Marie Rolland, maraîchère bio: «C'est une fierté de nourrir les gens» - France - RFI

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Marie Rolland, maraîchère bio: «C'est une fierté de nourrir les gens»

media Marie Rolland RFI/Nicolas Sanders

A l'heure où la France et l'Allemagne refusent la réduction du budget de la PAC souhaitée par la Commission européenne, qui entraînerait une diminution des aides aux agriculteurs, il existe de jeunes agriculteurs qui abordent leur métier avec la foi et la passion requises. C'est le cas de Marie Rolland, installée dans le nord-Finistère, en Bretagne, où elle propose une production de légumes bio, raisonnée et à taille humaine.

Marie Rolland aurait pu se contenter de continuer à enseigner les technologies végétales dans un lycée professionnel. Mais à l’aube de la trentaine, après six ans de bons et loyaux services, elle s’est convaincue que son bonheur était dans le pré. Fille d’agriculteur, elle avait en quelque sorte laissé germer son projet de maraîchage. Le fruit enfin mûr, il ne lui restait plus qu’à le cueillir. « J’ai eu un bol fou avec une ferme comme celle-ci d’une vingtaine d’hectares. La propriété appartenait à mon père, des oncles, des tantes, et mon père m’a donné sa part, ça faisait donc une part en moins à racheter », explique Marie Rolland, occupée dès potron-minet à nourrir son élevage de brebis.

Son installation ne s’est pourtant pas faite sans peine. « J’ai démarré mon activité en 2015 avec un statut un peu précaire, cotisant solidaire, un statut secondaire souvent en complément d’une activité salariée, mais moi je ne faisais que ça. Je suis passée en bio tout de suite, pendant trois ans, le temps que mon père parte en retraite et que je reprenne la ferme en juin 2017 », se souvient-elle. Au bout de longues démarches d’installation, Marie Rolland a enfin accédé au statut d’agricultrice principale, le 1er mai 2018.

C’est en Bretagne à Plouégat-Guérand, au lieu-dit Ponthonars, aux confins du nord-est finistérien, dans le pays trégorrois, que Marie Rolland exerce avec passion son activité de maraîchère bio. Salades, tomates, courges, fenouil, fraises, aubergines, poivrons, oignons, échalotes : sa production s’étend sur trois sites éloignés de quelques kilomètres les uns des autres (à Plouigneau et à Plougonven). Une dispersion géographique qui pourrait être atténuée quand l’essentiel des activités sera réuni sur le site de la ferme de Plouégat-Guérand. L’objectif reste soumis à la bonne santé financière de sa petite entreprise, Le Chant de la Terre.

Le bio, une évidence

Pourquoi le bio ? Fille d’agriculteurs conventionnels, Marie Rolland défend le bio avec ferveur et conviction. « C’était une évidence. Déjà par rapport aux légumes, des aliments que l’on va souvent consommer crû ». Une histoire de goût et de qualité, mais pas seulement, car le bio est aussi la condition de son modèle économique, essentiellement basé sur la vente directe. Une agriculture raisonnée, adaptée et à taille humaine, où il s’agit plus de faire « avec la nature » que contre la nature. « Quand on fait de la vente directe, il faut proposer de nombreux produits aux gens pour les faire venir. Si je travaillais pour la grande distribution, il faudrait se concentrer sur une gamme plus courte et augmenter la production, donc c’est un mode de travail complètement différent ».

Derrière le fameux logo AB, il y a toujours un producteur. Mais le bio selon Marie Rolland n’est pas une fin en soi : que penser par exemple des tomates bio produites à la tonne et qui inondent les rayons de la grande distribution ? « Le non-sens c’est les kilomètres que les produits ont faits, la fraîcheur », explique-t-elle, avant de préciser que d’un pays à l’autre, le bio n’a pas toujours le même goût : « A l’intérieur de l’Union européenne, les normes ne sont pas les mêmes, un produit interdit en France peut être autorisé dans d’autres pays, il y a le bio à la sauce italienne ou à la sauce allemande ». A la sauce de Marie, les légumes sont cueillis le matin : « le goût est forcément différent d’un produit cueilli trois jours avant », proclame-t-elle non sans fierté. Exceptionnellement, en cas de surplus, une petite partie de sa production peut être livrée dans les enseignes bio spécialisées comme les magasins Biocoop. « Cela m’intéresse, car je déteste le gaspillage et que je ne peux pas tout transformer. Une partie de mes produits finit en condiments », confie-t-elle.

