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    France

    Esclavage et traite négrière: qu'en pensent les jeunes?

    media La tombe de Victor Schoelcher à Paris. Il a été l'un des plus fervents défenseurs de la loi en faveur de l'abolition définitive de l'esclavage en France JOEL SAGET / AFP

    Le 27 avril 1848, le gouvernement de la République française publie un décret rédigé par Victor Schœlcher, sous-secrétaire d'État à la Marine dans le gouvernement provisoire, par lequel est aboli l'esclavage dans les colonies françaises. Le décret prévoit de libérer dans un délai de deux mois 250 000 esclaves noirs ou métis à la Martinique et à la Guadeloupe, ainsi qu'à la Réunion, en Guyane et à Saint-Louis du Sénégal. Plus de 12 millions d’individus ont été déportés entre le début du XVIe siècle et le milieu du XIXe siècle. 170 ans après, les jeunes Antillais connaissent-ils cette histoire ? Que pensent-ils de la traite négrière ?

    « A l'école, on a parlé vite fait de la colonisation, explique Thomas Ninganadji, 18 ans, étudiant en comptabilité. J’ai pris connaissance de l’esclavage grâce aux films traitant du sujet comme, " Django ", " Case Départ ", " 12 ans d’esclavage " et à quelques rares émissions de télévision et de radio. J'ai entendu parler du Code noir pour la première fois sur les réseaux sociaux. Les parents parlent peu de l’histoire de la traite des Noirs. Je pense qu’ils évitent ce sujet car ils estiment, peut-être, que c'est une histoire trop douloureuse et que ça peut perturber leurs enfants », poursuit le jeune étudiant, de mère guadeloupéenne et de père camerounais.

    Thomas Ningadji. Archives personnelles de Thomas Ningadji

    L’esclavage a eu lieu entre le XVIe siècle et le milieu du XIXe. Pour Thomas Ninganadji, « C’est du passé, certes, mais l’esclavage a été aboli, il y a seulement 170 ans. C’est comme si c'était hier ». Puis il ajoute : « c’est surprenant, j'entends plus souvent parler de l'esclavage moderne, de la Shoah, des guerres dans tel ou tel pays mais rarement de la traite négrière. On dirait qu'on veut effacer cette histoire de notre mémoire ». La traite négrière est au programme et enseignée dans des pays africains comme le Bénin.

    Sessi Claudine Goussi Archives personnelles de Sessi Claudine Goussi

    Sessi Claudine Goussi, 34 ans, journaliste béninoise : « Dans mon pays, dès la troisième année du primaire, les enseignants parlent aux élèves de la traite des Noirs et des pratiques esclavagistes. L’histoire de l’esclavage est douloureuse, l’Afrique a souffert. Des millions d’êtres humains ont été arrachés à leurs terres puis vendus aux Amériques. L’Afrique a été vidée d'une partie de ses enfants, poursuit-elle. Cette histoire mérite d’être enseignée en France hexagonale pour que les Français sachent combien leurs aïeux négriers ont été barbares à travers l’infâme commerce triangulaire. Ce serait aussi l’occasion de faire prendre conscience du rôle, ô combien important que l’Afrique a joué dans la construction et le développement de la France grâce à l’essor de ses colonies et de la traite des Noirs ».

    La jeune femme s’emporte quand on compare la traite négrière et l’esclavage dit moderne. « Je suis révoltée, ajoute-t-elle, quand on fait l'amalgame entre la traite négrière, le " vidomègon " (les enfants placés) et l’esclavage. C'est différent. L'enfant placé, c’est un enfant que des parents pauvres laissent auprès de familles qu’ils estiment nanties afin de bénéficier d’une éducation en échange de tâches domestiques, car ils n'ont pas les moyens pour s’en occuper eux-mêmes. Malheureusement, la coutume est dévoyée par certaines personnes. Elles pratiquent la maltraitance à l’encontre de ces enfants qui devraient être normalement considérés comme un membre de la famille. Aujourd'hui, des lois existent pour réprimander les comportements abusifs. On ne peut, aucunement, parler d’esclavage au Bénin ».

    « Célébrer Victor Schœlcher, sans oublier les nègres marrons »

    Lindsay Lancreot. Archives personnelles de Lindsay Lancreot

    Lindsay Lancréot, jeune Guadeloupéenne, assistante de projet âgée de 26 ans et qui vit à Paris depuis plus de sept ans pense « qu’il serait important de parler davantage de cette partie de l’histoire qui est celle de la France, l’inclure notamment dans les programmes scolaires et que la date de la commémoration choisie dans l’Hexagone soit un moment où on en parle vraiment : que ce soit dans les médias, dans les écoles, via des manifestations plus importantes comme la célébration le 27 avril ».

