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    Maudy Piot, une vie consacrée aux handicapées victimes de violences

    media Maudy Piot, le 24 août 2013. CC BY-NC-ND 2.0/Philippe Grangeaud

    Maudy Piot, militante pour la cause des femmes handicapées, est décédée le 25 décembre dernier. Membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, elle avait fondé en 2003 l'association « Femmes pour le dire, femmes pour agir » (FDFA), qui compte 250 adhérentes et milite pour les droits des femmes handicapées. RFI l’avait rencontrée en octobre 2017. Elle évoquait alors avec passion ses engagements et son association.

    A peine Maudy Piot a-t-elle ouvert la porte de son appartement, situé au cœur du 15e arrondissement de Paris, que son chien, prénommé Igloo « parce qu’il est tout noir », apparaît dans l’encadrement. Un ami fidèle qui la suit dans chaque pièce de l’appartement, plongé dans la pénombre. Maudy Piot, 73 ans, est devenue aveugle progressivement, à la suite d’une maladie génétique. « Je suis née avec une très très mauvaise vue, et j’ai l’ai perdue complètement il y a 20 ans », explique-t-elle.

    Cette ancienne psychanalyste, fondatrice de l’association « Femmes pour le dire, femmes pour agir » (FDFA), qui vient en aide aux femmes handicapées victimes de violence, évoque alors ses projets avec détermination et envie. Elle souhaite « organiser une manifestation pour fêter les 15 ans de l’association l’année prochaine », et célébrer « le changement progressif de la représentation du handicap dans la société », même si « le combat est loin d’être gagné », tempère-t-elle.

    Les femmes handicapées particulièrement touchées par les violences

    Assise sur le fauteuil de son bureau, entourée de livres audio, Maudy Piot confie vouloir écrire un nouveau livre sur les violences que subissent les femmes handicapées. Un projet pour lequel elle a besoin « d’éléments, de statistiques, de recherches ». En France, aucune étude spécifique n'a encore été menée pour mesurer les violences subies par les femmes handicapées. FDFA avance le chiffre de quatre femmes handicapées sur cinq victimes de violences, sur la base d’un questionnaire réalisé lors d’un colloque à destination de femmes handicapées en 2003. « Il faut que je travaille beaucoup si je veux écrire quelque chose qui aille au-delà du témoignage », confie-t-elle alors. Des témoignages, elle en a reçus des centaines, depuis qu’elle a fondé l’association, dont les locaux sont situés à quelques centaines de mètres de son domicile.

    Depuis presque 15 ans, FDFA lutte contre la « double discrimination » qui consiste, selon sa présidente, à « être femme et être handicapée ». « Les femmes handicapées sont des citoyennes à part entière et doivent être protégées comme telles », explique-t-elle. D’autant qu’elles sont particulièrement vulnérables du fait de leur handicap et représentent des « proies faciles ».

    « Lorsqu’elle est agressée, une femme muette ne peut pas crier. Une femme aveugle ne pourra pas décrire son agresseur, et si elle veut porter plainte, on ne la croira pas », témoigne Maudy Piot. Les femmes handicapées psychiques sont particulièrement sujettes aux violences. « Le handicap accentue la proportion des violences et surtout le déni de la part de l’agresseur, qui dira "mais ce n’est pas vrai, vous voyez bien qu’elle est handicapée !" », constate la présidente.

    Le handicap accentue la proportion des violences, et surtout le déni de la part de l’agresseur
    Maudy Piot, octobre 2017 27/12/2017 Écouter

    Des violences multiformes

    Maudy Piot évoque également les agressions qui peuvent avoir lieu au sein d’institutions spécialisées. « Une femme en fauteuil roulant, si on la viole dans un grand couloir de ces hôpitaux parisiens ou on vous emmène en scanner, on dira qu’elle a inventé, pour qu’on s’occupe d’elle », raconte-t-elle avant d'évoquer le  cas de femmes violées par leur gynécologue.