Vente directe

Le principe de la vente directe sous la forme de paniers dont le contenu évolue au fil des saisons n’est pas réservé aux habitants des petites agglomérations. On voit ainsi de plus en plus de regroupements de producteurs dans les grandes villes françaises qui par le biais du meilleur réseau social qui soit, le bouche-à-oreille, proposent aux citadins une alternative alléchante pour l’estomac comme pour le porte-monnaie. L’union fait la force et Marie Rolland l’a bien compris, en proposant depuis cet été en plus de ses paniers, un marché de la ferme chaque vendredi après-midi, où elle vend bien sûr ses produits, mais également ceux d’autres producteurs. « Faire venir les gens pour des légumes, c’est bien, mais l’idée est de leur proposer une offre hyper large, et qu’ils fassent d’une pierre six ou sept coups ! ». Légumes de saison, charcuterie, miel, œufs, plantes aromatiques et médicinales, fromages – bio bien sûr et produit par la propre sœur de Marie Rolland au Pays basque – il y a de quoi composer des repas entiers.

Mais n'allez pas dire à l'intrépide maraîchère que le bio est plus cher que le reste… « Quand on a envie de bien consommer, on est capable de mettre quelques centimes de plus, et pas acheter une pizza surgelée qui coûtera plus cher qu’un kilo de tomates », prévient-elle immédiatement. Certes, le bio a un avantage commercial, car il est vendu un peu plus cher que les produits issus de l’agriculture conventionnelle. Mais les semences bio sont plus chères et la main-d’œuvre et le temps de travail plus importants. « On ne fait pas la quantité du conventionnel », justifie Marie Rolland. « Cela demande certainement un peu plus de travail sur certains légumes, mais par exemple les GAB [Groupements d’agriculture biologique, ndlr] font un super travail pour vulgariser certaines techniques, apporter des conseils, et en semences on a des offres très très larges », poursuit-elle.

«Nous on paye pour le logo AB»

Produire bio a un autre coût, celui de la certification délivrée par un organisme agréé. Environ 470 euros par an payés par Marie Rolland pour un forfait allant jusqu’à 4 hectares et qui l’autorisent à orner sa production du petit logo AB (Agriculture biologique). « Celui qui va épandre du glyphosate ou n’importe quoi sur son champ, cela n’est écrit nulle part sur le produit final. Nous on paye pour avoir un logo AB », explique Marie Rolland, qui par ailleurs a fait le choix de ne pas certifier son miel : « C’est basé sur la confiance, les ruches sont là, c’est du miel naturel, il n’y a pas d’intervention. Si je voulais certifier le miel, c’est une autre branche de la certification, pour laquelle je devrais encore payer. Quand la relation de confiance avec les clients sera bien établie, je pourrai peut-être économiser d’autres frais de certification ».

Au titre de son statut d’agricultrice principale, Marie Rolland peut désormais bénéficier de différentes aides financières. « Depuis 2018, j’ai droit à des aides calculées en fonction du nombre d’hectares, du nombre de brebis que j’élève, du type de céréales que je produis, etc. Ce n’est pas négligeable, ça permet à beaucoup d’agriculteurs de dégager un salaire mensuel. Mon objectif ce n’est pas de vivre de ça, mais d’être rémunérée pour le métier que je fais », prévient la jeune maraîchère. Le ministère de l’Agriculture lui verse la DJA (Dotation jeune agriculteur), c’est-à-dire 24 000 euros d’aides sur 4 ans. « La première année on touche 80% de l’aide. Au bout de quatre ans, je dois atteindre un revenu qui doit se situer entre 1 et 3 SMIC maximum, sinon je dois rembourser ma DJA. Donc ça fait mal ! Les contrôles commencent au bout de deux ans », relève Marie Rolland avec lucidité.

