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    France

    Inondations: après la crue, les experts du nettoyage entrent en Seine

    media Florian, Baptiste et Aurélien, spécialistes du nettoyage sur sites traumatiques avec leur société Sang Froid. Christophe Carmarans/RFI

    Les inondations qui ont touché la France fin janvier ont fait d’énormes dégâts. Pour les sinistrés, le nettoyage peut non seulement s’avérer décourageant mais aussi dangereux. Nous avons rencontré la société Sang Froid, une entreprise d’un type assez particulier spécialisée dans le nettoyage de sites traumatiques. Ses experts sont en ce moment à l’œuvre en aval de Paris.

    Déjà 275 communes reconnues en état de catastrophe naturelle et 156 autres qui font l’objet d’expertises complémentaires, le bilan des inondations qui ont frappé plusieurs régions françaises en janvier est extrêmement lourd avec au moins 30 000 sinistres déclarés auprès de la Fédération française de l’assurance et des centaines de millions d’euros de dégâts. Particulièrement touchée : l’Île-de-France en amont et en aval de Paris ainsi que dans la capitale elle-même, une montée des eaux due aux effets conjugués des crues de la Seine et de la Marne.

    Dix jours après le début de la décrue, l’heure en est encore au nettoyage dans de nombreuses communes, comme à Vaux-sur-Seine, une ville des Yvelines qui offre la particularité de compter plusieurs îles où des habitations se situent à guère plus de 30 mètres du fleuve, lequel a débordé sur les deux rives et causé évidemment des dommages considérables. Relogés temporairement dans des hôtels avoisinants, certains habitants n’ont pas attendu la fin de la décrue pour faire appel à Sang Froid, une société pratiquement unique en son genre en France et qui est spécialisée dans le nettoyage de sites traumatiques : inondations, habitats insalubres, désencombrements, décontaminations mais aussi scènes d’après-décès voire scènes de crimes.

    Risque sanitaire

    Une eau boueuse s'était infiltrée dans tout le rez-de-chausée de la maison. DR

    On ne le sait pas assez : outre le traumatisme causé par les destructions matérielles, les nuisances provoquées par une inondation peuvent s’avérer graves, voire extrêmement graves, sur le plan sanitaire et c’est particulièrement dans ce domaine que les connaissances et le savoir-faire des experts de Sang Froid s’avère déterminants. « La crue a duré relativement longtemps, ce qui a permis à des champignons de commencer à se développer dans les habitations. C’est en particulier ces champignons-là que l’on essaie de traiter, en plus des bactéries et des virus qui peuvent être apportés par des rongeurs comme les rats par exemple » indique Aurélien Millet, l’un des dix associés de Sang Froid.

    Ces champignons, qui poussent avec l’humidité, libèrent des spores porteuses de bactéries qui, une fois inhalées, peuvent provoquer des maladies respiratoires comme des pneumonies ou disperser des bactéries E. coli qui peuvent engendrer des gastroentérites. « Récemment, poursuit Aurélien, nous sommes intervenus chez une famille qui nous a dit que, depuis le début de la crue, ils avaient essayé de s’en sortir par eux-mêmes. Mais comme ils n’avaient ni les moyens, ni les outils, ni les matériels pour y parvenir, ils commençaient à avoir des symptômes de gastroentérites. À un moment, ils ont fini par se dire : on va arrêter, ça ne sert à rien si tout le monde doit tomber malade ! »

    « La première difficulté, c’est le traitement de toutes les habitations le plus rapidement possible pour ne pas que, par capillarité, l’humidité remonte dans toutes les parties habitables » reprend Baptiste Girardet co-fondateur et directeur de la société Sang Froid. « Sur cette île, précise-t-il, la plupart des rez-de-chaussée ne sont pas habités. Mais la Seine a charrié des boues qu’elle a laissées dans les habitations et ce sont ces boues qui par décantation, quand elles sèchent, provoquent des éléments malodorants et pathogènes ». Une maison comme celle sur laquelle Baptiste et ses associés travaillent ce matin-là a nécessité quatre jours d’intervention pour être remise au sec et en salubrité. Coût : 3 400 euros dont tout ou partie seront remboursés par l’assurance [pour ce type d’intervention, les devis sont facturés en fonction de la superficie au m2 traité ; ndlr].

    Travail de précision

    L'eau avait atteint 1 m de hauteur dans le rez-de-chausée. Christophe Carmarans/RFI

    « Quand nous sommes arrivés, il y avait 1 m de boue dans tout le rez-de-chaussée »continue Baptiste Girardet.« Dans ces cas-là, on commence d’abord par enlever le plus d’eau possible à l’aide de pompes. On peut dire qu’on « assèche » la boue avec un système de filtres comme les crépines pour lui donner plus de consistance. Après, avec la boue qui reste, on y a va avec la pelle et la brouette. Et une fois qu’il ne reste plus qu’environ 8 cm de boue au sol, on l’aspire avec des aspirateurs à très forte dépression et on refoule le tout dans la Seine ». À la manière de Ghostbusters de la désinfection, les experts procèdent alors à un nettoyage haute pression, toujours associé à de l’aspiration, pour rendre les surfaces propres et ils appliquent ensuite des produits antifongiques spéciaux pour éliminer toutes les moisissures.

