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    «Le Lambeau»: le retour à la vie d'un rescapé de «Charlie Hebdo»

    media Un homme lisant le numéro du 6 janvier 2016 de Charlie Hebdo, à une terrasse de café à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

    Grièvement blessé au visage pendant l’attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, le journaliste et écrivain Philippe Lançon publie Le Lambeau. Un livre poignant dans lequel il raconte en détail la soirée qui a précédé l’attaque, l’instant où la vie a basculé et la lente reconstruction qui a suivi.

    « Lorsqu’on ne s’y attend pas, combien de temps faut-il pour sentir que la mort arrive ? » Le mercredi 7 janvier 2015, Philippe Lançon s’apprête à quitter la salle de réunion lorsque deux tueurs font irruption et déciment, au rythme macabre des « Allah Akbar ! », la rédaction de Charlie Hebdo. Miraculé, les bras criblés de balles et la mâchoire arrachée par les tirs, Philippe Lançon survit au massacre.

    Il raconte dans Le Lambeau (Gallimard) les instants qui ont précédé l’attaque. La dernière blague de Charb. « Il y a eu quelques sourires et c'est à cet instant, blague dite, qu'un bruit sec, comme de pétard, et les premiers cris dans l'entrée ont interrompu le flux de nos blagues et de nos vies. » Et puis, l’horreur, l'existence brutalement soumise à l’impensable. Philippe Lançon décrit une scène de guerre, à laquelle il est finalement arraché par les secours, venus d’une autre planète, celle où la vie continue. Dans l’ambulance, il réalise. « J’étais un blessé de guerre dans un pays en paix. »

    « Celui qui allait devoir survivre »

    Bernard Maris, Cabu, Wolinksi, Honoré, Tignous, Charb… Les victimes du 7 janvier habitent ce récit. « Il n’y avait pas tant d’hommes sur Terre pour faire rire les autres de tout et de n’importe quoi, les faire rire en réveillant ce qu’ils avaient en eux de naturel, de mauvais goût, d’enfantin, d’anarchiste, d’indigné, d’infréquentable, d’anti-autoritaire, de récalcitrant », écrit Lançon, qui sonde dans Le Lambeau la solitude de « celui qui n’était pas tout à fait mort », de « celui qui allait devoir survivre ».

    Comment passe-t-on de survivant à vivant ? De la Salpêtrière aux Invalides, Philippe Lançon reste dix mois à l’hôpital, le visage et les bras couverts de pansements. Les heures, les jours et les longs mois d’opérations chirurgicales à répétition, il les raconte avec précision, calme et détermination.

    « Tant qu’il y a du bloc, il y a de l’espoir »

    En tout, il subit dix-sept interventions. « Je n’ai pas cessé de compter les opérations comme je n’ai pas cessé de compter les attentats. (…) Cette comptabilité me rappelle une chose : tant qu’il y a du bloc, il y a de l’espoir. » Le tiers inférieur de son visage, pulvérisé par une balle, doit être reconstitué. C’est Chloé, « sa » chirurgienne et personnage d’une importance capitale dans sa reconstruction, qui va s’en charger.

    Devenu peu à peu expert des questions médicales qui le concernent, Lançon écrit : « La greffe du péroné était depuis plusieurs années pratiquée, d’abord sur les cancéreux de la mâchoire et de la bouche. On lui donnait aussi un autre nom et un autre soir, pour la première fois, j’ai entendu sortir de la bouche de Chloé le mot qui allait désormais, en grande partie, me caractériser : le lambeau. On allait me faire un lambeau. »

    Dans ce livre, pas une seule phrase de haine, mais une volonté constante de recul, de distance et de douceur, illustré par cette anectode : « Mon frère était entré dans la chambre et il avait dit : "Ils les ont butés, ces salopards. On ne va pas pleurer." C’est ainsi que j’ai appris l’existence des frères Kouachi. (…) "Buter", "salopards", je n’avais jamais entendu mon frère employer des mots comme ça, ce n’était pas du tout son genre. Je comprenais la dissonance, un effet de l’émotion, mais j’étais choqué. Je n’aurais voulu aucune violence d’aucune sorte dans cette chambre, ni dans ma propre vie. »

    L’écriture à tout prix

    Le Lambeau est aussi une galerie de portraits : amis, amante, ex-femme, mère, grands-mères, aides-soignantes… Les femmes du présent et du passé se rencontrent au fil des pages, et lui donnent la force pour combattre la douleur, le découragement, les angoisses de voir surgir à nouveau un tueur « aux jambes noires » et les nuits passées sans dormir dans la solitude d’une chambre d’hôpital. A ses côtés, il y a toujours des policiers, ses gardes du corps, sans lesquels il se sent « nu ».

    Défiguré, « funambule à muselière de gaze et d’adhésifs », le « rescapé » alimenté par sonde se réfugie dans la lecture (Shakes­peare, Proust, Thomas Mann et surtout Kafka), la musique (Bach), la peinture (Vélasquez). Même rendu muet par la « trach’ », il écrit sur une ardoise, un crayon fixé sur trois doigts bandés, à l’intention de ses soignants, de sa famille, de ses amis. Alors qu’il est toujours cloué au lit, il rédige également des articles pour Libé et des chroniques pour Charlie.

    Il ne cesse jamais d’écrire. « Les événements les plus brièvement violents et inattendus prennent toute leur place dans nos vies, puisqu’ils vont les bouleverser, mais les détails de leurs minutes irréversibles semblent échapper à nos mémoires – et je n’écris qu’avec le mince espoir de les restituer en partie. »

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