«Changer les habitudes»

Du côté de l’Europe, elle va également profiter des aides de la PAC qui sont plus importantes quand on fait du bio, « mais en même temps comme on fait moins de surface que dans le conventionnel, finalement ça se rééquilibre », assure Marie Rolland qui pour la première fois cette année a enregistré ses parcelles à la PAC. « Sur le site Telepac, je dois dessiner chacune de mes parcelles, et tous les talus, les bosquets, toutes ces zones-là doivent être répertoriées, c’est un travail super long à faire ». Pour toucher des primes sur l’élevage de ses brebis dont elle entend prochainement commercialiser la viande bio, Marie Rolland devra encore attendre, car lesdites primes sont attribuées à partir de cinquante brebis, et son élevage ne compte pour l’instant qu’une quarantaine de têtes.

Comme pour mieux propager sa passion du bon et du naturel, Marie Rolland est aussi la présentatrice de l’émission « Des idées plein la terre » régulièrement diffusée sur la chaîne locale Tébéo. Aux côtés de son compère Jean-Jacques Morvan, elle dévoile conseils, trucs et astuces de saison pour l’entretien du jardin. Et c’est avec le même naturel sympathique et dynamique qu’elle prodigue à sa clientèle ses explications sur les produits qu’elle propose. « C’est une fierté de nourrir les gens, ça me plaît, j’aime aussi le contact, expliquer, créer un lien, faire prendre conscience, changer les habitudes », avoue-t-elle au seuil d’une journée bien remplie entre les trois sites qu’elle exploite.


Echange avec les enfants d'une classe de CP

Face à la classe de CP de l’école primaire Sainte Marie à Plouigneau (29), Marie Rolland retrouve un peu les fondamentaux de son ancien métier d’enseignante. Pour elle qui a la passion de transmettre et d’informer sur les produits qu’elle cultive, les générations futures qu’incarnent des enfants de CP constituent un auditoire de référence.

Mais au fait, qu’est-ce qu’un agriculteur selon les enfants ? Pour Anna, « C’est quelqu’un qui s’occupe des animaux, et après on pourra les manger ». Anaïs précise que ce sont « des gens qui travaillent dans les fermes, et qui s’occupent bien des animaux ». Pour compléter le tableau, Margot ajoute qu’une  agricultrice « récolte des légumes ou des salades, des haricots, et tout ça… »

Si les petits de cette classe de CP ont déjà une idée bien précise du métier d’agriculteur, tous ne se pressent pas au portillon pour en faire le métier de leurs rêves. Il y a ceux qui se voient bien dans la peau de l’agriculteur(trice) « pour bien s’occuper des animaux » et les autres qui trouvent que « ça pue les animaux, surtout les cochons ». Quelques voix s’élèvent aussi pour dire qu’ils ne veulent pas faire ce métier où « on fait du mal aux animaux ».

L’occasion pour Marie Rolland de leur expliquer que pour un agriculteur, « le but c’est que l’animal se sente bien, qu’il soit le plus heureux possible à la ferme. » Il y a certes un acte où on tue l’animal pour le manger, mais ce n’est pas non plus le cas de tous les animaux de la ferme explique-t-elle, prenant l’exemple des poules élevées au grand air qui vont pondre des œufs… « Elles ont de la chance sauf avec les renards ! » lâche malicieusement Marie Rolland aux enfants.

Quand on demande aux élèves de CP ce qu’ils savent de la culture bio, Celia croit détenir la réponse : « C’est pas bio quand c’est avec des produits chimiques ». Malone poursuit le raisonnement de sa camarade en expliquant que dans le bio : « On les force pas à pousser, les autres on leur met des produits ». Pour mieux faire comprendre aux enfants que dans la bio, on suit le rythme naturel des choses, Marie Rolland leur explique comment on peut remplacer les produits chimiques par des produits naturels. : « Au lieu de mettre un produit chimique pour tuer les pucerons qui grouillent sur les légumes et les abîment, on va mettre d’autres insectes qui ne sont pas des nuisibles à la culture, ils vont manger les pucerons ».

Mais preuve que les petites têtes blondes, brunes et rousses ont encore beaucoup à apprendre, Marie   Rolland confie qu’à leur âge, elle-même ne se doutait vraiment pas qu’elle serait un jour agricultrice.

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Marie Rolland RFI/Nicolas Sanders

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