    En fin d’intervention, les nettoyeurs, équipés des pieds à la tête (combinaisons étanches, masques à air et protections oculaires) vont également épurer l’atmosphère au moyen d’une filtration dite Hepa (High Efficiency Particulate Air) qui filtre l’air jusqu’à 30 microns [1 micron = 0,001 millimètre ; ndlr] puis évaluer la qualité de cet air au moyen d’un appareil de mesure. « On ne rend les locaux qu’une fois qu’il n’y a plus de matières polluantes » conclut le co-fondateur de Sang Froid.« Une fois faits le lavage et le traitement antifongique, on procède à un traitement de désinfection bactéricide pour les pièces habitables. Et, en dernier lieu, quand notre processus de purification est terminé, on met en place un déshumidificateur qui capture toute l’humidité de l’habitation. On ne l’enlève que quand le taux d’humidité atteint 40%. »

    Toutes ces précautions justifient les 3 400 euros du coût de l’intervention, d’autant que la plupart des appareils utilisés par Sang Froid n’existent pas sur le marché français. Ils ont dû être importés des États-Unis et recalibrés au voltage européen (220 volts en Europe, 110 volts en Amérique du Nord). Une grand partie des techniques employées par Sang Froid proviennent d’ailleurs d’outre-Atlantique où chacun des dix associés de la société a suivi des formations à la RSA (Restoration Sciences Academy) de Montréal et auprès de l'IICRC (Institute of Inspection Cleaning and Restoration Certification) dont le siège est à Las Vegas, le Canada comme les États-Unis étant bien plus avancés que la France dans ce domaine précis. Outre les inondations, Baptiste et ses associés interviennent sur des terrains encore bien plus complexes comme chez ceux que l’on dénomme les « Diogène », ces personnes frappées du syndrome d’accumulation, qui entassent des tas de déchets chez elles sans jamais s’en débarrasser.

    Corps putréfiés, odeurs mortuaires …

    Il faut réchauffer les pièces pour en chasser l'humidité. Christophe Carmarans/RFI

    « L’une de nos spécialités, complète Baptiste, c’est le traitement des odeurs après la mort ». « Une odeur de putréfaction, décrit-il, c’est très particulier : ça rentre dans tous les matériaux qui sont poreux. Vous pouvez rester avec une odeur encapsulée dans des meubles, dans des sols, dans des parquets pendant des mois, voire même des années, si vous n’avez pas le traitement adéquat ». « Car, précise-t-il, on ne peut pas nettoyer ce type de scènes avec des produits ménagers vendus dans le commerce. Nous ne travaillons qu'avec des produits écologiques qui sont fabriqués en France, à Castets, dans les Landes ».

    Alors, vous demanderez-vous, comment devient-on expert en nettoyage de site traumatique, un métier assez particulier qui demande une formation solide et des ressources psychologiques certaines ? Pour Baptiste Girardet, la vocation est venue il y a quinze ans, au moment de la grande canicule de 2003. Cet été-là, il faisait partie de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris et rendait visite à son grand-oncle, rue de la Roquette, à Paris. « On avait fêté ses 70 ans une dizaine de jours auparavant et je l’ai découvert sur le fauteuil de son salon. Il était putréfié d’une semaine et demie. Avec la température caniculaire, cela avait accéléré la dégradation du corps. Il était mort de mort naturelle mais la canicule avait accéléré la décomposition ».

    Baptiste garde un souvenir vivace de cet été particulier mais cela n’a pas découragé sa vocation, bien au contraire.« On entrait d’appartement en appartement par les fenêtres pour aller découvrir des hordes de mouches et des cadavres. C’était quand même assez traumatisant ». « Tout de suite, reprend-il, je me suis interrogé sur ce que devenaient ces corps et sur qui les enlevait. Et surtout savoir qui nettoyait cette partie « insectes » et les éléments pathogènes comme le sang et les fluides humains qui, par gravité, s’échappent du corps par les orifices naturels ». Une réflexion qui déboucha sur un constat alarmant : la France était très en retard dans ce domaine.

    Un métier éprouvant

    Chaque intervention nécessite une protection maximale. Christophe Carmarans/RFI

    « On demande par exemple à une infirmière qui va intervenir chez quelqu’un d’éliminer ses pansements et ses seringues par une filière spécifique anti-infection » remarque l'expert en nettoyage tous terrains. « Mais à côté de ça, s'insurge-t-il, une personne qui meurt chez elle, qui va se vider, laisser des traces de sang peut-être contaminé va peut-être avoir son matelas jeté aux ordures ménagères comme n’importe quel déchet. Cela paraît totalement incohérent et pourtant c’est ce qu'il se passe encore aujourd’hui ! Ces objets souillés, nécessitent de passer par une filière particulière... »

    Après onze ans chez les pompiers, Baptiste intégra la police scientifique dans les Yvelines en tant que criminalisticien de sécurité intérieure. « Sur dix interventions de la police technique scientifique, se remémore-t-il, on faisait huit découvertes de cadavres, une proportion énorme ! La plupart d’entre eux étaient des suicidés mais quelques-uns étaient suite à des crimes. Et puis, comme je l’ai dit, il y a les morts naturelles pour lesquelles on ne découvre parfois les corps que très tardivement ». Une fois leur travail sur les inondations terminé, d’autres missions attendent les experts de Sang Froid : un chantier sur un site industriel avec le nettoyage de cheminées d’évacuation de fumées d’incinérateur situées à 30 m de hauteur mais aussi des nettoyages de funérariums et de chambres mortuaires.

    Au cas où vous vous poseriez la question : oui, les experts de Sang Froid bénéficient d’un soutien psychologique, à la fois pour eux-mêmes et pour savoir comment trouver les mots justes et les bonnes attitudes dans des situations qui peuvent parfois s’avérer extrêmement délicates.« On est suivi par une coach mentale et une psychologue qui, en cas de besoin et régulièrement, nous permettent de débriefer nos interventions » admet Baptiste. Des précautions indispensables pour des professionnels qui doivent, en toutes circonstances, conserver le sang-froid vanté par leur raison sociale…

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