    Si la majorité des femmes handicapées n’ose pas porter plainte, c’est parce que leur situation peut inclure une dépendance physique. « Une femme handicapée qui a besoin de son conjoint pour se laver va accepter plus facilement une gifle, en se disant "il est déjà bien gentil de me laver, je peux bien recevoir des gifles" », raconte la présidente. La peur de l'abandon et la vulnérabilité liée au handicap incitent donc les femmes à taire les violences conjugales. Par ailleurs, les personnes handicapées font souvent l’objet d’agressions psychologiques, explique Maudy Piot. « Un voisin qui, en passant leur lance un : "t’es zinzin !" », c’est aussi une agression », martèle-t-elle.

    Un « bond en avant » ?

    En octobre, Maudy se réjouissait que les femmes prennent la parole. « Avec ce qui s’est passé aux Etats-Unis, on a fait un énorme bond en avant. Que la parole se libère, ça ne peut être que salvateur, et chaque prise de parole trouve son écho ». « L’affaire Weinstein » a entraîné une hausse des appels sur le numéro « Ecoutes violences femmes handicapées », mis en place il y a un an. En 2016, quinze « écoutantes » ont été formées, le numéro a reçu 558 appels et 191 dossiers juridiques ont été ouverts.

    « Je souhaite qu’après le coup de téléphone, les femmes ne se sentent pas seules. On leur demande toujours si elles veulent venir à l’association, si elles ont envie de participer aux activités », détaille Maudy Piot. L’association travaille avec une juriste, une psychologue, une assistante sociale et propose plusieurs activités dans ses locaux à Paris (atelier informatique, art et médiation, jardin littéraire…). Faute de moyens, FDFA n’a pas encore d’antennes en province, mais elle travaille en collaboration avec le CIDF [Centre national d'information des droits des femmes et de la famille].

    Un lieux d'écoute

    A Paris, dans les locaux de l'association, Gilda assiste à un cours informatique. Victime d'un homme violent qui l'a harcelée pendant des années, la jeune femme, aujourd'hui paralysée du côté droit, a vécu l'enfer et la solitude. « Dès qu’il pouvait venir, il faisait irruption chez moi. Donc je me barricadais et, lorsque j’allais au travail, je changeais de chemin », explique-t-elle. Cette Italienne d’une trentaine d’années s’est longtemps sentie seule : « Personne n’a pris soin de moi, tout le monde se déchargeait, et j’ai vécu la peur au ventre pendant des années », confie-t-elle. Jusqu’au jour où elle passe les portes de l’association. « J’ai découvert cette enseigne, je suis entrée et tout de suite c’était mon bonheur parce qu’ici il y a des aides. On trouve des personnes à l’écoute, et en plus de ça on est confrontés à la violence que subissent les autres », raconte-t-elle.

    Dans un édito intitulé « La tristesse, mais pas le deuil », Alain Piot, l'époux de Maudy, décrit une opinion de plus en plus consciente des enjeux du combat de sa femme. « Il n’est que de voir et d’entendre ce 26 décembre les témoignages, les hommages, qui lui sont dédiés tant par les "grands de ce monde" que par la foule des femmes et des hommes vivant parfois durement leur différence », écrit-il. En effet, de Marlène Schiappa à Anne Hidalgo, des figures politiques ont rendu hommage à Maudy Piot.

    « L’heure n’est pas au deuil, mais à l’action »

    En octobre dernier, Maudy Piot s’était levée lors de l’entrevue pour aller caresser son chien Igloo et confiait avec tristesse : « il sent bien que je le délaisse un peu en ce moment... ». Elle faisait alors régulièrement des séjours à l’hôpital.

    « Elle était une battante, tout le monde en convient ; mais elle était plus : une combattante, et l’histoire de sa maladie est un symbole. Elle a voulu lutter, se battre, gagner. Quelques jours avant sa mort, dans ses moments de lucidité, elle le disait encore : "Je vais gagner !" », écrit son mari sur le site de l’association. « L’heure n’est pas au deuil, elle n’en voudrait pas, mais à l’action », conclut-il.

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