    « Célébrer Victor Schœlcher, c’est important. On ne peut pas nier son importance dans cette abolition, souligne Guirlande Louithomme, Haïtiano-guyanaise, de 30 ans vivant à Paris. Cette abolition s’inscrit dans un contexte donné où les revendications et soulèvements des esclaves étaient très importants. Seule sa conscience n’aurait pas suffi à une abolition effective ». Un avis que partage Nora Peter, 20 ans, étudiante en Lettres modernes à l’université Paris VI : « On a tendance à oublier les soulèvements des esclaves, des " nèg mawon " dans le processus. De plus, cela entretien la vision paternaliste et colonialiste où le gentil blanc est venu libérer les esclaves noirs oppressés ».

    En 1791, la cérémonie du Bois-Caïman a conduit à la révolte des esclaves de Saint-Domingue. En 1802, Louis Delgrès mène une insurrection contre le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe. En 1807, des esclaves s'insurgent en Martinique.

    « De nombreux préjugés racistes proviennent de la période de l’esclavage des Noirs »

    Nora Peter. Archives personnelles de Nora Peter

    A la question de savoir si les traces de la traite des Noirs sont encore vivaces dans la société française, Nora Peter répond : « Le racisme institutionnalisé n'est pas encore sorti complètement des mœurs. Les Noirs sont en minorité dans les postes à responsabilité et semblent majoritairement cantonnés à des petits emplois. »

    L’artiste Bideau, âgé de 30 ans et originaire de la Picardie, pense, pour sa part, que de nombreux préjugés racistes proviennent de la période de l’esclavage des Noirs et de la classification des races humaines. « Quand on regarde le fonctionnement de la société aujourd’hui, on comprend d’où vient cette volonté de tout produire à moindre coût, d’exploiter des immigrés, des sans-papiers. Ce sont eux qui font les travaux les plus pénibles, ce que les autres ne veulent pas faire. »

    Pour Guirlande Louithomme, « nos sociétés sont encore marquées par les stigmates de cette histoire. Cela se traduit souvent par un rejet de son identité, de sa langue, par exemple, ou un déni de son origine africaine. »

    « La réparation est une question épineuse »

    L’esclavage a été aboli, mais l’article 5 du décret du 27 avril 1848 institua l’indemnisation des esclavagistes. En compensation de la perte de leurs esclaves, les planteurs reçurent du gouvernement français une indemnité forfaitaire. Les esclavagistes reçurent, immédiatement à l’abolition, 12 millions de francs d’indemnité dont une moitié sous forme de rente annuelle durant 20 ans. Mais rien pour les victimes. Depuis plusieurs années des organisations comme le Conseil représentatif des associations noires de France, le Comité International des Peuples Noirs (CIPN) exigent des réparations et une indemnisation des descendants d’esclaves. La réparation est une question épineuse.

    Lindsay Lancreot s’interroge : « L’idée d’indemnisation induit une notion financière. Sur quelle base s’appuyer pour déterminer combien vaut le préjudice subi alors qu’on parle de vies humaines ? »

    Nora Peter, étudiante en lettres, estime, pour sa part, « qu’on peut continuer le travail de réparation morale, comme ça a été le cas avec la construction du Mémorial Act en Guadeloupe. C'est par l'éducation et la sensibilisation des nouvelles générations que le changement de mentalités va s’opérer profondément ».

    Guirlande Louithomme. Archives personnelles de Guirlande Louithomme

    Guirlande Louithomme constate « que l’on assiste tout de même à une prise de conscience et à une valorisation de l’esthétique africaine chez les afro-descendants. Nous le voyons dans la résurgence du cheveu crépu, par exemple. »

    Le 4 février dernier, au Mémorial Act, en Guadeloupe, le Comité International des Peuples Noirs (CIPN) a lancé la journée de réhabilitation des ancêtres. Ce comité demande de bannir le mot esclave, au profit du terme AFRES (Africains Réduits en Esclavage) pour désigner leurs ancêtres.

    « Construire une société meilleure pour mieux vivre ensemble »

    Depuis quelques années des afro-descendants recherchent leurs racines africaines. C'est le cas du Docteur guadeloupéen Emmanuel Gordien, membre du CM98, Comité Marche du 23 mai 1998, chargé de l'Atelier de Généalogie de l’Histoire des Familles Antillaises. Suite à ses recherches généalogiques, il retrouve la trace de ses aïeux au Bénin, les Gbohiki. Un film, Citoyens bois d'ébène, a même été réalisé par Franck Salin. Ce documentaire retrace le parcours d'Emmanuel Gordien jusqu'au Bénin. Le film a été projeté à la mairie de Ouidah (Bénin), une ancienne ville négrière. L'auteur du film espère que les Africains et les afro-descendants vont nouer des liens pour des « relations apaisées »

    Lindsay Lancréot estime, quant à elle, que la nouvelle génération doit s’intéresser à cette histoire. Non pas pour entretenir quelques animosités, mais parce que le devoir de mémoire est très important pour se construire en tant qu’individu, mais aussi pour construire une société meilleure pour mieux vivre ensemble.


    La programmation de RFI sur le 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises

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