigneau, la biographe de l’écrivain. On était alors sept ans après l'accueil de l'écrivain à l’Académie française. Une reconnaissance tardive que l’octogénaire qui avait écrit l’essentiel de son œuvre dans la solitude de sa résidence américaine, considérait avec amusement, se sacrifiant de bonne grâce au rituel de la médiatisation.

    L’académicienne s’apprêtait à partir en décembre 1987 pour une tournée européenne pour la promotion de ses livres quand elle a été terrassée par un accident cérébral et transférée à l’hôpital de l’Etat du Maine, proche du village dans l’île des Monts-Déserts, sur la côte atlantique, au nord des Etats-Unis, où Yourcenar avait élu résidence. Elle délirait à son arrivée à l’hôpital et ne s’est calmée que lorsque l’un de ses proches amis français est venu à son chevet et lui a parlé dans sa langue maternelle. La légende veut que immédiatement les délires ont cessé, laissant place sur le visage de l’agonisante une expression de soulagement, presque de bonheur, avant que la lumière ne s’éteigne pour de bon.

    Une première vie littéraire, en Europe

    C’est en 1937-38 que Marguerite Yourcenar effectue son premier voyage aux Etats-Unis. Elle y revient en 1939, fuyant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie. Elle revient aussi pour rejoindre Grace Frick, une professeure d’Anglais qu’elle avait rencontrée à Paris et qui deviendra sa traductrice et sa compagne jusqu’à la mort de celle-ci d’un cancer en 1979.

    Le séjour devait être bref, mais traîna en longueur à cause de la Seconde Guerre mondiale qui allait durer encore six ans et qui empêchait la jeune femme de rentrer en Europe. Pour survivre, elle enseigne le français dans des universités, avant de s’installer définitivement avec sa compagne sur l’île des Monts-Déserts où les deux femmes avaient acquis ensemble une propriété baptisée «  Petite Plaisance  ». C’est dans cet ermitage que Yourcenar a écrit ou plutôt réécrit son grand livre les Mémoires d’Hadrien, puisqu’elle en avait écrit une version initiale dans une première vie littéraire en Europe.

    Venue au monde en 1903 à Bruxelles, de père français et de mère belge, la future « monstre sacré  » des lettres françaises s’appelait Marguerite de Crayencour à sa naissance. Sa mère étant morte en lui donnant naissance, elle passera son enfance et son adolescence auprès de son père, partageant sa vie entre le domaine de la famille paternelle, en Flandre française, et dans le midi. Elle ne suivra jamais de cours réguliers, mais fera d’excellentes études privées sous la direction d’un père très cultivé, qui lui transmit son goût pour les langues, la littérature et les voyages. Avec lui, elle découvrira encore adolescente, l’Italie, la Suisse, la Grèce. C’est sans doute pendant ces voyages qu’elle forma le projet d’écrire un jour sur la vie de l’empereur romain Hadrien et sur les affrontements religieux de la Renaissance à travers le personnage imaginaire du médecin Zénon.

    A 18 ans, encouragée par son père, la jeune Marguerite se lance dans la carrière d’écrivain en publiant un premier recueil de poèmes intitulé Le Jardin des chimères, signé «  Marg Yourcenar ». C’est l’anagramme presque parfaite de son patronyme, dont elle finira par se servir exclusivement jusqu’à en faire son nom légal aux Etats-Unis. A 26 ans, elle publie son premier roman intitulé Alexis ou le Traité du vaine combat (1929). Ecrit entre Lausanne, Paris et Bruxelles, le roman qui s’inscrit dans la lignée des récits gidiens, raconte une pudique histoire d’homosexuel. Il connut un grand succès d’estime et lança la carrière de Marguerite Yourcenar. Elle alterne désormais entre essais littéraires (biographie de Pindare en 1932), de romans (La Nouvelle Eurydice en 1931, Denier du rêve en 1934, Le Coup de grâce en 1939), de nouvelles (Nouvelles orientales en 1938), de poésie (Feux en 1936), de traductions (Les Vagues de Virginia Woolf en 1937).

    Pendant cette première période littéraire qui se clôt avec le départ de l’écrivain pour les Etats-Unis, Yourcenar avait déjà achevé une première version des Mémoires d’Hadrien qu’elle reprendra une décennie plus tard pour en faire le chef d’œuvre qu’on connaît, à mi-chemin entre la relecture de l’Histoire, l’érudition et le récit moderniste d’un homme déchiré entre lucidité et passion. Ce travail d’élaboration en deux temps s’impose aussi comme la marque de fabrique de la démarche yourcenarienne qui permet à l’écrivain à la fois d’approfondir et de réorienter les thèmes qui lui sont chers, mais aussi les motivations de ses héros.

    Antiquité, Renaissance et la quête généalogique

    L’écrivain connaît la notoriété mondiale avec la parution en 1951 de son roman les Mémoires d’Hadrien, sans doute son opus magnum. Elle l’a écrit ou réécrit en deux ans, après avoir retrouvé en 1949 le manuscrit de la première version dans une malle égarée dix ans plus tôt. Structuré sous la forme d’une lettre fictive de l’empereur Hadrien adressée à son petit-fils adoptif, le futur Marc Aurèle, le roman fait le bilan d’une existence de chef d’Etat, à la fois bâtisseur et philosophe.

    Agé de soixante ans, Hadrien veut restituer le passé à travers ce récit profondément mélancolique où alternent la satisfaction d’avoir bien exercé le pouvoir et les ombres du règne qui ne cessent de hanter le narrateur arrivé au crépuscule de la vie. Parmi ces ombres, nombreuses erreurs de jugement et les emportements des passions incarnées par la liaison amoureuse avec le Grec Antinoüs qui fut le dernier grand amour de la vie de l'empereur. Hadrien reste un homme dévasté à jamais par le suicide de ce jeune et bel amant. Le retour sur ce passé douloureux est sa manière de réaffirmer l’impossible équilibre entre le goût pour la connaissance et les séductions de la chair.

    Tapa de 'L'oeuvre au noir' de Marguerite Yourcenar. Folio/Gallimard

    Yourcenar détestait qu’on réduise ce roman à « un ouvrage d’érudition sur l’Antiquité  », alors qu’elle voulait qu’on le lise avant tout comme le récit « d’un homme aux prises avec le conditionnement du temps et cherchant à le surmonter, à le dominer ». C’est aussi le projet qui anime L’Oeuvre au noir, le deuxième grand roman de cette seconde période littéraire de la « dame de Monts Déserts » et couronné par le prix Femina lors de sa parution en 1968. Campé à l’époque de la Renaissance, ce récit met en scène la vie et la mort de l’alchimiste Zénon, héros imaginaire et philosophique, qui se veut détaché des préjugés, mais qui finira sur le bûcher vaincu par l’intolérance et les affrontements religieux de son temps.

    Désormais, Yourcenar est un «  monstre sacré » de la littérature française, considérée comme un auteur classique, comme en témoigne la parution de son vivant, en 1982, du premier volume de ses œuvres dans la Bibliothèque de la Pléiade. Son prestige grandit avec la parution dans les années 1970 des deux premiers tomes de ses récits de quête généalogique consacrés aux ascendants maternels et paternels : Souvenirs pieux (1974) et Archives du Nord (1977). Elle n’aura pas le temps de finir le troisième tome de cette enquête identitaire Quoi ? L’Eternité qui paraît posthumément en 1988. Ce livre se vend dès les premiers mois de sa parution à 80 000 exemplaires.

    Parmi les « Immortels » du quai Conti

    C’est cette écrivain prestigieuse, auréolée du succès populaire de son œuvre éclectique, traduite dans le monde entier, que Jean d’Ormesson est venu chercher en 1980 pour siéger à l’Académie française. On se souvient des polémiques épiques que cette initiative avait suscitées en son temps. Les académiciens se sont moqués de son écriture classique et de la pureté méditative de son style, des qualités qui justement la placent aujourd’hui, avec Saint-Exupéry et Camus, dans le trio de tête des auteurs français les mieux vendus du XXe siècle.

    On se souviendra de la remarque de Claude Lévi-Strauss qui s’était prononcé contre l’élection d’une femme à l’Académie « parce qu’on ne change pas les plumes de la tribu ». Enfin, on se souviendra de la cérémonie de la réception de Marguerite Yourcenar à l’Académie française, le 21 janvier 1981, en présence du président de la République, Valéry Giscard d’Estaing. La cérémonie était intégralement retransmise en direct à la télévision, tout comme le discours habile de la nouvelle académicienne, faisant passer devant les académiciens réunis les ombres de toutes ces femmes qui auraient mérité autant que les hommes de siéger dans cette assemblée auguste.

    « Vous m’avez accueillie, proclamait l’auteur des Mémoires d’Hadrien et de L’œuvre au Noir, ce moi incertain et flottant dont j’ai contesté moi-même l’existence et que je ne sens vraiment délimité que par les quelques ouvrages qu’il m’est arrivé d’écrire, le voici, tel qu’il est, entouré, accompagné d’un troupeau invisible de femmes qui auraient dû, peut-être recevoir beaucoup plus tôt cet honneur, au point que je suis tentée de m’effacer pour laisser passer leurs ombres… »

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